animationLa série animée "Q-Force" est finalement la bonne surprise très queer de Netflix

Par Florian Ques le 14/09/2021
La série animée "Q-Force" est la bonne surprise queer de Netflix

Animée au sens littéral comme au figuré, Q-Force est une série d'espionnage légère et distrayante qui ne mérite pas le venin que beaucoup ont craché dessus. Retour sur cette fiction unique en son genre, disponible depuis début septembre sur Netflix.

S'il y a bien une série Netflix qui ces derniers temps a fait couler de l'encre – ou plus précisément des pixels –, c'est Q-Force. Lorsque sa bande-annonce est tombée en août dernier sur YouTube, les internautes LGBTQI+ se sont mis aux abois. À partir de seulement deux minutes d'images, voilà la nouvelle production vue taxée d'"horriblement stéréotypée". Et le géant du streaming d'être accusé de véhiculer une vision cliché et dangereuse de la communauté queer. Sauf que ces jugements s'avèrent quelque peu hâtifs, au regard de la série dans son ensemble...

Créée par le scénariste gay Gabe Liedman, Q-Force narre les exploits d'une équipe d'espion·nes queers, menée avec beaucoup d'entrain et d'optimisme par l'agent Steve Maryweather. Après avoir fait son coming out homosexuel, celui-ci a été écarté par l'AIA – l'équivalent de la CIA dans la série – mais a décidé de ne pas se laisser mettre au placard aussi facilement. C'est ainsi qu'il s'entoure d'autres agent·es LGBTQI+ afin d'unir leurs forces pour rétablir l'ordre dans le quartier très coloré de West Hollywood à Los Angeles.

Plus positive qu'elle n'y paraît

Sur le papier, Q-Force partage quelques similitudes avec Archer, également nichée au sein du catalogue Netflix en France : ce sont deux séries animées, sur le milieu de l'espionnage, portées par une diversité de personnages et misant en partie sur l'humour. Pour la faire courte, Q-Force est plutôt la version queer d'Archer – en moins drôle, il faut tout de même l'avouer – mais plus bienveillante. Contrairement à ce que laissait présager son trailer tant décrié, elle génère un sentiment de positivité dans l'ensemble de ses scènes et parvient à aller au-delà des stéréotypes qu'elle convoque. Et la recette finale fonctionne plutôt !

Le héros gay accro au sport n'est ainsi pas une gym queen écervelée : il fait preuve de bravoure, d'ingéniosité et doit faire face à des traumatismes bien réels. Le personnage lesbien a beau être une butch calée en mécanique, c'est aussi une épouse dévouée qui aime éperdument sa moitié. Quant au personnage trans, c'est une hackeuse au look gothique qui n'a qu'une envie : partager ses passions, et sa vie, avec une personne qui la comprend. Les dix épisodes de cette première saison de Q-Force leur donnent à tous suffisamment d'épaisseur pour en faire des héros consistants.

De belles valeurs prônées

Les références à la culture queer sont multiples, mais disséminées avec parcimonie et sans que ce ne soit trop on the nose. Les vannes ne sont pas toujours fructueuses, la faute sans doute à un humour policé qui n'ose pas aller dans le politiquement incorrect. Ce qu'on peut comprendre, quand on voit comment une partie de la communauté LGBTQI+ lui est tombée dessus en visionnant à peine quelques images. La série se mouille dans d'autres domaines, comme lors de ses quelques scènes de sexe, sensibles et soignées, qui méritent d'être applaudies. On a rarement vu ça dans le monde de l'animation pour adultes.

q force
Crédit photo : Netflix

Au bout du compte, la réaction qu'aura suscitée Q-Force (ou plutôt sa bande-annonce) veut dire beaucoup. La plupart de ses détracteurs brandissaient l'argument ultime : "Je ne me reconnais pas", ou "je ne me sens pas représenté". Un raisonnement qui rappelle une récente controverse télévisée… Ce que propose ici Q-Force, c'est de pouvoir rire de soi, avec soi, entre soi. Mais aussi d'encourager des valeurs fortes, comme le besoin de communauté justement, ainsi que l'acceptation de la différence. Loin d'être pernicieuse, cette production Netflix est un safe space pour les personnes queers. Parfois un peu trop safe, d'ailleurs, mais cette première salve d'épisodes est assez touchante pour qu'on réclame une deuxième ration.

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Crédit photo : Netflix