Du 4 au 7 décembre, dans la foulée de la Journée internationale de lutte contre le VIH/sida, l'association AIDES tient sa traditionnelle braderie solidaire, à Pantin près de Paris (puis à Marseille le week-end suivant). L'occasion de faire le point sur la situation avec sa présidente, Camille Spire, qui met en garde contre la baisse des financements et la fragilisation du tissu associatif.
- AIDES a fêté ses 40 ans en 2024. Comment sa mission a-t-elle évolué ?
Malheureusement, le VIH est toujours là. On n’en a pas fini avec l’épidémie, et on n’en aura pas fini en 2030, contrairement à la trajectoire qui était pressentie avant l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis et la baisse des financements sur le front de la lutte contre le VIH. Et puis les personnes qui vivent avec le VIH (PPVIH) sont toujours là, et elles ont besoin d’avoir accès aux traitements et à une qualité de vie décente. Il faut toujours que leurs voix soient entendues.
- Sur quels fronts AIDES œuvre-t-elle aujourd’hui ?
AIDES reste une association de terrain. Elle œuvre en métropole et dans les Caraïbes au plus près des personnes les plus exposées, que ce soit auprès des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, des consommateur·ices de produits psychoactifs, des personnes nées dans un pays d’Afrique subsaharienne ou des Caraïbes, des personnes trans d’Amérique latine ou des travailleur·euses du sexe. On accompage aussi dans l’accès au soin, la défense des droits, la qualité de vie, ou à travers des groupes de parole ou des week-ends santé.
- Un des piliers de la philosophie de l’association est d’écouter les personnes concernées. Que nous enseignent les récents états généraux des personnes vivant avec le VIH ?
Il y a un volet très important autour des discriminations subies par les personnes qui vivent avec le VIH. Un vrai manque de connaissance persiste sur ce qu’est le VIH, y compris chez les professionnel·les de santé, ce qui perpétue rejet et discriminations. Les états généraux ont aussi mis en lumière un certain nombre de difficultés liées au vieillissement avec le VIH (isolement, précarité, comorbidités). Aujourd’hui, 88.460 personnes touchées par le VIH en France ont plus de 50 ans, soit un peu plus de la moitié. Nos recommandations soulèvent notamment la nécessité de leur assurer une prise en charge sans disparité territoriale, auprès de structures dont le personnel a été formé. La liste complète des recommandations est disponible en ligne.
- En amont de la reconstitution du Fonds mondial, AIDES a lancé une campagne dont le slogan est : “On ne s’engage pas à moitié”. Les pouvoirs publics ont encore besoin qu’on les interpelle sur le sujet ?
Créé en 2002, ce Fonds a déjà permis de sauver près de 70 millions de vies et de placer 26,5 millions de personnes sous traitement antirétroviral. Il fonctionne comme un partenariat international qui collecte les financements puis les redistribue aux pays afin de soutenir des programmes locaux. Si AIDES alerte autant, c’est parce que les risques sont réels : à ce stade, on ignore encore dans quelle mesure les États-Unis et la France, premier et deuxième donateurs historiques, vont contribuer à la prochaine reconstitution. Notre campagne vise donc à maintenir la pression politique pour garantir un financement à la hauteur des enjeux sanitaires mondiaux.
- Le désinvestissement des États dans la lutte contre le VIH fait écho au plan social qu’AIDES traverse actuellement…
Comme beaucoup d’autres associations, nous avons en effet subi une baisse des subventions publiques. À cela s’ajoute la revalorisation de la prime Ségur, une décision gouvernementale par ailleurs très positive, destinée à augmenter les salaires des professions médico-sociales et plus largement des associations du secteur. Mais celle-ci a eu un impact énorme pour toutes les associations de santé, qui doivent financer elles-mêmes cette hausse. Alors, malgré nos efforts, nous n’avons pu éviter ce plan de sauvegarde de l’emploi.
- PrEP, TaSP, TPE, dépistage facilité… Les progrès scientifiques ont-ils détourné le regard de la nécessité du travail associatif ?
Sans doute. Si ces avancées sont évidemment cruciales, le tissu associatif reste tout aussi essentiel. Je crois qu’on ne réalise pas à quel point les associations sont présentes sur le terrain. Il reste crucial de continuer à lutter contre les inégalités et les discriminations qui nuisent au dépistage et à l’accès au soin, ainsi que, par exemple, de protéger l’aide médicale de l’État (AME), régulièrement prise pour cible, alors qu’elle constitue un outil indispensable de santé publique. Il faut aussi pouvoir accompagner les personnes qui vieillissent désormais avec le VIH.
- Cette année, pour la Journée internationale de lutte contre le VIH/sida, la campagne de AIDES s'est concentrée sur le message "I =I" : pourquoi est-ce important ?
Parce que si on parle beaucoup de prévention, il faut aussi parler des personnes qui vivent avec le VIH, et du lien entre les deux. "I = I", cela signifie que lorsqu’une personne vivant avec le VIH suit correctement un traitement antirétroviral et atteint une charge virale "indétectable" – c’est-à-dire que le virus est présent à un niveau trop faible pour être détecté par les tests courants – elle ne peut plus transmettre le VIH à ses partenaires sexuels. Dès lors, ça change la vie des gens, ça change leur sexualité, leur rapport aux autres. C’est aussi un levier pour lutter contre les discriminations : si ce principe est connu du grand public, la peur que suscite le VIH devrait disparaître. Malheureusement, cette équation, qui repose sur la science, est encore très peu connue.
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- Comment AIDES travaille-t-elle à faire passer ce message ?
Il y a bien sûr les campagnes de prévention, mais aussi les actions de terrain, qui permettent d’informer et de créer des chaînes de communication pour que le message continue de se diffuser. Cela reste difficile, ce virus a engendré tellement de peur ! Nous nous efforçons de diffuser nos messages sur tous les canaux possibles (réseaux sociaux, e-mails, courriers, affiches, flyers) afin de toucher le maximum de personnes, mais nous restons, bien sûr, limités par le coût que cela représente, et tout relais est bienvenu !
- Comment aider AIDES ?
40% de notre budget repose sur la générosité publique : chaque don est donc essentiel pour nous ! Il est aussi possible de militer au sein de l’association, de participer à des mobilisations, de signer des appels, des pétitions ou de relayer les bonnes informations.
>> Pour soutenir AIDES, vous pouvez faire un don (déductible des impôts à hauteur de 66% du montant versé ; pour en bénéficier dès 2026, faites un don avant le 31 décembre !)
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