Témoignages : ils en ont marre des clichés sur les gays asiatiques
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Témoignages : ils en ont marre des clichés sur les gays asiatiques


Sans chercher à faire une hiérarchie entre les discriminations, force est de constater que les clichés envers les  garçons asiatiques sont les plus partagés… et acceptés. Ceux que nous avons rencontrés nous ont expliqué qu’ils se sentaient globalement « les plus mal aimés » de la communauté gay.

Entre les « NO ASIAT » sur les applis et la quasi inexistence de représentation culturelle et d’incarnation gay asiatique en France, difficile de se sentir vraiment « aimé », sauf par les garçons qui les fétichisent à outrance.

« On se permet des choses avec un garçon asiatique que l’on ne se permettrait pas avec un autre. Un jour dans une soirée quelqu’un a dit : « oh un Asiat, trop mignon » en parlant de moi », nous explique un garçon qui souhaite rester anonyme. Le racisme commence en traitant différemment une personne en fonction de son physique, son origine ou sa couleur de peau. Serait-il venu à l’esprit de la personne de dire « Oh un Noir, trop chou ? ». Pas si sûr. « D’un Asiatique,  on pense qu’il n’y aura pas de répondant », ajoute-t-il. Car dans l’imaginaire collectif, l’Asiatique serait l’antithèse de la virilité. On les pense inoffensifs, imberbes, efféminés, passifs (au sens large), soumis, etc. Si certains le sont, et n’ont pas à être jugés pour cela, pourquoi généraliser ? Le sentiment d’exclusion vient de la récurrence de ces valeurs, qui plus est chargées d’un jugement très négatif. Ils ne sont bien sûr pas unanimement passifs ou soumis, inoffensifs, efféminés ou imberbes, mais nous collons notre vision de la masculinité et de la féminité, notre modèle de virilité, sur leurs physiques. Et cette différenciation apporte avec elle une hiérarchisation. Et la misogynie à l’œuvre vient les considérer comme globalement inférieurs.

Simon (ci-dessous), vit à Nantes avec son amoureux et ses chats. Il nous raconte son parcours avec les garçons :

Je viens de St Brieuc dans les tréfonds des Côtes d’Armor, être gay n’était pas facile. Ça a pris le dessus sur le fait qu’être asiat là-bas n’était pas forcément sympa tout les jours non plus… En arrivant sur Nantes, il y a 10 ans, je pensais naïvement que ça allait changer et que j’allais pouvoir redémarrer une nouvelle vie. On peut s’affirmer librement sans être dévisagé par la première personne croisée dans la rue… Mais je me suis vite rendu compte que le milieu gay, le vrai, celui qui te permet d’exister, n’était pas si sympa que sur le papier. Déjà pour les LGBT comme pour les autres, on pense que la Chine et le reste de l’Asie, c’est pareil. Donc forcément, si je suis asiatique : je parle chinois … ou japonais… C’EST PAREEEEEEIL ! Aujourd’hui, je suis en couple, mais avant, dès qu’un mec me plaisait un peu, je n’étais pas assez viril pour lui. On me disait : « Vous les Asiats vous avez des traits très féminins », « vous n’avez pas de poils » et « vous avez des petites bites ». Ces phrases, je les ai entendues des dizaines de fois ! Pire : « Je ne fais pas dans l’Asiat » ou « Désolé, mais Jackie Chan, c’est pas mon kiff »… La communauté gay semble principalement obnubilée par un stéréotype de mec « musclé et poilu ». On cantonne ceux qui n’y ressemblent pas à d’autres fantasmes. Parfois, au contraire, j’étais un fantasme de « bukkake », je devais « kiffer les chatouilles et les odeurs ». Ma vie, aux yeux de beaucoup de gens se résumait à la catégorie « asian » de pornhub. En plus je fais du drag donc je devenais souvent la katoï thaïlandaise (fille trans)… Ce qui est triste, c’est que j’entends encore les même vannes par des gays de 30 ans que celles des collégiens de 12 ans de St Brieuc…

« NO ASIAN »

Dans les descriptions des profils de rencontres, le « NO FAT, NO FEM, NO ASIAN » est une réalité. Mais Olivier pense que ces « critères excluants ne sont que la partie émergée de l’iceberg » :

C’est la manière d’exprimer un racisme sous couvert de préférences personnelles. Comme c’est un « goût » subjectif, ce n’est pas attaquable pour eux. Quand on discute un peu avec ces personnes-là, qui affichent des « pas de Noirs/Arabes/Asiats… », on tombe dans des généralités qui « justifient » ce refus racialisé. Parce qu’ils auraient eu une mauvaise expérience avec UN mec, ils décident de ne plus accepter d’en fréquenter d’autres. Ça paraîtrait totalement absurde de dire en France « j’ai eu une mauvaise expérience avec un Blanc, donc je ne les fréquente plus », mais dans le cas inverse, le discours est décomplexé.

Il est quand même assez frappant de voir qu’une communauté qui a été victime des préjugés, des fantasmes les plus grotesques sur son mode de vie, sa sociabilité, sa sexualité, reproduit exactement les mêmes mécanismes sur d’autres groupes discriminés. Et si on disait plutôt ce qu’on aime, et pas ce qu’on aime moins ? On peut être poli et respectueux, on est tous là pour la même chose.

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Bien sûr, comme pour chaque groupe, ils ont leurs « admirateurs », qu’on appelle même les « rice queens ». Mais l’exclusivité est aussi un fétichisme, comme l’exclusion systématique. « En tant qu’individu on veut se sentir une personne, pas juste ‘un Asiat’ », nous expliquait le même jeune homme qui désire rester anonyme. La récurrence et la violence du rejet font que certains garçons d’origine asiatique vont intégrer cette discrimination : « Si on me jette en permanence, je vais aller vers que ceux qui aiment les Asiats même s’ils ne me plaisent pas. Je vais aussi m’installer dans le cliché par opportunité et par simplicité pour me proposer sur le marché de l’amour. Jusqu’où on intègre ces clichés et jusqu’où on les valide ? À force, est-ce qu’on ne se ferme pas nous-même à être ceci parce qu’on nous renvoie cette image ? Quand est-ce que l’on se permet d’être autre chose que ce à quoi on nous assigne ? », ajoutait-il.

Par exemple, il est assez notable de constater qu’en Europe il se développe une détestation des Asiatiques par les Asiatiques eux même. « Ce serait comme coucher avec un frère », se disent certains. Il est aussi rare de voir ceux que l’on appelle en Asie des « sticky rice queens » (deux Asiatiques ensemble). Comme s’ils étaient tous interchangeables. Souvent, eux-mêmes pensent qu’il faut « un viril » (même un Blanc « folle » sera éventuellement considéré comme tel) pour les compléter. « On est plus qu’un Asiatique pour certains, même plus un être doué de subtilité, qui a des désirs d’expérience ou des plaisirs variables selon celui qu’il a en face ».

Ce sont ces clichés intégrés qu’a appris à déconstruire Tien (ci-dessus), 26 ans, qui vit Paris. Il nous raconte :

J’ai été adopté par une famille française. À 22 ans, j’ai décidé sur un coup de tête de retourner en Asie, au Vietnam où je suis né ainsi qu’en Thaïlande où j’ai travaillé, et je me considère aussi bien Viet qu’un peu Thaï aujourd’hui. J’ai donc une expérience des deux milieux gays, ici et là-bas, et des Blancs d’ici et des Blancs de là-bas. À Paris, j’ai souvent eu l’impression qu’on m’écoutait un peu moins dans un groupe mixte, que je devais surjouer un peu celui qui parle fort. Au collège, j’étais efféminé ET gay, on m’appelait « la Chinoise ». Comme si tout les Asiatiques était Chinois. Asiatiques, Noirs ou Arabes, chaque « origine » vit une discrimination différente je crois. Nous, on est niés. Regardez, c’est comme à la télé : aucun asiatique, ou presque.

Bangkok est connue pour être une ville chaude, souvent les Blancs qui visitent l’Asie n’ont plus de limites. Plusieurs fois, certains m’ont touché le cul dans la rue gay, comme ça, à 21h. Ou on m’a caressé les cheveux d’une façon très condescendante, alors que ça ne se fait pas en Asie de toucher la tête. Parfois ils croient te parler gentiment mais ils te parlent comme à un chien. Le sentiment anti-blanc est en train de se développer là-bas… À force d’être aussi présomptueux…

Quand on me voit avec des amis blancs un peu plus vieux, on pense tout de suite que je suis une pute qui en veut à leur l’argent. Bah non…. Je n’aime que les Asiats ! Je ne suis plus une « potatoe queen » (un Asiatique qui n’aiment que les Blancs, ndlr) depuis que je suis allé vivre en Asie. Et si vous vous demandez « comment on fait », et bien on n’est pas tous passifs ! Comme les Blancs en fait !

Les initiatives pour contrer les clichés fleurissent. Les hommes asiatiques sont représentés en objets du désir (en juillet dernier, les photographes Idris & Tony frappaient fort sur models.com avec « Rise of the Asian Male Supermodel » ou le calendrier « Haikus on Hotties »…) mais au-delà de l’érotisation, c’est également la culture queer asiatique qui nous arrive petit à petit et permet de changer nos regards sur les modèles que nous avons intégrés. La Semaine LGBT chinoise, organisée à Paris depuis 2015, tente aussi de remédier à cet océan de clichés.

Peu de personnalités LGBT asiatiques émergent en France, à l’image du monde, où l’humoriste bisexuelle Margaret Cho, le comédien gay de Star Trek, Georges Takei, l’activiste Dan Choi ou la drag queen Kim Chi sont les très peu nombreux représentants d’une diversité qui profite à tous.

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