Abo

sériesFestival Séries Mania 2021 : 5 séries queers à suivre cette année

Par Franck Finance-Madureira le 06/09/2021
Les Engagés, saison 3

La troisième édition à Lille de Séries Mania, le festival français consacré aux séries télévisées du monde entier, vient de s’achever. TÊTU a repéré les 5 séries queers à suivre dans les mois qui viennent !

En plus des rencontres et des découvertes, un festival comme Séries Mania à Lille, c’est l’occasion de prendre le pouls de la planète séries et de ressentir les tendances, notamment sur les thématiques LGBTQI+ : retrouvailles avec Les Engagés pour une saison 3 qui renouvelle le genre, affirmation des personnages non-binaires comme moteurs de fiction, et comédies à la liberté de ton assumée. Le palmarès annoncé dans cette édition 2021 est assez représentatif de la diversité réjouissante que propose Séries Mania, dans une programmation pointue qui fait la part belle aux séries ambitieuses et originales venant du monde entier.

La part belle au regard féminin

L’une des tendances lourdes, c’est l’affirmation des autrices et, du coup, de personnages et de points de vue féminins : côté français, les très drôles Jeune et Golri sur une stand-uppeuse qui se met en couple avec un « vieux » de 47 ans, actuellement sur OCS, et Nona et ses filles de Valérie Donzelli, bientôt sur Arte, dans laquelle Nona (Miou Miou) tombe mystérieusement enceinte à 70 ans sous les yeux de ses trois filles, aussi différentes que complices et borderline (Virginie Ledoyen, Clotilde Hesme et Donzelli elle-même).

Au-delà de nos frontières, c'est la série britannique autour d’un groupe de punk-rock constitué de jeunes femmes musulmanes aux caractères bien trempés, We are Lady Parts, diffusée dès le 15 septembre par BrutX, qui fait sensation, ainsi que la série américaine de l’iconoclaste Julie Delpy, On the Verge, un anti-Sex and the City à Los Angeles, à retrouver dès ce mois-ci également sur Canal+. Mais bien sûr, quelques séries LGBTQI+ ont également émergé lors de cette édition du festival lillois.

Le retour des Engagés

L’un des moments forts de la sélection, c’était le retour de la première série LGBTQI+ française, Les Engagés, créée en 2017 par Sullivan Le Postec et qui met en scène le duo Hicham/Thibaut (incarnés par les excellents Mehdi Meskar et Éric Pucheu), deux homosexuels militants au sein du centre LGBTQI+ de Lyon et leurs entourages amicaux, familiaux et associatifs. Les deux premières saisons, sorties en 2017 et 2019, étaient construites sur un format de dix épisodes de 10 minutes. La saison 3, sous-titrée mystérieusement XAOC, sera quant à elle diffusée cet automne, a priori sur le site France Tv Slash dédié aux créations « alternatives », et proposera trois épisodes de 45 à 50 minutes.

Ce format ambitieux donne une envergure nouvelle au récit, qui se construit sur deux intrigues passionnantes : une enquête proche du thriller politique autour des menaces qui pèsent sur Anzor, un réfugié gay tchétchène, qui mènera la petite bande jusqu’aux arcanes du pouvoir européen à Bruxelles, et un fait divers dans une cité de Saint-Etienne sur fond de violence policière et d’homophobie. Cette ampleur narrative donne aux Engagés un souffle nouveau porté par une forme et un rythme, fruits d’un travail précis d’écriture, de mise en scène (l’auteur Sullivan Le Postec est devenu co-réalisateur sur cette saison) et d’une vraie recherche esthétique.

Si les intrigues amoureuses passent un peu au second plan (on notera une jolie histoire de trouple entre Hicham, Bastien, travailleur du sexe, et Elijah, un jeune homme trans), ces trois épisodes sont d’une grande richesse, notamment dans leur façon de ne jamais oublier les combats historiques, personnifiés par le personnage senior de la série, Claude (très touchant Denis D’Arcangelo). Après visionnage des Engagés XAOC, il apparaît presque inconvenant et anachronique que cette saison 3 ne bénéficie pas de la part de France Télévisions d’une case de diffusion hertzienne en bonne et due forme. À suivre…

Des personnages non-binaires au premier plan

L’une des tendances visibles dans le monde des séries LGBTQI+ cette année, c’est l’émergence visible de personnages non-binaires (toutefois souvent genrés au masculin). Dans la création française, cela se joue plutôt du côté des personnages secondaires, comme celui de Sam (Jérémy Gillet) dans la saison 2 de la série d’Arte Mytho. Dans la première saison, qui voyait une mère de famille névrosée (Marina Hands) s’inventer un cancer, son fils Sam explorait plutôt une transidentité. Dans cette nouvelle saison, le personnage s’affirme différemment, explorant une identité plutôt non-binaire. Rejeté précédemment par son correspondant allemand, Sam connaîtra encore une histoire amoureuse compliquée dans cette nouvelle saison face à Renan, un jeune homme ombrageux, versatile et relativement insupportable incarné par Théo Augier (déjà vu en jeune gay aux côtés de Sami Outalbali dans la saison 3 des Grands sur OCS).

LIRE AUSSI >> Sami Outalbali : « J’adore jouer avec la masculinité »

series mania

Pour trouver des personnages non-binaires au premier plan, c’est du côté de la Colombie et du Canada que Séries Mania est allé regarder. Vida de Colores, récompensée du prix du jury, est une série colombienne qui raconte la vie quotidienne de Yerit, étudiant en art et danseur, qui vit avec Alma, une femme trans au passé trouble. Yerit est un personnage passionnant qui se situe aux confins de tous les obstacles que doivent affronter les classes populaires marginalisées de Colombie. Non-binaire, sans famille et jonglant avec les petits jobs pour payer ses études, il va se retrouver confronté à des difficultés supplémentaires quand sa proprio/coloc Alma va être très gravement agressée chez elle.

Si la série est forte dans son propos et que ses personnages sont fascinants et touchants, elle souffre d’une mise en scène parfois un peu chargée qui dose relativement mal les scènes de danse ou de chant (beaucoup trop longues et répétitives), censées rythmer le propos. Pour l’instant, la série, constituée d’épisodes de 25 minutes, n’a pas trouvé de diffuseur français.

Toujours dans ce format d’épisodes d’une vingtaine de minutes, la série canadienne anglophone Sort of sort du lot ! Elle propose, elle aussi, de suivre la vie quotidienne d’un personnage non-binaire, Sabi. Issu·e de la communauté pakistanaise et vivant des relations familiales complexes, Sabi vient de larguer son mec cis qui vient de le·la tromper avec son ex-meuf ! Baby-sitter de deux jeunes pré-ados le jour et travaillant dans un lieu de convivialité queer la nuit, iel passe son temps libre à traîner avec son·sa pote Seven qui rêve de quitter cet « enfer cis-hétéro » pour aller vivre à Berlin vu comme une espèce de paradis queer.

Mais, alors qu’iel était prêt·e à franchir le pas et à reprendre sa vie en mains, Bessy, la mère des pré-ados qu’iel garde, se retrouve dans le coma à la suite d'un accident de vélo et Sabi doit seconder le père de famille, un peu largué face à une charge mentale inhabituelle. Sort of fonctionne par ses ruptures de ton continues et ses dialogues percutants, tout comme par la personnalité tellement non-conventionnelle de Sabi interprété·e par Bilal Baig, co-créateur·trice de la série. Les huit épisodes de cette première saison ont été acquis par M6 et devraient être diffusés sur l’antenne de Téva.

Des séries courtes et acerbes

Parmi les nombreuses séries proposées, on a encore repéré deux séries d’épisodes courts (10 minutes) aux tons particuliers. La série australienne Iggy & Ace est clairement l’une des plus déjantées. Elle met en scène deux BFF unis par une passion commune : l’alcool. Iggy est blonde, lesbienne et archi-trash, elle parle fort et plus elle boit, moins on la comprend. Ace est gay, rêve du grand amour mais ses soirées se finissent la plupart du temps en trou noir complet. Le jour où Ace, après une petite frayeur de santé, décide d’arrêter de boire, rien ne va plus entre les deux amis et la guerre est ouverte. Leur entourage hétéroclite va en subir les conséquences : que ce soit Justine, la copine d’Iggy, Otto, leur vieil ami dealer aussi flamboyant que mourant, ou Konnor, un allié faussement queer et franchement allumeur. Les dialogues sont trash et assumés, les personnages hilarants et la série n’hésite jamais devant le mauvais goût, c’est ce qui fait son charme.

 

L’autre série aux épisodes courts, Cross, vient d’Argentine et travaille une narration plus douce et subtile. Jose Luis et Hector sont deux hommes hétéros et mariés qui ont un secret : chaque troisième vendredi du mois, ils organisent une soirée crossdressing avec quelques amis, homos mais pas que, pour libérer leur féminité à l’abri des regards et des jugements sous les noms de Luna et Mirna. Mais, lors d’une de ces soirées, Hector/Luna meurt subitement d’une crise cardiaque et son ami Jose Luis/Mirna, effrayé par les conséquences, s’enfuit lâchement. Comment va-t-il gérer l’après avec sa femme, ses enfants, la femme et le fils d’Hector bien décidé à enquêter sur la mort de son père ? Les épisodes vont à l’essentiel et, sur ce sujet relativement inédit, la série se montre à la fois drôle, subtile, touchante et inclusive. Une réussite, dont on ne sait pas si elle sera diffusée en France.

LIRE AUSSI >> Série : le reboot de « Queer as Folk » a trouvé son premier personnage, trans

Crédit photo : Les Engagés, Jean Combier/Astharté & Compagnie