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modeErdem Moralioglu : "J'aime l'esprit androgyne"

Par Ivan Zhekov le 28/09/2026
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[Interview à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] De George Sand à Radclyffe Hall en passant par Barbette, Erdem Moralioglu puise dans l’art, la littérature et l’histoire pour imaginer un vestiaire romantique où les genres se rencontrent.

Originaire de Montréal, Erdem Moralioglu, 48 ans, s’installe à Londres en 2000. C’est là qu’il construit son univers créatif. Après le Royal College of Art, il lance sa marque en 2005 et présente l’année suivante une collection inspirée de l’écrivaine George Sand. Depuis, il met régulièrement en lumière des figures féminines historiques, à travers un vestiaire romantique où les genres se fondent. Nous l'avons retrouvé peu avant son défilé à la Fashion Week de Londres et qu'il habille Troye Sivan pour les MTV Video Music Awards.

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Félicitations pour les vingt ans de la maison Erdem ! Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts ?

J’y réfléchissais récemment, à l’occasion de cet anniversaire. En 2005, c’était encore l’époque des grands magasins, comme Barneys à New York et Colette à Paris. Si tes créations se retrouvaient dans leurs vitrines, c’était une étape très importante dans ta carrière. Maintenant, tout passe par notre smartphone.

Tu t’inspires souvent de l’histoire. C’est un sujet sur lequel tu lis beaucoup ?

L’histoire est presque toujours à la base de mes défilés. Tous les mardis, je vais à la bibliothèque faire des recherches. Je mets mon téléphone dans un casier et je réfléchis, je lis, je dessine. Et, parfois, je creuse un sujet plus en profondeur.

Comme pour ta collection printemps-été 2019, consacrée à Fanny et Stella, arrêtées en 1870 dans le Londres victorien alors qu’elles étaient habillées en femmes, puis poursuivies pour homosexualité…

En réalité, elles n’ont jamais pu s’appeler qu’Ernest et Frederick, mais elles se présentaient comme des femmes. Elles ont été arrêtées pour cela par la police, puis jugées mais acquittées, après un long procès. Ça résonne toujours avec le sort des personnes trans et non binaires aujourd’hui.

D’où te vient cette passion ?

Ça me fascine depuis que je suis jeune. Pendant que les autres jouaient dehors, j’étudiais la Révolution française ! Mais je pense que ça vient aussi du fait d’avoir grandi au Canada avec une mère britannique et un père turc. Ce sont des cultures très riches et très différentes, et ça m’a toujours passionné de chercher à comprendre le monde.

Tu cites volontiers George Sand et Radclyffe Hall, romancière britannique lesbienne. Ça t’amuse de bousculer les normes de genre ?

J’aime leur esprit androgyne. La rencontre entre le masculin et le féminin m’a toujours intéressé. Je me demande si ça a un rapport avec le fait d’avoir une sœur jumelle. Mais en tout cas, j’ai toujours vu le genre comme quelque chose de relatif. D’ailleurs, la collection sur Radclyffe Hall commence par un look masculin, en référence à son roman Le Puits de solitude, dans lequel le personnage principal, une femme, se fait confectionner des vêtements masculins chez un tailleur pour un rendez-vous avec une autre femme.

As-tu un conseil de livre queer à mettre dans chaque bibliothèque, pour notre rubrique "En haut de la pile" ?

Il y a deux romans qui me paraissent incontournables. Maurice, d’E.M. Forster, une histoire d’amour entre deux hommes, largement autobiographique, publiée à titre posthume. Je dirais aussi La Piscine-bibliothèque, d’Alan Hollinghurst, un livre gay très important. Il se situe dans le Londres des années 1980 et tourne évidemment beaucoup autour du sexe.

À quand la bibliothèque Erdem ? Pour le mois des Fiertés, tu as créé un t-shirt en collaboration avec l’équipe de Gay’s the Word, la plus ancienne librairie queer du Royaume-Uni…

C’est toujours un plaisir de travailler avec eux ! Cette année, s’est joint à nous Russell Tovey, que j’apprécie beaucoup artistiquement. En 2025, la création que nous avions sortie faisait référence à Oscar Wilde  ; là, le sujet était Derek Jarman. C’est un honneur pour moi d’aider, à travers ces collections, la communauté dont je fais partie. Les recettes sont reversées à des associations comme Not A Phase, Akt ou Terrence Higgins Trust.

Crédits photo : Tom Mannion

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