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politiqueMarie Cau, première maire transgenre : "Mon élection est perçue comme une lueur d'espoir"

Par Timothée de Rauglaudre le 28/05/2020
marie cau

Elle a été élue dès le premier tour des municipales à la tête de son village de 500 habitants, Tilloy-lez-Marchiennes, dans le Nord. L'ingénieure de 55 ans Marie Cau, première maire transgenre en France, a répondu aux questions de TÊTU.

TÊTU : Comment en êtes-vous venue à vous engager en politique ?

Marie CauJe me suis pas engagée en politique. Je vais simplement m’occuper de mon village. Je me suis rendu compte qu’il y avait une véritable attente dans le village, une envie de changement, il manquait juste une personne pour faire catalyseur. Le fait que je sois transgenre était quelque chose de complètement accessoire. C'était quelque chose de normal pour tout le monde. Il y a eu parfois des gens un peu surpris. On est allé au contact des gens, on a beaucoup parlé, ce qui a certainement contribué à rassurer les habitants et à créer de l’adhésion. J’ai toujours été une personne discrète - mais pas secrète -, je n'ai jamais été militante. Ma discrétion s’explique aussi par mon métier de consulting.

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Avez-vous déjà été confrontée personnellement à la transphobie ?

Pas des choses graves. J'ai plus souvent constaté de la maladresse par méconnaissance. Je sais très bien faire la part des choses avec quelqu'un de malveillant. J’ai eu des cas avec certains organismes : sur le changement d’adresse je leur demande d'écrire "Madame" et ils ne veulent pas, avec des réponses assez sèches et pas du tout aimables. J’ai préparé ma demande de changement d'état civil, avec le confinement c'est un dossier non prioritaire, ce ne sera pas fait avant quelques mois je pense. Je l’ai fait pour éviter les tracasseries administratives, pour moi ce n'est pas quelque chose de vital. Globalement, j'ai été agréablement surprise par un très bon accueil. Après, je ne vais pas non plus dans des zones à risque.

Comment les électeurs ont-ils perçu votre transidentité pendant la campagne ?

C’est un non-évènement. Les gens se sont plutôt intéressés à l’équipe, à nos valeurs, fondées sur l’expertise, la volonté du changement et la bienveillance. L’équipe municipale a été construite autour de personnes bienveillantes et compétentes. Il y a certes eu des petites réflexions, de la bêtise plus qu'autre chose, mais pas d’insultes. Ce sont les choses normales comme elles devraient l’être. Je savais qu'il y avait un risque d’exposition mais je m’attendais pas à ce que ça devienne mondial. Je reçois des félicitations de toute la planète, avec des messages très gentils. C'est vraiment perçu comme une lueur d’espoir. On voit tellement de violences, de régressions au Brésil, en Pologne, en Hongrie, aux États-Unis...

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Votre programme pour Tilloy-lez-Marchiennes comprend-il des mesures en faveurs des personnes LGBT ?

Pas du tout. Aujourd'hui, nos problématiques sont plus pragmatiques : ouvrir l'école, nettoyer les fossés... Les questions LGBT+ sont un non sujet à Tilloy. Les gens ne se posent même pas la question. Certains ont encore du mal à faire la distinction entre transexuel, homosexuel ou transgenre car ils ne s'informent pas sur le sujet quand ils n'y sont pas confrontés directement. Prendre le temps de répondre aux questions quand elles se posent, c'est pour moi le plus important. Les gens ont besoin d'éducation, sur ces sujets comme sur beaucoup d'autres.

Seriez-vous prête à devenir une figure nationale quitte à vous impliquer pour les droits des personnes transgenres ?

Ce serait égoïste de ne pas le faire. Ce n'était pas mon but. Si j’ai l’occasion de représenter des personnes qui peuvent être dans la souffrance et faire avancer la société, c'est difficile de s’en laver les mains. Sachant que je ne suis pas militante à l'origine, je serai écoutée comme une élue. Ça peut peut-être améliorer l’écoute. Je n'ai fait qu'être élue et monter l'équipe, ce sont les Tillotins qui ont créé l'événement. C'est une belle aventure ; si je peux en faire profiter la société, je le ferai.