Une campagne de sensibilisation au VIH/sida aura bien lieu à l'occasion de la Journée mondiale du 1er décembre. Les craintes de son annulation témoignent de la défiance des associations à l'égard du gouvernement.
Une information s’est récemment répandue comme une traînée de poudre dans le milieu associatif : l’État s’apprêterait à renoncer à la campagne annuelle de sensibilisation organisée autour du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a tenté de couper court aux inquiétudes : "Il n’a jamais été question d’annuler ou de ne pas faire de campagne de prévention contre le VIH. Cette campagne aura bien lieu comme tous les ans en décembre", écrit-elle sur X le 25 septembre.
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Ce sont les associations qui ont alerté sur la possible disparition de cette campagne de sensibilisation. "On a appris que la fin de la campagne de sensibilisation du 1er décembre avait été annoncée lors d'une réunion à Santé publique France, en juin", pointe Camille Spire qui précise : "On ne nous a pas rapporté que le gouvernement réduisait la voilure, mais bien qu'il abandonnait la campagne". "Cette communication est pourtant indispensable. Nous avons besoin d'inciter le grand public à se faire dépister. Il est aussi nécessaire de sensibiliser à la discrimination qui nuit à la santé mentale des personnes vivant avec le VIH", insiste Florence Thune, directrice générale du Sidaction.
Ni une, ni deux, une lettre, cosignée par Aides, Sidaction et Act Up demande au gouvernement de "revenir" sur cette décision et les associations alertent l'Agence France-Presse (AFP) le 22 septembre. "Des craintes ont été alimentées par des positions ambigües, voire des déclarations de restrictions budgétaires de la part du ministère alors même qu'il semblerait qu'il n'y ait pas de débat budgétaire sur ce sujet", analyse le député socialiste du Calvados, Arthur Delaporte, à la tête du groupe d'études sur le VIH/sida qui avait interpellé la ministre.
Une confiance déjà fragilisée
Il faut dire que le climat actuel met les associations de lutte contre le VIH-sida sur les dents. Depuis plusieurs années, elles dénoncent un désengagement financier de l'État. "En trois ans, les subventions gouvernementales ont quasiment été divisées par deux, passant de 3 à 1,7 million d'euros, nous obligeant à fermer 60 postes sur environ 450", contextualise Camille Spire, présidente de Aides. Au début de l'année, la France a divisé par deux sa participation au Fonds mondial chargé de financer la réponse mondiale au virus. Dans le même temps, le gouvernement a repris la main sur plusieurs fonctions dévolues jusqu'alors à Santé publique France, et notamment la mise en œuvre de campagnes de communication. Une réforme rapidement interprétée par les acteurs de santé comme une reprise en main politique d'une mission jusqu’alors guidée par des impératifs de santé publique.
L'annulation de la campagne était d'autant plus étonnante qu'une feuille de route de santé sexuelle a été rendue publique début septembre pour définir la stratégie pour les quatre prochaines années. Dans le document, le gouvernement se félicite d'avoir mis en œuvre "une première campagne nationale de prévention combinée, à destination du grand public" et appelle à la réitérer.
Dans les couloirs de l'avenue de Ségur, on s'interroge malgré tout sur la manière d'améliorer, à budget constant, la sensibilisation : faut-il concentrer le message lors de la Journée mondiale ou bien le saupoudrer toute l'année ? Ne faudrait-il pas faire évoluer la campagne télévisuelle vers les canaux digitaux davantage employés par les jeunes, ciblés par les messages de prévention ? Autant de débats qu'il est sain d'ouvrir avec les associations, à condition de restaurer la confiance.
Crédit photo : Claire Serie / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP