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livresÉdouard Louis : "C'est assez fascinant une enfance gay, non ?"

Par Guillaume Perilhou le 06/08/2021
L'écrivain Edouard Louis, en interview dans le magazine Têtu de l'été 2021

ENTRETIEN. Trois ans après avoir écrit sur son père, Édouard Louis signe le récit de l’oppression puis de l’émancipation de sa mère, Combats et métamorphoses d’une femme. Un quatrième livre plus apaisé que les précédents.

Interview Guillaume Perilhou
Photographie Enzo Tonati

L’écrivain aime sa mère. D’un amour contrarié, blessé, exposé – depuis En finir avec Eddy Bellegueule (2014) –, mais d’un amour sincère malgré tout. C’est qu’Édouard Louis est sensible. On l’entend dans sa voix basse, on le perçoit dans son sourire. Sous son tee-shirt “San Francisco”, l’auteur de 28 ans a la maturité d’un vieil homme dans un corps jeune. Son corps, il ne l’aime pas. Avec le succès, il a pris l’habitude des photos : pas de lumière directe, pas de profil droit, pas de main sur le visage. Devant un cliché, il est désespéré.

>> Interview à retrouver dans le TÊTU de l'été en kiosques <<

Des photos de sa mère, il y en a pourtant dans Combats et métamorphoses d’une femme. Des photos de jeunesse, d’avant les mariages et les malheurs. Quant aux siennes, il les voulait belles, gaies et colorées. Le décor bourgeois du lieu, trouvé pour l’occasion, ne l’a pas gêné. On l’y a interrogé longuement sur les rapports de classe et la littérature, les écrivains et leurs postures. Au même moment sortait en librairie un court texte cosigné avec le cinéaste Ken Loach : Dialogue sur l’art et la politique (publié aux Presses universitaires de France, dans la collection qu’Édouard Louis dirige). Un titre comme un résumé de ce qu’il cherche à mener : la révolution, en beauté.

Quand tu as écrit sur ton père, avais-tu l’ambition de le faire sur ta mère ?...