Visés par une proposition de loi en cours de discussion au Parlement qui veut contraindre le travail du sexe en ligne, les créateurs de contenu X racontent leur passion du métier.
"J'aimerais qu'on arrête de parler à notre place et que le Parlement nous écoute", déplore Fabio Stallion. Ce créateur de contenu porno gay s'indigne du vote en commission à l'Assemblée nationale, mardi 22 septembre, de l'article 25 d'une proposition de loi "pour répondre aux violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants". L'objet de cet article ? Faire entrer certaines activités des plateformes où sont vendus des contenus X dans la définition du proxénétisme, un délit passible de sept ans de prison, au risque de bouleverser le modèle économique des créateurs. Suivant l'exemple d'un texte adopté en Suède en mai 2025, le dispositif prévoit en outre une contravention de 1.500 euros pour certains clients. Le texte doit encore être débattu et pourra évoluer en séance publique, mais les acteurs du porno gay sont déjà très inquiets.
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Les travailleurs du sexe en ligne gay que nous avons interrogés ne ressentent pas – mais alors vraiment pas – le besoin d'être protégés, et encore moins des plateformes. "On kiffe ce qu'on fait", soulignent à l'unisson Fabio Stallion et Tony Silver, en couple. "J'ai choisi de vivre de ma passion", confirme Kinkoer. "J'ai décidé de quitter un boulot, pourtant correctement payé et qualifié, pour faire du X", renchérit Maxime Andolini. Avant de se lancer dans le porno, tous les quatre étaient surtout exhibs, moins intéressés par la rémunération que par l'expérience.
"J'y ai pris goût"
"Un jour, en 2020, j'ai dit à mon copain que ça m'amuserait de poster une photo de ma bite sur Twitter. Il m'a dit de me faire plaisir et j'y ai pris goût. J'adore savoir que je peux procurer du plaisir aux gens", retrace Maxime Andolini. Dès qu'il commence à alimenter son compte, le Twitter gay tombe amoureux de son braquemard et ne rêve que d'une chose : prendre le train avec lui et s'enfermer dans les toilettes où il se prend régulièrement en photo. Le nombre de ses abonnés explose et Maxime peut rapidement se faire de l'argent de poche, en parallèle de son travail dans un cabinet d'architecte.
Kinkoer, lui, est entré dans le métier avec moins d'étapes intermédiaires. Habitué de la scène fétichiste, il fait la connaissance d'un acteur renommé et le courant passe immédiatement. "Il m'a proposé de monter sur scène avec lui pendant une performance de fist. J'ai adoré l'expérience et notamment l'esprit communautaire de la famille fétiche. Contrairement à ce que semblent croire ces parlementaires qui font du kinkshaming, on prend carrément notre pied et on en redemande !", témoigne-t-il. D'ailleurs, pendant notre échange, au téléphone, il se dirige vers San Francisco à l'occasion de la Folsom, la grand-messe de la scène fétiche. Kinkoer travaille à la fois sur les plateformes, lors de performances devant un public mais aussi de scènes filmées pour des studios. Il apprécie son activité libérale, qui lui offre de la flexibilité, notamment dans son emploi du temps chargé, qu'il partage avec une autre activité de tatoueur. "Je travaille beaucoup, mais on ne peut pas dire que je sois dans une situation précaire", reconnaît-il.
Pour nos témoins, le passage au porno n'est pas un choix par défaut. "Je suis grand, j'ai un doctorat en virologie, si j'avais voulu faire un métier plus conventionnel, j'en avais tout à fait les moyens", observe Tony Silver avant de dresser un constat implacable : "J'ai été caissier chez Carrefour, c'était bien pire. C'est très physique, tu te prends des remarques désobligeantes de clients, tu dois récurer des trucs dégueulasses...", énumère-t-il. Au contraire, "dans des vidéos privées, je n'ai jamais eu à faire des trucs qui ne m'ont pas plu". Évidemment, un métier est un métier, et tout n'est pas systématiquement enthousiasmant. "On me demande de faire des vidéos de mes pieds, ce que je ne fais pas spontanément. Ça me demande plus de temps, parce que je vais chercher à les rendre intéressantes alors que ce n'est pas ce qui m'attire le plus", pointe Fabio Stallion. Et comme tout travail supplémentaire suppose un revenu supplémentaire, les vidéos "privées" sont plus rémunératrices.
Être acteur, c'est être patron d'entreprise
"Le tournage, c'est 1% du temps de travail", calcule Maxime Andolini. Entre l'Urssaf, le montage, les formulaires de consentement, le marketing sur les réseaux sociaux et la représentation au sein de la commu, être acteur dans le X, c'est avant tout... diriger une société, une image, des finances. Les créateurs craignent aussi que leurs collaborateurs soient également ciblés par la loi – ce que ne dit pas la rédaction actuelle, toujours en discussion. "Lorsque je filme mon mec pendant une scène, cela fait-il de moi un proxénète ?", demande Tony Silver. "Et dans ce cas, pourquoi l'Urssaf ne serait pas à son tour considérée comme proxénète ?", ironise Fabio.
Reste l'un des arguments avancés pour défendre l'article 25. "Le monde virtuel à l'heure actuelle c’est la jungle, on n'a rien pour faire en sorte que ces jeunes filles et jeunes hommes puissent être protégés", soutient la corapportrice du texte, Isabelle Rauch (Horizons). Pourtant, la plupart des plateformes ont évidemment mis en place des garde-fous, mais elles ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Sur OnlyFans, la plus consultée, "toute personne qui apparaît sur une vidéo doit avoir déclaré son consentement dans l'application, rapporte Fabio Stallion. C'est très contrôlé, même si la personne ne montre pas son visage, même si on ne voit qu'une main, il est nécessaire que cette personne remplisse un formulaire. Et l'identité est vérifiée par l'intelligence artificielle, avec reconnaissance 3D du visage, comme lorsqu'on signe un contrat chez le notaire".
Les plateformes régulent
Aussi, OnlyFans est plutôt prudente en matière de kinks. "Si jamais tu as une goutte de pisse dans ta vidéo, parce que tu voudrais faire de l'uro, l'envoi saute", signale Maxime Andolini. Pareil pour les plans en extérieur, considérés comme un outrage public à la pudeur. Sur ces deux points, les plateformes appliquent chacune ses propres règles. "JustForFans est mieux qu'OnlyFans pour le kink et suppose de tagger les participants aux vidéos", explique Kinkoer.
Fabio et Tony ont une proposition à faire aux parlementaires. "Ce qui nous entrave dans la vie, c'est la stigmatisation à laquelle on doit faire face et sur laquelle la société devrait pouvoir travailler", soulignent-ils. Par exemple, le couple a déjà eu du mal à ouvrir un compte bancaire professionnel. "Au moment de nous donner notre carte bancaire, le directeur de l'agence a fait machine arrière déclarant que nous aurions dû lui préciser la nature de notre activité", retrace Tony, un peu dépité. S'il a le sentiment d'avoir été peu entendu par le Parlement, lui, suivra les débats de cette loi qui démarrent en hémicycle à partir du 1er octobre.
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Crédit photo : Capture d'écran Instagram / @stallionfabio par @tonysilverx