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cinéma"Contes du hasard et autres fantaisies" au cinéma : tranche de vie queer

Par Florian Ques le 06/04/2022
"Contes du hasard et autres fantaisies" au cinéma : tranche de vie queer

Fort du succès de son film désormais oscarisé Drive My Car, le cinéaste nippon Ryūsuke Hamaguchi fait déjà son retour en salles avec Contes du hasard et autres fantaisies, une œuvre sensible et gentiment lesbienne.

En termes de timing, difficile de faire mieux que Ryūsuke Hamaguchi. À peine quelques jours suite au sacre de Drive My Car – récompensé de l'Oscar du Meilleur film étranger ce dimanche 3 avril –, le réalisateur japonais revient déjà sur grand écran avec son tout nouveau long-métrage Contes du hasard et autres fantaisies. Derrière ce titre aux sonorités enfantines, trois histoires complètement décousues qui s'intéressent à l'humain dans toute sa nuance et sa complexité.

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Rattrapée par le passé

Le premier chapitre s'attarde sur un triangle amoureux déstabilisant, alors qu'une jeune femme apprend que son amie très proche commence à dater son ex-petit ami. Dans le deuxième volet, un flirt inattendu met en péril la carrière d'un célèbre écrivain et le couple d'une jeune épouse. Mais c'est surtout le troisième et dernier acte qui risque de captiver le public LGBTQI+ alors que la rencontre fortuite entre deux anciennes camarades de classe fait ressurgir des émois enfouis.

"Contes du hasard et autres fantaisies" au cinéma : tranche de vie queer
Crédit photo : Diaphana Distribution

Dans une réalité alternative où les gens ont cessé de communiquer leurs infos personnelles sur le web suite à un virus massif, Natsuko (Fusako Urabe) se rend à une réunion d'anciennes élèves dans l'espoir de renouer avec son ex-petite amie, Mika. Les deux ont rompu tout contact à la fin de leurs années lycée, après que Mika a lâchement mis un terme à leur relation. Finalement, Natsuko tombe par hasard sur Mika à la sortie du métro. Ou, tout du moins, sur une femme qu'elle pense être son ancienne copine. La confusion s'installe alors...

Une sincérité implacable

Si l'on devait cerner un dénominateur commun entre Drive My Car et Contes du hasard et autres fantaisies, c'est indéniablement les dialogues soignés de Ryūsuke Hamaguchi. Malgré la durée du long-métrage (environ 2 heures), les répliques assurent au film un rythme que la mise en scène - principalement en huis-clos - aurait pu plomber.

Mais un avertissement est tout de même de mise : celles qui s'attendraient à découvrir une romance lesbienne avec des élans d'affection et une forte tension sexuelle seront déçues. Le film opte pour une approche nostalgique, laissant Natsuko se remémorer l'échec de son idylle passée et creusant avec beaucoup de sensibilité les regrets et frustrations qu'elle peut ressentir.

"Contes du hasard et autres fantaisies" au cinéma : tranche de vie queer
Crédit photo : Diaphana Distribution

Au-delà de son intrigue queer vibrante, Contes du hasard et autres fantaisies s'impose comme une nouvelle réussite pour Ryūsuke Hamaguchi. Chacun à leur manière, les trois chapitres du film décortiquent la notion de fantasme dans sa définition la plus classique, soit une représentation imaginaire qui laisse transparaître des désirs plus ou moins conscients. De ces fantasmes découlent de la jalousie, de la déception, de la tristesse, de l'excitation... Tant d'émotions plurielles et contradictoires que le long-métrage ausculte avec une justesse qui émeut – et qui fait cogiter.

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Crédit photo : Diaphana Distribution