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sexoExhib ou voyeur, "le risque fait partie du fantasme"

Par Tessa Lanney le 08/05/2026
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[Témoignage à retrouver dans le magazine têtu· du printemps, disponible chez vos marchands de journaux ou livré chez vous sur abonnement.] L'exhib ne se montre pas, il s'offre au regard du voyeur. Notre témoin gay anonyme pratique l'exhibitionnisme comme un spectacle à haute tension. Quand le rideau se lève, lui se redresse…

Quand as-tu goûté pour la première fois au plaisir d’être vu ?

La révélation s’est faite très tôt, dès les premiers contacts avec ma sexualité, quand j’ai découvert la masturbation. C’était avec un voisin français qui venait passer ses étés chez son père, à Montréal. On devait avoir 13 ans. On a commencé à parler de masturbation, de nos queues… puis, on a fini par se masturber ensemble. J’aimais la branlette à deux et, surtout, j’aimais qu’il me regarde. Dès qu’on avait une seconde, on allait se branler ensemble ! C’était à la fois voyeur et exhib – pour moi l’un va avec l’autre. En revanche, on ne s’est jamais touchés l’un l’autre.

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Qu’est-ce qui t’allume dans cette relation exhib-voyeur ?

Je veux voir dans le regard de l’autre que je peux l’exciter, qu’il a envie de moi. Et là, je me donne en spectacle. Qu’importent l’âge, le physique, le style, j’ai juste besoin de savoir que l’autre joue le même jeu que moi, parle le même langage, qu’on a un kink en commun. Bon, ça m’arrive aussi de provoquer le chaland avec un short trop serré et de me dévoiler partiellement pour souhaiter la bienvenue aux regards indiscrets…

Tu respectes bien le consentement, hein ?

Certains aiment les lieux improbables et veulent, par exemple, être vus dans des magasins par des gens qui ne sont pas réceptifs. Moi, je n’aime pas imposer, ça m’angoisse. J’aime savoir que je peux être vu, que je peux me faire attraper, mais je veux être regardé par des personnes qui aiment ça.

Le plaisir d’offrir, en somme ?

Attention, je ne m’offre pas ! Je suis aux commandes, je contrôle tout. Je décide de ce que je montre, mais aussi quand et comment je le montre. Et je me touche seul. Je ne donne pas mon corps à l’autre, j’en contrôle chaque millimètre. Puisque l’autre me regarde, c’est sûr que je lui offre quelque chose, mais c’est moi qui déballe mon intimité, c’est moi qui donne ! Tout part d’une forme de vulnérabilité et, pourtant, c’est clairement une démonstration de puissance. Ça dégage une telle énergie que je me sens invincible.

Il y a une charte tacite des exhib ?

Ça nécessite de l’honnêteté et du respect. S’exhiber, c’est de l’ordre du show, de l’événementiel. On sort du cadre de la sexualité traditionnelle, qui peut être contraignant. Même chez les queers, il y a un héritage hétéronormatif qui influence la sexualité, qui reste assez cadrée, normée. Là, tu n’as pas de pression, tu n’essaies pas à tout prix d’être à la hauteur, de combler les insécurités de l’autre. On vit une forme de sexualité qui sort du carcan qui nécessite d’être au moins deux, ce que je ne trouve pas épanouissant sur le long terme.

Où pratiques-tu ? Tu as monté une amicale entre voisins, ou tu as élargi ton périmètre ?

Je suis à l’affût dans la vie de tous les jours. Quand je traîne dans un vestiaire, sous la douche d’une salle de sport, je guette les signaux. Le paradis de l’exhib, ça reste les plages, les bois, les toilettes publiques, les voitures. J’ai tenté des lieux plus risqués : la cage d’escalier d’un immeuble, un aéroport, les toilettes du bureau… Mais je ne suis pas branché saunas ou backrooms. Je n’ai pas besoin d’un lieu qui garantisse l’anonymat.

Christophe a chanté "Comme un interdit / Un grand soleil, les jours de pluie / Elle a changé ma vie morose / Pour un bouquet de fantaisies". Il parlait probablement d’exhib, non ?

L’interdit est un moteur, bien sûr. Ce ne serait pas la même chose si c’était autorisé ou même banalisé. Il y a des soirées exhib où c’est explicitement permis, mais reste que, si c’est excitant, c’est justement parce qu’à la base ce fantasme prend sa source dans ­l’interdit. Le risque fait partie du fantasme. Pas tant dans le sens d’être surpris, reconnu, mais dans celui de savoir qu’il faut rester alerte. À tout moment, dans des douches, dans des vestiaires, je sais que si ­j’entends la porte s’ouvrir, je dois vite me cacher et agir le plus normalement possible. Et puis, si je sens qu’il y a une ouverture, que le nouvel arrivant a envie de me prendre sur le fait, je me montre avec plaisir. C’est toujours une découverte et ça donne une excitation très particulière, un mélange de gêne et de stress. La montée d’adrénaline combinée à l’acte sexuel, c’est jouissif.

Tu te vois raccrocher ?

Non. Je ne peux pas m’en passer. Lorsque j’ai un copain ou une copine, j’aime l’intégrer à notre pratique sexuelle. Mais honnêtement, c’est un kink que j’aime plutôt vivre seul.

Tu penses être un misanthrope du cul ?

Au contraire ! J’ai besoin de contact humain et j’ai plus de mal à en trouver quand j’ai des plans virtuels. La solitude peut vite me peser et me faire me sentir éteint, vide. À l’inverse, après un trip exhib, j’ai l’impression d’être totalement en phase avec moi-même. Dès lors que je sens que j’ai excité l’autre, je me sens extrêmement bien. D’autant plus quand les regards se font complices. Parfois, il suffit de quelques regards pour créer un lien, partager une intimité. Dans les parcs, par exemple, ça m’arrive de poursuivre le moment en échangeant quelques mots, en glissant une blague. Ça humanise. D’ailleurs, je suis déjà resté en contact avec certains de ces inconnus.

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Crédit photo : Maxime Muller