La reine de la country Dolly Parton, interprète de "Jolene", "9 to 5" et "I Will Always Love You", est morte ce mardi 25 août à l’âge de 80 ans. Derrière les perruques blond platine et les cascades de strass, la chanteuse avait aussi fait de son franc-parler une arme en faveur des minorités.
Talons vertigineux, ongles interminables et perruques blondes défiant les lois de la gravité, Dolly Parton avait fait de l’excès une signature. La reine de la country est morte ce mardi 25 août à Nashville, à l’âge de 80 ans, après un "bref combat contre le cancer", d'après l'annonce de son neveu. Après plus de six décennies de carrière, Dolly Parton, c'est plus de 100 millions de disques vendus, 25 titres au sommet du classement country américain et quelque 3 000 chansons écrites. Derrière le personnage haut en couleurs, il y avait surtout une autrice-compositrice au talent impressionnant. "Jolene", "9 to 5", "Coat of Many Colors", "I Will Always Love You"… Ses chansons ont largement dépassé les frontières du Tennessee. Et bien que la petite fille pauvre élevée dans les montagne soit devenue multimillionnaire, elle n’a jamais vraiment quitté les Great Smoky Mountains, ni oublié les siens.
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Quatrième d’une fratrie de douze enfants, Dolly Rebecca Parton naît le 19 janvier 1946 dans une cabane d’une pièce du comté de Sevier. Sa mère élève tout ce petit monde tandis que son père travaille comme métayer et ouvrier. La famille a peu d’argent mais élève Dolly dans la musique. Enfant, elle chante pour son église, reçoit sa première guitare à 8 ans, passe à la télévision locale à 10 ans et participe à l'émission Le Grand Ole Opry à 13 ans. Sitôt le lycée terminé, en 1964, elle part pour Nashville, capitale de la country. Elle se fait connaître avec l'album Hello, I’m Dolly en 1967 et rejoint la même année l’émission du chanteur Porter Wagoner, qui la fait entrer dans les foyers américains. Mais la chanteuse clame son indépendance et dit adieu à son mentor en écrivant "I Will Always Love You", numéro 1 country en 1974 puis à nouveau en 1982. Whitney Houston en fait l’un des plus grands tubes de l’histoire de la pop en 1992, quand elle le reprend pour le film Bodyguard.
De la country à la pop en passant par les écrans de cinéma
La légende veut que Dolly Parton ait écrit "I Will Always Love You" et "Jolene" le même jour. Difficile de rêver journée plus productive. Sorti en 1973, "Jolene", supplication adressée à une rivale susceptible de lui voler son mari, installe définitivement sa plume parmi les grandes de la country. Celle dont l’apparence de bimbo a parfois suscité le mépris et le jugement de ses pairs n’a jamais douté de sa valeur. À la fin des années 1970, "Here You Come Again" lui ouvre les portes de la pop. En 1980, "9 to 5", hymne aux employées broyées par leur boulot et chanson-titre du film Comment se débarrasser de son patron, où elle joue avec Jane Fonda et Lily Tomlin, atteint la première place du Billboard Hot 100 et lui vaut une nomination aux Oscars. Viennent encore "Islands in the Stream" avec Kenny Rogers, le film Potins de femmes, puis le projet musical Trio avec Emmylou Harris et Linda Ronstadt. Country, pop, cinéma : Dolly refuse de choisir.
Elle refuse tout autant de renier l’image de poupée qu’elle s’est construite. Les paillettes sont chez Dolly moins les symptômes d’une industrie imposant son apparence aux femmes que les accessoires d’un personnage qu’elle contrôle et tourne elle-même en dérision. Cette outrance "camp" assumée participe à son adoption par le public queer. En 2012, elle raconte d’ailleurs avoir participé incognito à un concours de sosies de Dolly Parton face à des drag-queens… et avoir perdu. Mais l’affection est loin de s’arrêter à une histoire de perruques.
Chrétienne et alliée queer
Star d’un genre musical historiquement associé à une Amérique conservatrice, Dolly Parton a défendu pendant des décennies la communauté LGBT+. Dès 1991, "Family" soutient la communauté gay, alors particulièrement stigmatisée par l’épidémie de sida. En 2009, interrogée par Joy Behar sur le mariage pour tous, elle répond sans hésiter avec un humour désarçonnant : "Bien sûr, pourquoi ne pourraient-ils pas se marier ? Ils devraient souffrir comme nous tous." En 2005, elle écrit "Travelin' Thru" pour Transamerica, film consacré au parcours d’une femme trans, et décroche une nomination à l’Oscar. À propos du film, elle dénonce les personnes "aveugles ou ignorante" qui traversent la vie "pleines de préjugés et de haine", avant de résumer : "Je pense que l’art peut changer les esprits. On a le droit d’être qui on est."
En 2010, face à Larry King sur CNN, elle explique : "J’ai toujours été acceptée dans la communauté gay parce que je les accepte", rappelant qu’elle ne juge pas ses fans et que chacun doit pouvoir être qui il est. Sa foi ne l’empêche pas de prendre la parole contre les conservateurs. En 2016, interrogée par Larry King sur les critiques de certains de ses fans chrétiens, elle les renvoie à leurs propres principes : "Si vous êtes le bon chrétien que vous pensez être, pourquoi jugez-vous les gens ? C’est le travail de Dieu." La même année, elle s’oppose à la loi HB2 de Caroline du Nord qui restreint notamment l’accès des personnes trans aux toilettes.
Avec Miley Cyrus, sa filleule, elle enregistre aussi en 2017 "Rainbowland", chanson qui imagine un monde débarrassé du jugement où chacun peut vivre librement. Le morceau prend une résonance très concrète en 2023 lorsqu’une école primaire du Wisconsin l’écarte de son concert de printemps, le jugeant controversé dans un district où les enseignants ne peuvent notamment plus afficher de drapeaux arc-en-ciel. La même année, alors que le Tennessee multiplie les textes visant les personnes trans et les performances drag, Dolly Parton rappelle au Hollywood Reporter que des personnes gays, lesbiennes et trans font partie de sa famille et de son entourage professionnel. "Je les connais et je les aime tous, et je ne juge pas", tranche-t-elle. Selon elle, elles ne peuvent pas davantage changer qui elles sont qu’elle ne peut “s’empêcher d’être Dolly Parton”. Fin 2023, elle offre une guitare acoustique couverte de strass et signée à Brigitte Bandit, drag-queen d’Austin engagée au Capitole du Texas contre les projets de lois anti-drag et anti-LGBT+.
Philanthrope, engagée dans les enjeux de santé publique et prompte à prendre position sur des sujets clivants dans l'Amérique d'aujourd'hui, Dolly Parton a toujours refusé les étiquettes politiques. C'est peut être pour cela, qu'aujourd'hui, elle est tout autant pleurée dans les paroisses que dans les bars gays.
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