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livresJean-Baptiste Del Amo : "J’ai le sentiment de ne plus pouvoir écrire que la fin de notre monde"

Par Guillaume Perilhou le 03/09/2021
Jean-Baptiste Del Amo fait partie de la rentrée littéraire de septembre 2021

En cette rentrée littéraire, Jean-Baptiste Del Amo signe Le Fils de l’homme. Son neuvième livre, treize ans après Une éducation libertine qui lui valut le Goncourt du premier roman. L’histoire cette fois de l’emprise d’un père violent sur sa famille, qui a déjà remporté le prix du roman Fnac 2021.

[Mise à jour, 6 septembre 2021 : Jean-Baptiste Del Amo a remporté le prix du roman Fnac 2021 pour Le Fils de l'homme.]

Il y a le décor, le jardin à la française du temple de l’édition : Gallimard, son éditeur depuis le début. Son gazon bien tondu, ses colonnes corinthiennes de marbre rouge et ses vases Médicis dégueulant de larges fleurs. La maison de la Pléiade et de la prestigieuse collection blanche a l’apparat d’un ministère — exception d’un monde littéraire qui court après les économies. Une terrasse et quelques marches au pied desquelles ses illustres auteurs se sont fait tirer le portrait, de Duras à Mishima. C’est là qu’il nous rejoint, ce nouveau grand nom, Del Amo, celui de sa grand-mère.

Jean-Baptiste est né Garcia, le patronyme d’un autre écrivain, Tristan Garcia, auteur de la maison, né comme lui à Toulouse en 1981, et publié la même année, 27 ans plus tard. Jean-Baptiste a voulu se démarquer. Les deux hommes ont eu le Prix du Livre Inter l’un après l’autre et sont devenus copains. C’est que Del Amo a l’air sympa, de ce qu’on a pu voir. Une heure de conversation passionnante au cours de laquelle notre regard s’est souvent posé sur son bras noir, entièrement tatoué, un bras recouvert d’encre. L’écriture dans la peau, oserait-on dire. Il doit être habitué. Une heure de conversation au cours de laquelle Del Amo nous a parlé de ses amis écrivains comme de ceux qu’il admire, parfois les deux se rejoignent, nous a raconté sa plume à lui, si particulière et littéraire, ses obsessions pour le corps comme pour la mort et la nature. Son éducation, ni libertine ni estudiantine. L’homosexualité aussi, la sienne comme celles des autres, et ce qu’elle peut engendrer dans une famille. Rencontre avec un écrivain déjà majeur. 

Écrire, c’est ta vie ?

Jean-Baptiste Del Amo : Oui, cela fait un moment maintenant que j’y consacre tout mon temps. Je ne m’y destinais pas du tout, puisqu’au départ j’étais travailleur social à Montpellier. Je n’ai pas fait d’études littéraires, ni de grandes études. J’ai grandi dans le sud-ouest et je n’étais pas fait pour l’école. J’avais envie de travailler vite, et d’avoir un travail militant. Le travail social pour moi s’était imposé comme une évidence. J’ai eu mon premier poste de coordinateur social dans l’Hérault et le Gard, mais ça n’a duré que quelques années, jusqu’à la fin des emplois jeunes, et mon contrat a été supprimé.

À la même période, j’ai participé au prix du jeune écrivain qui récompense des jeunes auteurs de nouvelles. J’ai obtenu le premier prix. Du coup, je me suis dit : « Profite de ton chômage pour écrire un roman. » J’en avais déjà écrit d’autres, mais j’avais là l’occasion d’une année sabbatique. J’ai écrit Une éducation libertine (Gallimard, 2008, ndlr) cette année-là. En un an, donc, ce qui aujourd’hui me semble complètement délirant… Mais c’était un premier roman, et comme tous les primo-romanciers je l’ai écrit dans une forme d’inconscience, d’insouciance en tout cas. Il a été rapidement très bien accueilli, ce qui m’a demandé beaucoup de disponibilité. Et puis dans la foulée, j’ai été sélectionné à la Villa Médicis, à Rome. Je me suis aperçu alors que ce que je considérais comme une liberté peut aussi être un enfermement, parce que c’est une activité tellement solitaire, fermée sur soi… Je travaillais jusqu’alors en équipe, donc ça m’est arrivé par instants de reprendre des boulots, des CDD de quelques mois, pour revenir à une forme de normalité. 

Des CDD de travailleur social ?

Oui, ou dans l’entomologie aussi, parce que depuis gamin je suis passionné d’insectes. Dans l’absolu, j’aurais aimé faire tous les métiers du monde. Aujourd’hui, mon activité d’écriture s’est tellement diversifiée que j’arrive à moins m’isoler. Je travaille aussi à l’écriture de scénarios, j’anime des ateliers d’écriture. J’essaye de me diversifier, puisque je ne suis pas un auteur très prolifique… Mon dernier bouquin date d’il y a cinq ans. Je veille aussi à garder un pied dans le milieu associatif, et être militant de certaines actions. Pour la cause animale, ou SOS Méditerranée par exemple.

"Je défends aussi le fait d’être un écrivain homosexuel."

Nombre de personnages de tes romans sont gays ou bisexuels. C’est aussi militant ?

Ce que je sais, c’est que je me considère comme un écrivain homosexuel, même quand je ne traite pas de la thématique de l’homosexualité. Mon identité sexuelle a tellement défini mon rapport au monde ou aux choses, qu’elle est complètement constitutive de mon écriture. Je crois que si je n’avais pas grandi comme jeune homosexuel dans une campagne française, je ne serais pas venu à l’écriture, ou en tout cas pas de cette façon-là. Je me défends toujours d’écrire des livres homosexuels parce que je crois que ça n’est pas que ça, mais je défends aussi le fait d’être un écrivain homosexuel, même encore une fois dans les textes qui n’en parlent pas explicitement.

Dans Le Fils de l’homme on peut imaginer l’enfant comme étant homosexuel…

On peut en effet peut-être le lire comme tel. Si on appose une grille de lecture psychanalytique, on voit un rapport fusionnel avec la mère, une fascination pour le corps du père, des indices qui font appel à des choses de mon propre vécu. Je crois que de manière souterraine, cette sensibilité-là existe très certainement. Je me suis aperçu que j’éprouvais vraiment le besoin, au début, de parler de la construction identitaire et de l’identité sexuelle. J’en ai parlé dans Une éducation libertine, dans Le Sel (Gallimard, 2010), qui était un roman où l’homosexualité du fils était l’un des enjeux des dynamiques familiales. C’était aussi présent dans une certaine mesure dans Règne animal (Gallimard, 2016, Prix du Livre Inter). Mais au fur et à mesure que je comprenais moi-même mon identité, que j’acceptais ma propre histoire et l’homme que j’étais devenu, j’ai moins senti le besoin de l’écrire de manière frontale. Ça ne veut pas dire que je n’y reviendrai pas, car le rapport au corps, à la sexualité me passionnent en tant qu’auteur, mais je m’en sens moins dépendant. Et puis le désir d’écriture est une forme de libido : on est poussé par un désir nécessaire. 

Comment est né le personnage libertin de ton premier roman, au XVIIIe siècle à Quimper ?

Au XVIIIe siècle, les questions d’hétérosexualité, d’homosexualité n’étaient pas aussi définies qu’elles sont le sont aujourd’hui. On pouvait naviguer d’une sexualité à une autre. On parlait de pédérastes, certes, mais il y avait quelque chose de flou, des frontières moins nettes. Ce personnage de Gaspard ne se pose pas véritablement la question de son désir sexuel. Ce dont je me souviens, c’est que j’avais envie d’un personnage dont les désirs et la volonté seraient informes, et d’imaginer un personnage en glaise façonné par la ville et les rencontres qu’il allait faire. Au début c’est un type assez fade, en tout cas assez peu défini. C’est ce qui a suscité je crois que les lecteurs ont pu se reconnaître en lui. Il était un peu insaisissable. Très souvent, mes personnages voyagent d’un texte à un autre. Ils sont des figures déclinées. Le personnage de Pornographia (Gallimard, 2013, Prix Sade) est aussi insaisissable… C’est un texte plus poétique, moins narratif, mais c’est aussi le récit d’une errance urbaine, celle d’un homme poussé par le désir et hanté par la mort, comme l’était en parti Gaspard. Il y a une dimension morbide qui accompagne ces deux romans. 

Comme dans le dernier… À quel moment vient le sujet, dans ton processus d’écriture ?

Le sujet en tant que thème ne précède jamais le roman. Je ne me dis pas que je vais écrire sur telle ou telle thématique. Ce qui précède, c’est quelque chose de plus ténu et précis à la fois. Des images, des sensations, des lieux. Souvent des livres que je portais depuis bien longtemps. Un livre en engendre un autre, niche quelque part dans un coin de mon cerveau avant de se sédimenter. C’est au croisement de plein d’influences de livres que je lis, de photographies que je vois, de choses que je vis qui s’amalgament et font que je tiens une histoire. Et puis le texte s’impose alors comme une évidence, s’inscrit dans une logique. Je veille à ce que le texte suivant soit un challenge qui m’oblige à poser de nouvelles conditions à l’écriture, et soit le prolongement du précédent. 

Pourquoi à ce moment-ci la relation père-fils t’intéressait-elle ?

L’étrangeté du désir dans la famille, quand le désir est perçu comme tel par les autres membres de la famille, puisque je ne considère bien sûr pas que l’homosexualité soit une étrangeté, complexifie les rapports. Je crois aussi que le rapport à la masculinité est si stéréotypé, pétri de clichés que forcément, la présence d’un enfant homosexuel dans une famille confronte ces aspects-là. Je l’avais surtout fait dans Le Sel, avec un patriarche en opposition avec son fils, avec la manière dont le frère était construit aussi… Un schéma familial que j’avais continué d’explorer dans Règne animal. Oui, c’est un choc des cultures qui m’intéresse. Comment arrive-t-on à des points de ruptures ? Qu’est-ce que ça remet en question ?

Cette relation violente ici doit-elle être lue comme une allégorie de la société patriarcale ?

Complètement. Je crois que c’est un type emprisonné dans un carcan, celui d’une masculinité toxique. Il porte cet héritage du patriarcat, ce désir de possession, cette forme de fierté masculine, de besoin de domination, de rapports de force à ceux qui l’entourent. Il va étendre son emprise sur sa compagne, et l’on comprend rapidement qu’il est porté par une jalousie malade, et puis il est hanté par sa propre histoire, celle de son propre père qui lui a transmis cette rudesse. Mais ça n’est pas une figure du mal, je ne veux pas être manichéen. C’est un homme très fragile, je crois, parce qu’il est lui-même prisonnier de ses déterminismes. On sent qu’il a conscience de son héritage, mais il est submergé par sa part d’ombre qu’il n’arrive pas à contenir. 

"Il y a quelque chose de très enfantin dans l’acte d’écrire : c’est se raconter des histoires."

Autre chose traverse ton oeuvre : la nature. Pourquoi ?

Je crois l’avoir compris sur le tard. Je n’étais pas un enfant qui a eu un accès privilégié à la culture, je n’ai pas eu d’éléments qui m’ont permis de me forger de manière intellectuelle. J’ai grandi dans une campagne du sud-ouest de la France et mon rapport au monde s’est fait par le biais de la sensorialité. On était des enfants très libres. Un rapport encore investi d’émerveillement, de magie. Il y a quelque chose de très enfantin dans l’acte d’écrire : c’est se raconter des histoires. Au passage à l’âge adulte, c’est quelque chose qu’on perd. Mais j’ai l’impression que les écrivains sont des gamins qui essaient de retrouver cette magie-là, quand tout à coup l’histoire que l’on raconte est presque plus réelle que la vie qu’on mène. Dans mon travail d’écriture, je fais toujours appel à ces sensations que j’ai gardées, à la nature dans laquelle j’ai évolué, aux rapports aux animaux que j’avais. Je fais souvent rejouer des paysages dans lesquels j’ai grandi. Le Gers, une campagne que j’ai passionnément aimée enfant, ou ici les Pyrénées ariégeoises même si elles ne sont pas nommées. Des paysages que j’ai oubliés, mais dont me restent des émotions, des sensations que j’essaye de retrouver par l’écriture. 

Tu es hypersensible ? Il faut être une éponge pour retranscrire ces souvenirs sensoriels… 

Ce que je sais, c’est que tous mes souvenirs sont liés à une lumière ou à des odeurs. Oui, je dois avoir une forme d’hypersensibilité, en tout cas une mémoire sensorielle bien plus développée que la mémoire intellectuelle ou photographique. C’est ce qui transparaît dans mes textes, parce que la théorie n’est jamais un guide pour moi dans l’écriture, ce sont les sens. Je travaille avec des "images mentales", que j’essaye de retranscrire précisément. Mes seuls souvenirs de bonheur, étrangement, sont liés aux lumières, aux odeurs, aux couleurs. 

Ton enfance était heureuse ?

J’ai beaucoup de souvenirs heureux de mon enfance, mais qui sont souvent des souvenirs très ténus d’instants liés justement à la nature. Des moments dans lesquels, enfant, je me sentais en communion avec cette nature qui m’entourait. Ce lien-là, je l’ai malheureusement perdu, même si je vis à la campagne, je n’ai plus ce rapport d’émerveillement possible. Très souvent, quand je ressens des instants de bonheur aujourd’hui, je m’aperçois que je les ressens au travers d’instants que j’ai déjà éprouvés auparavant, et parce qu’une lumière ou une odeur me rappelle quelque chose éprouvé gamin. Comme si, en passant à l’âge adulte, j’avais perdu quelque chose, ou qu’un filtre s’était posé sur moi. 

Sur France Inter l'autre jour, tu disais écrire sur la domination des hommes sur la nature. J’ai pourtant le sentiment que tu écris l’inverse : la nature qui domine les hommes… 

J’ai toujours, en effet, la volonté d’écrire l’intention qu’a l’homme de contraindre la nature, et de montrer à quel point c’est vain. La recrudescence des phénomènes climatiques extrêmes nous le montre. On est arrivé à un point de rupture où tout ce que l’on croyait contrôler et asservir nous échappe, comme si la nature nous vomissait. Je n’oublie jamais que l’humanité n’est qu’un instant infime dans l’histoire de notre univers. Dans Le Fils de l’homme, le père dit espérer qu’il n’y a pas de vie ailleurs que sur Terre, parce que dès qu’il y a de la vie, il y a violence, domination, et tout ce qui nous enchaîne. Ce sont ses mots à lui, moi je trouve aussi qu’il y a une part de beauté dans l’humanité. J’essaye de montrer que l’homme figure dans un tableau qui le dépasse. 

"Je m’intéresse de plus en plus à la bascule, la fin de l’innocence."

Une part de beauté, mais tu n’es pas optimiste…

J’ai été déçu, et je n’attends rien de l’humanité. J’attends des hommes à titre individuel, et quand je dis des hommes, ce sont davantage des femmes aujourd’hui. Par petits groupes, on est capable de prises de consciences, on est capable de porter des combats, mais on a le sentiment d’être rattrapé par la collectivité et que les choses n’avancent jamais. Oui, cela conduit à une forme de pessimisme. Ce que dit le GIEC se répète depuis les années 1970… Ça me pose des questions en tant qu’écrivain. Qu’est-ce qu’on peut écrire aujourd’hui ? Que signifie d’écrire des romans aujourd’hui ? Quel sens ça a ? Sur quoi dois-je désormais écrire ? Je ne peux plus écrire que sur l’enfance, qui reste le territoire de l’espoir, du possible. Je m’intéresse de plus en plus à la bascule, la fin de l’innocence. J’ai le sentiment de ne plus pouvoir écrire sur autre chose que la fin de notre monde. C’est ce à quoi on assiste. Si écrire a un intérêt aujourd’hui, c’est peut-être celui de témoigner de ce bouleversement-là, ce point de bascule.

C’est pourquoi il y a dans ton oeuvre le corps vivant, comme en décomposition ?

De manière plus intime, j’ai toujours été à la fois fasciné et terrifié par la mort. J’ai grandi, jeune homosexuel en province, dans les années 1980 et 1990. C’étaient les années sida. Je n’avais aucun référentiel positif en termes de sexualité, si ce n’est la maladie et la mort. Je me suis construis dans le secret de mon identité sexuelle et de mon désir, mais aussi avec cette chape de plomb, celle de la prééminence de la mort. Et puis en grandissant j’ai transformé cette peur, c’est devenu un objet d’intérêt esthétique. Je l’utilise d’une autre manière, toujours dans cette nature qui nous englobe tous, pour montrer qu’on n’est jamais que partie prenante d’un tout, d’une cosmogonie dans laquelle nos corps apparaissent et retournent à la terre. Quand j’écris les corps, je ne peux faire l’économie des corps qui agonisent. 

Comment travailles-tu ton style, au vocabulaire particulièrement riche ?

J’avance à la recherche d’une langue. Le style, la forme, sont des questions que je me pose. De texte en texte, j’essaye de chercher une langue singulière, identifiable. Je crois qu’il y a quelque chose que je porte, c’est l’approche sensorielle dont je parlais. Et puis il y a aussi, quand je décris un territoire, une part de recherches pour essayer de trouver les mots les plus précis possibles. Quand j’étais enfant, je lisais des guides sur les animaux de nos campagnes. J’apprenais les noms latins par coeur, il y avait une forme de mystère, une poésie. C’est un bagage que je porte. Je peux mener des recherches aussi en géologie, en botanique… La présence de tel ou tel végétal à tel endroit. Dans Le Fils de l’homme, il me semble que la langue est peut-être plus accessible, plus contemporaine. Je suis davantage dans une économie de moyens. Je m’autorise plus de dialogue, plus d’instants "neutres" dans l’écriture. Je trouve que la question du vocabulaire révèle notre rapport à la littérature, de plus en plus appauvri. Quand je lis Cormac McCarthy par exemple, fan d’équitation, il y a tout un vocabulaire obscur. Je ne suis pas pour autant à essayer de tout comprendre avec mon dictionnaire, j’accepte qu’un livre m’échappe en partie, et généralement, je comprends finalement ce que les mots signifient parce qu’ils s’inscrivent dans un contexte. On a une langue extraordinairement riche, pourquoi ne pas l'utiliser ? Pourquoi évincer des mots qui désignent exactement ce que je veux représenter ?

Il n’y avait pourtant pas de livres chez toi, enfant ?

Très peu. Je n’ai pas grandi dans une famille de lecteurs ou d’intellectuels. Les livres auxquels j’avais accès étaient ceux de la bibliothèque municipale. J’étais féru surtout au début de littérature fantastique, Stephen King par exemple. Je reste un fou de cinéma d’horreur aujourd’hui. Je suis venu à la littérature dite classique plus tard, par l’école. Quand je suis parti de chez moi, à dix-huit ans, j’ai eu accès aux librairies. 

Qui sont les auteurs qui t’influencent depuis ?

Je suis plus fasciné par la langue des auteurs que par les histoires qu’ils me racontent. La lecture de Claude Simon, par exemple, a été pour moi une découverte importante. La lecture de Guyotat, Eden Eden Eden, Tombeau pour cinq cent mille soldats… La littérature de Genet. Je pourrais en citer plein d’autres : Proust, Sade aussi et la littérature de la marge, fondatrice car espace de liberté. Chez mes confrères, je suis passionné par les livres de Marie NDiaye ou de Tristan Garcia, avec qui l’on partage beaucoup. Alain Guiraudie, aussi, qui est quelqu’un que j’adore. Son dernier, Rabalaïre [chez P.O.L] est un livre fou, disproportionné, bancal, et porté par toute l’humanité d’Alain et son regard si particulier. Et puis c’est hilarant ! Alain joue avec les limites et la subversion. C’est ce que j’aime en littérature. Être dérouté, malmené, perdu, mal à l’aise, mettre du temps à comprendre… Les livres pour lesquels il m’a fallu lutter sont ceux qui me restent aujourd’hui. Parce qu’ils sont exigeants, ils ont changé mon regard. 

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Crédit photo : Francesca Mantovani pour Gallimard