[Portrait à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] Pour Florentin Glémarec et Kévin Nompeix, la mode est un espace de dialogue. Depuis la création d’Egonlab en 2019, le couple s’emploie à faire sauter les verrous du vestiaire masculin, entouré d’une communauté où se croisent plusieurs générations.
C’est à l’agence de mannequins Success, dans le haut Marais parisien, que Florentin Glémarec et Kévin Nompeix nous donnent rendez-vous. Le choix de l’endroit n’a rien d’anodin : leur histoire a commencé ici. Florentin Glémarec travaillait alors à mi-temps comme mannequin. Il a notamment défilé pour Comme des garçons de Rei Kawakubo, expérience suffisamment marquante pour le pousser à intégrer une école de mode, puis à lancer une première marque.
Kévin Nompeix, lui, était assistant booker chez Success. "Les vêtements m’ont très rapidement permis de m’affirmer, de me protéger et de devenir la personne que je voulais être", retrace ce Bordelais d’origine. Cultivant déjà l’ambition de créer sa griffe, il s’en ouvre à Florentin. Les conseils deviennent des dessins à quatre mains, puis un projet commun. Entre-temps, les deux hommes sont tombés en état de "symbiose". Amoureux.
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Un nom manque à cette aventure. Il apparaît après une visite à la Fondation Louis-Vuitton, lors d’une exposition consacrée à Egon Schiele. Devant un autoportrait du peintre autrichien du début du XXe siècle, le couple est frappé par sa ressemblance avec Florentin. "Egon" est trouvé, "lab" complètera pour marquer “l’ambition d’un laboratoire créatif”. Autour des collections gravitent ainsi musiciens, artistes, mannequins, vidéastes ou écrivains. Le producteur et DJ Pablo Bozzi accompagne par exemple tous leurs shows. "C’est toute une force artistique qui crée une bulle protectrice autour de notre création. On vit mieux en communauté", explique Kévin.
Le laboratoire a un terrain d’expérimentation privilégié : l’homme. Depuis sa création en 2019, les collections se concentrent sur le vestiaire masculin, même si toutes les pièces sont non genrées. Le travail des deux designers consiste précisément à faire sauter les interdits : "L’histoire de la mode masculine est très riche. Par exemple, les hommes ont porté des talons et des vêtements très décorés. Mais au fil du temps, on leur a imposé des règles en disant aux hommes : 'Porter du rose, une jupe ou des talons, ce n’est pas de ton genre'."
Cette liberté passe par le refus d’imposer une silhouette. À travers leurs pièces, Florentin et Kévin préfèrent donner "les outils de l’expression". Le vêtement comme possibilité plutôt que comme uniforme. Le principe vaut pour le genre des personnes qu’il habille, mais aussi pour leur âge. Le grand-père de Florentin en a fourni une démonstration inattendue lorsqu’il est apparu à la télé, dans l’émission Quotidien, filmé en survêtement Egonlab en train d’embrasser son épouse en marge d’un défilé de la marque au Palais de Tokyo. Et il n’est pas le seul senior à avoir adopté la griffe. "Un jour, rue de Bretagne, nous avons croisé un monsieur qui devait bien avoir 70 ans avec le pull Egonlab. C’est ça, la réussite", sourit Kévin.
Cette idée de décloisonnement s’accompagne d’une volonté de créer du commun. Pour l’automne-hiver 2026-2027, la collection "Lazarus", conçue avec Tinder, entend sensibiliser aux agressions sexuelles et à la culpabilisation des victimes. Le discours se traduit également dans la fabrication. Malgré les impératifs commerciaux, la collection comprend plusieurs pièces relevant de la couture. Broderies réalisées à la main, travail de la plume… Le duo revendique une place importante accordée à l’artisanat.
Au centre de cette petite galaxie, reste leur couple. Kévin Nompeix s’occupe surtout de l’administratif, souvent avant ou après son travail d’agent de mannequins, tandis que Florentin Glémarec pilote la création depuis leur studio de la rue Lafayette, à Paris. "Je suis le plus grand fan de Florentin. Je suis son Pierre Bergé et lui mon Saint Laurent", s’amuse le premier. Une comparaison presque trop bien trouvée : en 2021, au raout annuel de l’Association nationale pour le développement des arts de la mode, la toute jeune marque remportait justement le Prix Pierre Bergé. Leur couple, finalement, est peut-être le seul cadre que ce duo ne cherche pas à déconstruire.
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Crédits photo : Egonlab