télévision"Genera+ion", la série la plus queer de l'année arrive enfin sur Canal+

Par Florian Ques le 30/09/2021
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Portée par un Justice Smith magistral, la série Genera+ion esquisse un tableau moderne et réjouissant de l'adolescence américaine de 2021.

Ils sont jeunes, paumés, éveillés, décomplexés. Ce sont les ados de Genera+ion, une production originale HBO Max aux États-Unis qui déboule (enfin) sur Canal+ en France dès ce jeudi 30 septembre. Au fil de sa première saison, cette chronique sensible et désopilante dépeint les vies entrelacées de lycéens inscrits dans le même établissement de la ville d'Anaheim, en Californie. C'est un peu comme si Newport Beach avait fait un bébé avec Girls, avec plus de représentation LGBTQI+.

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Au sein de cette clique, on repère donc Naomi et Nathan, des faux jumeaux à la vie sentimentale tumultueuse : l'une s'essaie au trouple tandis que l'autre appréhende à peine sa bisexualité, sous l'œil désapprobateur de leur mère gentiment conservatrice. Puis il y a Arianna, la fille à papas (gays) hyper-active sur les réseaux sociaux. Mais aussi Riley, une artiste en herbe qui peine à verbaliser ses émotions. Mais aucun personnage ne reflète mieux l'ADN de la série que Chester.

Fluidité à tous les étages

Incarné par l'acteur ouvertement queer Justice Smith (The Get Down), Chester piétine sans mal les stéréotypes – de genre, mais pas seulement. Dès le pilote, il nous est présenté comme l'athlète phare de son lycée, populaire auprès des autres élèves. Sur le papier, on s'imagine un grand costaud en tenue de quarterback, dans la grande tradition surréaliste des teen dramas à l'américaine. Or, Chester en est tout l'opposé : il est fin, se décolore les cheveux et prend plaisir à enfiler un crop top pour aller en classe. Il est aussi ouvertement gay. À lui seul, le personnage porte les valeurs de Genera+ion : l'appel à la différence, à l'authenticité et à la fluidité sous toutes ses formes diverses.

Tout comme les adolescents au cœur de son récit, la série fuit les étiquettes. Ce n'est ni une comédie assumée, ni un drame pur et dur. Genera+ion se place alors à l'intersection, manœuvrant – non sans maladresse parfois – entre des scènes légères et d'autres bien plus bouleversantes.

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Crédit photo : HBO Max

Mais ce qui est éminemment rafraîchissant avec Genera+ion, c'est qu'elle laisse ses ados se comporter comme des ados. Là où une multitude de séries calibrées pour les teenagers misent sur des intrigues déconnectées de la réalité – notre regard se tourne vers Riverdale ou Pretty Little Liars –, elle opte pour la simplicité. Les enjeux principaux sont des peines de cœur, un texto qui ne vient jamais ou bien un parent un peu trop envahissant. Le réalisme invoqué par la série renforce une sincérité appréciable... qui s'explique facilement par l'identité de ses co-créateurs.

Derrière Genera+ion, il y a un duo improbable : Daniel et Zelda Barnz, père et fille. Cette dernière n'avait que 17 ans lorsque le projet a été officiellement vendu à HBO Max. Son âge, qui coïncide avec celui des personnages à l'écran, insuffle cette dimension presque naturaliste aux épisodes. Les dialogues sonnent vrai, tout comme les références culturelles.

Une saison et puis "Genera+ion" s'en va

On dit souvent que les meilleurs partent en premier. C'est le cas de Genera+ion, que la plateforme de streaming HBO Max a pris la regrettable décision d'annuler au terme de seulement seize épisodes. Mais ce n'est pas parce qu'elle n'aura pas de suite qu'il faut rayer la série de son planning. Son format court – chaque épisode dure environ 30 minutes –, ses personnages touchants et son atmosphère positive rendent son visionnage aussi plaisant que nécessaire.

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Crédit photo : HBO Max

À bien des égards, Genera+ion est aux années 2020 ce que Freaks and Geeks était aux années 90 : le portrait frais, honnête et bienveillant d'une jeunesse ancrée dans son époque. La série de Daniel et Zelda Barnz cristallise une génération Z queer et animée qui a pour ambition de secouer le statu quo. Du fait de son annulation prématurée, il faudra la voir (et revoir) comme une capsule temporelle. En attendant d'avoir ce recul, on continuera de la considérer, ex-æquo avec la déchirante It's a Sin, comme la fiction LGBTQI+ immanquable de cette année. Une réussite.

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Crédit photo : HBO Max