AfriqueTrois arrestations après un nouveau lynchage de rue anti-gay au Sénégal

Par Gabriel Moullec le 24/05/2022
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Le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l'homophobie, le président du Sénégal Macky Sall officialisait son soutien au footballeur Idrissa Gueye pour n'avoir pas joué le match du PSG dédié à la cause LGBTQI+. Pendant ce temps à Dakar, un jeune étranger soupçonné d'être gay était violemment pris à partie par une foule hostile en pleine rue.

Filmée puis diffusée sur les réseaux sociaux, la scène montre un homme, vêtu uniquement d'un caleçon, encerclé par une foule hostile qui lui assène de violentes claques sur le dos et à la tête en proférant des insultes homophobes. À la suite de ce lynchage, en pleine rue à Dakar, d'un jeune étranger dont le seul tort était d'être prétendument homosexuel, trois hommes ont été arrêtés par la police sénégalaise et inculpés de "mise en danger de la vie d'autrui et violences", a rapporté ce 23 mai l'AFP.

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"Frappez-le à mort c'est un homosexuel", "nous ne voulons pas d'homosexuel ici", entend-on crier parmi la foule. Selon une source policière, la victime est "saine et sauve [et] a regagné son domicile". Le jeune homme aurait été identifié comme homosexuel "à cause de son de son style [et] de son habillement", rapporte le site d'information sénégalais Seneweb. Il s'agirait d'un artiste américain qui s'était rendu dans la capitale du Sénégal à l'occasion de la Biennale d'art contemporain, ce que l'ambassade américaine n'a pas commenté. Pris à partie, les collègues de la victime ont également été dépouillés de leurs effets personnels et portables, toujours selon le site.

L'homophobie encouragée par Macky Sall

Ce nouveau lynchage de rue s'est produit le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l'homophobie, assombrie cette année en France par l'attitude du footballeur du PSG Idrissa Gueye qui n'a pas participé, trois jours plus tôt, à un match où les joueurs étaient invités à arborer les couleurs de l'arc-en-ciel en soutien à la cause LGBTQI+. Originaire du Sénégal, dont il fait partie de l'équipe nationale vainqueure de la dernière Coupe d'Afrique des nations, Idrissa Gueye a suscité là-bas un fort mouvement de soutien, jusqu'à celui du président du pays, Macky Sall, déclarant sur Twitter le jour même du lynchage que "ses convictions religieuses [devaient] être respectées".

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Des réactions qui signalent à nouveau la résurgence réactionnaire et homophobe déjà constatée depuis plusieurs années au Sénégal, où les mouvements islamistes se font de plus en plus entendre dans une société à 95% musulmane pratiquante. Ils organisent régulièrement des manifestations pour réclamer une criminalisation accrue de l'homosexualité, alors que la loi sénégalaise la rend déjà passible d'une peine allant jusqu'à cinq ans d'emprisonnement.

Danger sur les LGBT au Sénégal

Cette homophobie encouragée par les plus hautes autorités du Sénégal se traduit par une recrudescence des cas de lynchages d'hommes gays. L'an dernier, à l'occasion déjà d'une vague de violences similaires, l'association LGBTQI+ Prudence avait lancé auprès de France 24 cet appel : ceux qui n'ont pas les moyens de fuir, nous conseillons d'être le plus discret possible, d'essayer de changer de comportement, de ne pas porter d'habits trop connotés, d'éviter de fréquenter certains quartiers populaires, par exemple en banlieue de Dakar."

"Quand vous êtes LGBTI aujourd’hui au Sénégal vous êtes en danger car les populations souhaitent faire justice elles-mêmes. Les LGBTI fuient et pas un jour ne passe sans que nous ne recevions un appel à l'aide ou au secours en provenance du Sénégal", témoigne auprès de l'AFP Alexandre Marcel, président de l'association Idaho France, qui vient en aide à des membres persécutés de la communauté LGBTI en particulier en Afrique.

Ce sujet des violences dirigées contre les "goor-jigeen" (le terme péjoratif pour désigner les homos en wolof) formait le sujet du livre De purs Hommes, de l'écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. Ce qui lui avait valu, lors de l'obtention en décembre dernier du prix Goncourt pour son roman suivant, une campagne d'opinion hostile dans son propre pays, l'accusant de faire "l’apologie de l’homosexualité".

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