Culture

"Plus jamais seul" : premier film de la popstar chilienne gay Alex Anwandter


Alex Anwandter est l’un des chanteurs les plus populaires au Chili. Il est gay. Quand il a appris l’assassinat homophobe d’un de ses fans, il a voulu raconter son histoire.

Synopsis : Santiago du Chili. Pablo, un jeune lycéen, se découvre une passion pour le cabaret. Mais un jour il est victime d’une violente agression homophobe qui le laisse dans le coma. Bouleversé, Juan, son père, met tout en oeuvre pour trouver les coupables…

Plus jamais seul sera au cinéma le 3 mai. Rencontre avec Alex Anwandter qui attend la sortie de son film avec une grande impatience.

Plus jamais seul Alex Anwandter

Était-il important pour vous que votre film sorte en France ?

Oui, très important. La France a une culture cinématographique gigantesque et traite de manière très subtile des sujets que j’aborde dans mon film : l’homophobie, intériorisée et extériorisée, les inégalités sociales, comment un système économique protège certains plutôt que d’autres, etc.

Avez-vous le sentiment que le Chili est en retard en ce qui concerne les droits LGBT ?

Absolument. En dépit de sa réputation de pays latino-américain « moderne », le Chili est très conservateur. En partie à cause de sa Constitution imposée durant la dictature – elle est toujours notre Constitution aujourd’hui – qui permet à la droite conservatrice, très minoritaire, de poser son veto sur absolument tout. Donc c’est une élite conservatrice qui nous gouverne. Pour vous donner un exemple : jusqu’à cette année, si une jeune fille de 13 ans était violée par son père et qu’elle était sur le point de mourir, il était toujours illégal d’avorter. Je pense que cela en dit beaucoup sur l’état de mon pays.

La mort de Daniel Zamudio m’a rappelé celle de Matthew Shepard aux Etats-Unis. Leurs deux noms ont été utilisés pour baptiser des lois de lutte contre l’homophobie… Avez-vous pensé à lui en écrivant votre film ?

Pour être honnête, la mort de Daniel Zamudio et la violence de l’attaque qu’il a subie étaient assez marquantes. Je connais bien sûr l’histoire de Matthew Shepard. Puisqu’ils sont tous les deux des figures de martyrs, j’avais très envie de fictionnaliser l’événement. C’est une manière de dire que ce n’est pas un garçon, à un moment, il y a quelques années. Non. C’est un problème et ça peut avoir lieu n’importe quand.

Pouvez-vous nous dire ce que vous avez ressenti quand vous avez appris la mort de Daniel Zamudio, qui était l’un de vos plus grands fans ?

Je me rappelle avoir raté un avion à l’aéroport de Mexico parce que je venais de lire la nouvelle. Son assassinat a été un véritable tournant dans ma vie. Ce qu’il a enduré était si atrocement violent, et si proche. J’ai des amis qui ont été attaqués physiquement aussi – de manière moins violente, bien sûr – mais j’ai régulièrement des rappels de cette réalité.

Plus jamais seul Alex Anwandter

Pourquoi avoir choisi de représenter le meurtre de Pablo au milieu du film ? Ensuite, le père devient en quelque sorte le personnage principal…

La structure du film symbolise ce que je ressens à propos du problème de la violence homophobe : j’ai détourné l’attention de la victime pour mieux observer le contexte qui voit passer passivement, accepte ou reproduit cette violence. Les médias mainstream, des journaux à la télé en passant par le cinéma, ont tendance à se focaliser sur le côté « spectaculaire » des meurtres homophobes : quels vêtements portait la victime ? Était-elle maquillée ? Avait-elle pris des drogues ? Etc. Comme pour la violence envers les femmes, rien de tout cela n’explique le fait que des gens puissent attaquer une personne homo. D’autres stratégies sont nécessaires pour comprendre.

Le père est-il donc le personnage principal du film ?

Je dirais que oui. Il est celui qui est en charge de protéger et d’éduquer ce garçon. Il a fait l’autruche toute sa vie, mais maintenant il est bien obligé de se confronter à la réalité. Son fils allait bien, il n’avait rien fait de mal. C’est le père qui doit réévaluer toute son existence.

La musique occupe une place très importante et elle est très différente de votre propre musique. Avez-vous dû faire des recherches, notamment en classique ?

Oui ! Surtout parce que j’avais envie que le film soit appréhendé à travers l’esthétique du père. C’est pourquoi il flotte cette atmosphère old school. On a surtout du boléro et des musiques issues des années 60.

En tant que chanteur, avez-vous un public gay ?

Oui, j’ai beaucoup de fans gays et cela me rend très heureux. Entretenir une connexion entre un ou une artiste et le contexte dans lequel il ou elle vit est très important. Je me sens très connecté avec le public LGBT à qui les artistes parlent rarement de manière directe, au Chili en tout cas.

Vos clips sont très originaux et se rapprochent de la vidéo d’art. Quand avez-vous commencé à mélanger votre musique et votre image ?

J’ai compris très tôt l’importance de l’image pour communique une identité artistique. En fait, je pense que réaliser des clips m’a appris la valeur de l’image au cinéma. Les images sont connectées aux émotions. Godard dit à propos d’Hitchcock : « On oublie pourquoi Janet Leigh s’arrête au motel. Mais on se souvient du verre de lait, des ailes de l’éolienne, d’une brosse à cheveux. »

Merci beaucoup !

Merci à vous.

Retrouvez la musique d’Alex Anwandter sur son site officiel.

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