Abo

bande dessinée"J’essaie de parler de tous ceux qui n’ont pas réussi" : rencontre avec Fabrice Neaud pour "Le Dernier Sergent"

Par Morgan Crochet le 04/01/2024
Fabrice Neaud

[Article à lire dans le têtu· de l'hiver ou sur abonnement] Vingt ans après son Journal qui retraçait sa vie d’artiste précaire et de pédé de province de 1992 à 1996, Fabrice Neaud reprend son travail biographique avec sa nouvelle bande dessinée, Le Dernier Sergent.

Photographie Yann Morrison

"J’ai l’éros marxiste. Moi c’est pas le cultureux qui me fait fantasmer, c’est l’ouvrier." Ça, on l’avait compris après la lecture du Journal de Fabrice Neaud, qui retrace la vie du bédéiste de 1992 à 1996, son quotidien de petit pédé de province entre solitude et précarité matérielle et affective. Vingt ans après la parution du quatrième tome, il reprend le cours de ce récit avec Le Dernier Sergent, lui aussi surtitré “Esthétique des brutes”, à savoir ces mecs hétéros aux mâchoires carrées, aux fronts bas, aux nuques larges, aux avant-bras massifs et aux culs rebondis de bidasses ; tout ce que le dessinateur n’est pas, et n’a jamais cessé de désirer. “Par quel hasard abject en suis-je arrivé à désirer les brutes qui me cassaient la gueule dans la cour de récréation ?” se demandait-il à l’époque du Journal. Mais on se tromperait en limitant l’œuvre de Fabrice Neaud à ces corps puissamment désirables. Son journal dessiné – il tient à la précision –, à l’approche sociale aussi franche et brutale que les hommes qui l’attirent, raconte ses jeunes années de galère ponctuées par plusieurs histoires impossibles, en y entremêlant actualités, sentiments et conditions matérielles d’existence....