Jean-Luc Mélenchon sur la loi Taubira :
Société

Jean-Luc Mélenchon sur la loi Taubira : "L'utilisation du mot 'mariage' prête à confusion"


Le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon était interviewé par le média catholique Famille chrétienne mercredi 1er février.

Les journalistes et l’homme d’extrême gauche se sont opposés sur de nombreux sujets, à l’instar de la Manif pour tous, des familles homoparentales et du droit à l’avortement. Jean-Luc Mélenchon a manqué une occasion de condamner le mouvement mené par Ludovine de la Rochère et la recrudescence des violences LGBTphobes qu’il a auguré dans tout l’Hexagone. A la place, le député européen décèle dans LMPT un « phénomène social, autant que spirituel, qui exprime des convictions profondément enracinées dans notre peuple » et à côté duquel « aucun responsable politique ne peut passer ». En plus d’accorder une audience à ceux qui ne lâchent rien, le leader de la France Insoumise préfère réduire la Manif pour tous à un simple « malentendu » entre mariage civil et religieux :

Avec la Manif Pour Tous, je fais le pari positif du malentendu. La reconnaissance des couples homosexuels à l’état civil n’est pas le sacrement reconnu par l’Église. Nous ne parlons pas de la même chose, bien que l’utilisation en commun du mot « mariage » prête à confusion.

Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon ne rentre pas dans le panneau de la filiation brandit par les drapeaux bleu-blanc-rose pour se dédouaner de toute homophobie (bien qu’il n’en accuse pas pour autant le mouvement) :

Je ne suis pas dupe du prétexte ! Les gens se sont mobilisés parce qu’ils estiment inacceptable que deux personnes du même sexe puissent être considérées comme mariées. (…) la réalité est qu’il y a déjà des enfants élevés par des parents homosexuels. J’admets l’idée de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes homosexuelles comme en bénéficient déjà les hétérosexuelles.

Le fondateur du Parti du gauche a toutefois réitéré son opposition à la gestation pour autrui, qui durera jusqu’à ce qu’on lui présente « une femme milliardaire acceptant de faire un enfant gratuitement pour une femme pauvre d’un bidonville. »

« On répond facilement à la présence de modèles masculins par la parentèle ou l’entourage »

Jean-Luc Mélenchon a également pris la défense du modèle homoparental et monoparental contre les affirmations orientées de l’interviewer (« effacer la filiation d’un enfant, le priver de son père ou de sa mère, est néfaste pour lui ! »), attestant que les modèles du sexe opposé était garanti par les amis et la famille et désarmant ainsi les détracteurs du mariage, de l’adoption, et de la PMA pour toutes :

Je ne suis (…) pas sûr que la question de l’effacement de la filiation soit si décisive. Tout le monde se sait né d’une femme. La présence des modèles masculins est évidemment un besoin pour la construction de soi. Mais on y répond facilement par la présence des hommes de sa parentèle ou de son entourage.

Enfin, le candidat à l’élection présidentielle a exprimé son désaccord profond avec le média catholique au regard du droit à l’avortement. Saluant l’adoption du délit d’entrave à l’IVG – interdisant les sites internet anti-avortement grimés en sites d’information -, il défend le droit des femmes à disposer de leur corps :

Vous considérez que le fœtus est une personne, je considère qu’il ne devient une personne que lorsque l’enfant est désiré. Parce qu’il entre alors dans les rapports sociaux qui fondent l’humain. Pour moi, la priorité est d’abord à la femme.

Chargeant les journalistes de Famille chrétienne de vouloir « obtenir des moyens pour dissuader d’avorter » en raison de « convictions morales et spirituelles profondes » qu’il respecte et qu’il « ne tourne pas en dérision », Jean-Luc Mélenchon rétorque tout de même que si quelqu’un désire qu’une femme choisisse une autre alternative :

Vous n’avez pas d’autres droits que de solliciter la Grâce pour la convaincre de rejoindre votre point de vue…

A l’époque…

En mai 1990, Jean-Luc Mélenchon – alors sénateur PS de l’Essonne – déposait la première proposition de loi pour un partenariat civil concernant les concubins hétérosexuels et homosexuels; premier pas vers la reconnaissance des couples gays et lesbiens, vingt-trois ans avant la loi Taubira.

Interviewé par TÊTU à l’été 2011 (n°168), il se prononçait déjà en faveur du mariage et de l’adoption pour tous, de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, et contre les mères porteuses.

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