La campagne publique de prévention gay menacée de censure
Société

La campagne publique de prévention gay menacée de censure


Vandalisme, propagande, plaintes… A la vue d’une campagne de santé publique adressée aux hommes gays, des anti-mariage pour tous repartent en croisade.

« Pornographique », « adultère », « monstres »… Autant d’accusations qui fusent sur internet contre une campagne de santé publique destinée à lutter contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles. Egalement visible sur le site tetu.com, celle-ci ne présente pourtant pas de nudité, ni de contenus obscènes, et n’a pas vocation à provoquer l’excitation sexuelle. D’aucuns diraient même qu’elle est prude. Elle vise à informer, prévenir et sensibiliser dans un contexte où les contaminations VIH augmentent, en particulier chez les jeunes. Déclinée en quatre version, on y voit deux hommes qui s’enlacent sous les slogans :

S’aimer, s’éclater, s’oublier / Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu / Coup de foudre, coup d’essai, coup d’un soir / Pour la vie, pour un week-end, pour une fois.

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Rien de très folichon donc. Pourtant, la Manif pour tous et certaines associations chrétiennes s’époumonent depuis vendredi contre cette campagne de prévention, allant jusqu’à menacer le ministère de la Santé de poursuites. Ils y voient une menace pour la jeunesse et prétendent même lutter contre l’homophobie, à l’instar d’une pétition lancée par Jean-Frédéric Poisson pour le retrait des affiches.

Affiches vandalisées par un militant LMPT : le parquet est saisi

Ainsi, l’internaute Louis Ronssin, un chef d’entreprise et père de famille qui se revendique militant de la Manif pour tous, a dégradé un panneau et s’en est vanté sur Twitter, photo à l’appui.

Gilles Chavreul, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, également en charge de la lutte contre la haine anti-LGBT, a depuis saisi le parquet en adressant un signalement au procureur de la République pour dénoncer cet « appel à la haine » doublé d’une « dégradation de bien public ». À BFMTV il renchérit :

Il ne s’agit pas de promouvoir telle ou telle pratique, ce n’est pas la question. Il s’agit de prévenir, d’alerter, de sensibiliser. C’est doublement grave. Et le fait d’accomplir un acte de dégradation et de s’en vanter de la part de gens qui prétendent s’inspirer d’un ordre soit disant naturel, c’est assez étonnant.

Le délégué s’est aussi exprimé contre Christine Boutin qui a affiché son soutien à Louis Ronssin via Twitter, arguant que « quand on est un ancien ministre, on n’approuve pas des comportements délinquants. À plus forte raison quand il s’agit de santé publique, on se préoccupe d’abord de savoir où est l’intérêt général. Là, manifestement, l’idéologie a pris le pas sur l’intérêt général. Ce n’est pas acceptable. »

Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Laurence Rossignol et Harlem Désir contre les réactionnaires

Plusieurs personnalités politiques sont aussi venues contester ce mouvement qui souhaite gommer l’homosexualité des rues sous prétexte de protéger la jeunesse… A commencer par la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Marisol Touraine, qui a dénoncé ces quelques individus « qui refusent de voir deux hommes ensemble » et a appelé à retwitter la campagne avant de scander le slogan « Love is Love » hérité de l’ouverture du mariage pour tous aux Etats-Unis :

Jean-Luc Romero a répondu à l’appel pour contester les « homophobes et bigots d’un autre temps » :

https://twitter.com/JeanLucRomero/status/799681071214428160

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, a donné de l’écho aux affiches en promouvant « la France sans l’homophobie » :

Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, a appelé à soutenir la campagne de prévention « face à ceux qui veulent la censure » :

La ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes Laurence Rossignol, des anonymes et des journalistes ont également exprimé leur soutien en postant des messages de tolérance ou en répondant à un internaute qui qualifiait les auteurs de la campagne sexosafe de « monstres » :

Un autre Twittos a touché juste en dénonçant ceux qui s’insurgent contre cette campagne de prévention, sans pour autant dénoncer les affiches sexistes dont l’espace publicitaire est saturé :

Quatre ans après les débats entourant le mariage pour tous, et trois ans après la légalisation de la loi Taubira, les anti-mariage pour tous se sont trouvé un nouveau cheval de bataille pour exprimer leur mécontentement devant plus d’égalité ; preuve que la lutte contre l’homophobie ne connaît pas de répit.

 

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