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cinémaAnaïs Demoustier et Valeria Bruni-Tedeschi parlent de leur histoire dans « Les Amours d’Anaïs »

Dans Les Amours d’Anaïs, premier long métrage virevoltant et sensuel de Charline Bourgeois-Taquet en salles aujourd’hui, Anaïs Demoustier incarne une jeune femme qui désarçonne par cette liberté absolue qu’elle fait sienne. Loin des contingences matérielles, l’Anaïs du film se laisse porter par ses désirs, ses envies, même quand ceux-ci l’entraînent à séduire la femme de…

Dans Les Amours d’Anaïs, premier long métrage virevoltant et sensuel de Charline Bourgeois-Taquet en salles aujourd’hui, Anaïs Demoustier incarne une jeune femme qui désarçonne par cette liberté absolue qu’elle fait sienne. Loin des contingences matérielles, l’Anaïs du film se laisse porter par ses désirs, ses envies, même quand ceux-ci l’entraînent à séduire la femme de son amant, Emilie, incarnée par Valeria Bruni-Tedeschi. Les deux comédiennes se sont confiées à TÊTU sur cette belle histoire d’amour, leur travail commun et leur relation aux personnages et au cinéma queers.

Têtu : Comment vous êtes vous projetées dans cette relation en préparant le film ?

Valeria Bruni-Tedeschi :  Moi je ne travaille pas la relation homosexuelle différemment et c’est très volontaire même quand j’ai joué au théâtre Les Larmes amères de Petra Von Kant de Fassbinder (2015) ou dans le film Seules les bêtes de Dominik Moll (2019). Exprès, je ne veux pas travailler ça car je suis beaucoup plus libre si c’est juste du désir. Après, pour chaque personne, le visage, le corps est différent donc je vais travailler avec l’autre, avec Anaïs, mais pas en me disant que c’est une fille, en me disant que je suis amoureuse de quelqu’un. Comment ça s’appelle ? C’est quoi ce mot très beau qu’on dit tout le temps maintenant ?

Têtu : Pansexuel ?

Valeria Bruni-Tedeschi : Oui pansexuel ! C’est-à-dire qu’on est amoureux, que le désir se déclenche.

Têtu : Peut-être que l’état de l’actrice, c’est d’être pansexuelle...

Valeria Bruni-Tedeschi : Exactement, c’est très juste !

Anaïs Demoustier : Oui et on se connecte à chaque fois aux gens avec qui on travaille !

Valeria Bruni-Tedeschi : Oui, à son odeur, à ses baisers, à son énergie. Mais je ne vais pas avoir plus de mal à embrasser Anaïs qu’à embrasser un jeune garçon !

Anaïs Demoustier : Et, ce qui est bien, c’est que dans le film, cela ne soit pas un sujet, que la réalisatrice n’en fasse pas un événement qu’elle passe d’un homme à une femme.

Têtu : Et le film s’envole quand vos deux personnages se rencontrent…

Anaïs Demoustier : Oui, c’est la vraie rencontre, celle qui bouleverse, qui change le rythme des personnages. Mon personnage est tout le temps agité et là, elle s’arrête. D’un coup, c’est comme si elle ne maîtrisait plus, elle n’est plus dans le contrôle, elle en perd son latin. Il y a un vrai basculement du film à ce moment-là. Il y a la chaleur de l’été, quelque chose de très sensoriel. Le film est assez bavard, on s’exprime beaucoup avec des mots mais, dans notre scène d’amour que je trouve magnifique, on s’autorise soudain un vrai silence. On entend le bruit de la mer, on sent les peaux, le sable, le vent, c’est très sensuel.

Têtu : Et de la même façon que la sexualité des personnages n’est pas un sujet, leur différence d’âge non plus…

Valeria Bruni-Tedeschi : Absolument. Ça aussi on en parle beaucoup, c’est un peu une obsession alors qu’on est censé être dans une société qui se libère de plus en plus. C’est étrange mais c’est une question qu’on nous pose beaucoup.

Anaïs Demoustier : Alors que moi c’est une question que je ne me pose jamais ! Même dans mes amours, je n’ai jamais pensé à l’âge de la personne ! Dans le film, on voit avant tout ce qu’elles peuvent se transmettre et on échappe au côté un peu paternaliste qu’il peut y avoir si c’était un homme face à une jeune femme.

Têtu : Anaïs, vous évoquiez la belle scène d’amour entre vous deux, commet ça se travaille une rencontre sensuelle entre comédiennes ?

Anaïs Demoustier : On a commencé par s’en parler…

Valeria Bruni-Tedeschi : Et, pour commencer, ça se passe beaucoup mieux quand on s’entend bien dans la vie. Nous, on rit ensemble et de rire, ça désamorce les peurs. Et on s’est vraiment aidées l’une l’autre à ne pas avoir peur, parce que l’érotisme au cinéma, il faut le dire, c’est bien de le dire : c’est compliqué ! C’est une chose grave, et c’est beau que cela soit grave. Je ne l’ai pas beaucoup investigué dans les films mais cela me passionne. C’est toujours intéressant si c’est fait intelligemment, ce que je ne peux pas accepter c’est la bêtise. La vulgarité et la bêtise, je ne peux pas.

Anaïs Demoustier : J’ai commencé assez jeune à faire du cinéma et, étonnement, je n’ai jamais reculé devant ces scènes-là. Je me suis toujours dit que cela faisait partie de la vie et puis tout dépend d’avec qui on le fait, de comment on le fait, de savoir si c’est nécessaire ou pas… Là, il y avait plusieurs scènes de nudité et on en a beaucoup parlé avec Charline, la réalisatrice. Mais il y a dans ces scènes-là, une espèce de saut dans le vide, et je sais que je compte beaucoup sur l’autre, sur le rapport de confiance, sur la façon dont on se regarde… Notre scène sur la plage était longue, sur la plage, en plein jour, non ce n’était pas simple, mais on était très ensemble avec Valeria. J’aime bien l’idée de chorégraphie et je me mets dans une position de danseuse.

Valeria Bruni-Tedeschi : C’est technique mais il faut qu’il y ait autre chose qui se passe, il faut un petit glissement pour que cela ne soit pas ennuyeux. Mais le travail c’est compliqué !

Têtu : Valeria, vous serez aussi à l’affiche de La Fracture de Catherine Corsini le 27 octobre prochain, en couple avec Marina Foïs cette fois-ci, et dans un personnage aux antipodes de celui des Amours d’Anaïs

Valeria Bruni-Tedeschi : Oui le personnage est très différent. Je me suis glissé dans cette musique au service du personnage. Très naturellement, ce sont d’autres parties de moi sont venues à la surface. Je ne travaille pas pour être différente, c’est une conséquence de deux univers très différents.

Têtu : Pensez-vous qu’on progresse en termes de représentations des personnages LGBT+ au cinéma ?

Valeria Bruni-Tedeschi : En tout cas moi, je ne fais que ça ! (Rires) Je ne sais pas pourquoi mais c’est ça que je créé comme fantasme ! Mais créer un fantasme, cela me fait plaisir.

Anaïs Demoustier : Moi ce n’est que la deuxième fois après A trois on y va (2015) !

Valeria Bruni-Tedeschi : Je trouve que ça progresse mais surtout aussi dans la vie. Autour de moi, j’ai beaucoup de jeunes qui, tranquillement, vont de l’un à l’autre, cela devient très libre. Le progrès, c’est cette liberté des jeunes, je suis ébahie, je trouve vraiment ça merveilleux.

Anaïs Demoustier : Il y a une forme de tranquillité face à son propre désir ce qui n’était pas le cas quand j’étais au collège ou au lycée.

Têtu : Certains films ou réalisateurs ont marqué vos imaginaires dans ce champ-là ?

Valeria Bruni-Tedeschi : Chéreau évidemment avec L’Homme blessé qui est un film que j’aime beaucoup !

Anaïs Demoustier : Il y a Ozon

Valeria Bruni-Tedeschi : Fassbinder, Pasolini,

Anaïs Demoustier : J’aime le rapport souvent joyeux et ludique qu’entretient Christophe Honoré avec la sexualité. Il y a toujours la part légère de l’amour, de la sexualité.

Valeria Bruni-Tedeschi : C’est vrai que Chéreau il a une vision du monde qui est plus violente, avec une certaine brutalité, le désir est difficile à assumer, le monde n’est pas léger.

Têtu : C’est une dimension qui apparaîtra dans le film que vous êtes en train de terminer de réaliser sur le théâtre des Amandiers ?

Valeria Bruni-Tedeschi : Je pense que oui, j’espère qu’on va ressentir le fait qu’à cette époque-là, dans cette école-là, avec ces metteurs en scène-là, le monde n’était pas léger et, en même temps, on va explorer le désir entre hommes et femmes, entre hommes et hommes, entre femmes et femmes. J’espère que la légèreté propre à la jeunesse contrebalancera l’univers tourmenté de cette école.

Anaïs Demoustier : Ça fait envie !

Par Franck Finance-Madureira le 15/09/2021