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reportageChez "Paris est une pose", le dessin de nu masculin se conjugue à la sauce queer

Par Romain Lima le 14/05/2026
atelier de dessin nu paris est une pose

[Reportage à retrouver dans le magazine du printemps, en kiosques ou sur abonnement.] Dans les ateliers du collectif "Paris est une pose", les modèles masculins et queers posent en toute confiance. Au fil des traits de crayon et des jets d’encre se dessine un espace où art, nu et identité se rencontrent.

Photographie : Léo Doriano pour têtu·

"C’est parti, vous avez dix minutes." Michael, cofondateur du collectif Paris est une pose, lance la séance. Au son d’une playlist soigneusement choisie pour instaurer une ambiance à la fois appliquée et inspirante, la vingtaine de personnes venues participer à l’atelier de dessin s’installe et braque ses yeux sur les deux modèles du soir : Miguel, danseur brésilien installé en France depuis treize ans, et Pierre, plasticien, qui découvre l’exercice. Bientôt, on n’entend plus que le crissement des crayons sur le papier.

Paris est une pose, c’est un collectif parti du constat que la très grande majorité des modèles nus artistiques sont des femmes et qui propose de varier les plaisirs avec des ateliers de nu masculin. Pour le premier tableau, Pierre pose assis, la tête contre la cuisse de Miguel. Depuis le centre de la pièce, ils surplombent la galerie contemporaine du 11e arrondissement de Paris. Concentrés et sereins, ils imposent la puissance du nu : les sexes visibles ne sont qu’un détail parmi d’autres. Les mouvements sont étudiés, chaque geste compte. Les deux hommes communiquent sans paroles, dans une chorégraphie silencieuse qui captive l’assistance. "Dans la plupart des ateliers, ce sont des hommes qui dessinent des femmes, remarque Jean-Baptiste, 43 ans, habitué des lieux. Ici, on a des hommes, des personnes trans… C’est un autre rapport au corps, une approche beaucoup plus libre et sensible."

Feryal, étudiante aux Beaux-Arts, à Poitiers, complète : "On pourrait croire que les modèles masculins seraient normés, mais ce sont des corps queers et uniques. Je ne retrouve ça qu’ici. Chaque pose raconte quelque chose." Cette complicité dépasse les murs de l’atelier. "Ça devient un réseau. Beaucoup de modèles sont devenus des amis, certains artistes et modèles ont même prolongé leur collaboration hors de ces sessions", confie Jean-Baptiste. Michael sourit : "Au départ, on était trois ou quatre artistes. Ce soir, ils sont une vingtaine. La bienveillance est totale. Chacun se sent libre de créer, d’explorer, d’échouer parfois, mais toujours dans le respect."

Porter tous les corps aux nues

Certains dessinateurs exposent fièrement leurs œuvres. François, 45 ans, nous fait découvrir son "abécédaire des bites", un carnet dans lequel chaque lettre est dessinée à partir d’un pénis. Les prochaines pourraient être celles de Pierre et Miguel, posant ensemble pour la première fois. Miguel explique : "Les poses doivent offrir des angles intéressants. On alterne : debout, assis, de dos ou de face. L’important est que le dessinateur puisse voir les corps sous toutes les perspectives, saisir le mouvement, l’interaction."

Un goût du beau enfin libre dans cet espace principalement masculin, alors que la majorité des ateliers restent consacrés aux femmes. "Mettre en avant des corps sous-représentés, c’est essentiel", insiste Miguel. La nudité devient un outil, un moyen de questionner les normes, de créer un dialogue entre artistes et modèles, mais aussi entre partipant·es. Les modèles sont surtout gays, mais attention : "Il y a une vraie différence entre sexualisation et érotisation du corps", rappelle le cofondateur du collectif, Michael. Certains participants viennent de loin : Daniel, artiste italien, suit toutes les sessions sur Zoom et a fait le déplacement depuis Rome pour les soirées Drink & Draw, plus longues et immersives, dans les sous-sols du Barlone. Ici, les corps se célèbrent par des jets d’encre et de peinture, loin de l’esprit des backrooms. L’espace est petit, intime, mais chaque regard, chaque trait de crayon, résonne avec puissance et respect.

Ces ateliers peuvent devenir un espace d’émancipation. Manu, 25 ans, modèle depuis trois mois, confie : "Je suis timide au quotidien. Ici, je peux m’exprimer, montrer qui je suis. Du choix des vêtements… je passe au tout-nu, en sécurité, sans jugement." Poser lui a même permis d’annoncer son homosexualité à sa sœur : "Ça a été un déclic. Poser m’a donné confiance en moi." Entre les murs de la galerie, les modèles apprennent à se regarder, à s’accepter et à s’affirmer. À Paris est une pose, on ne se désire pas, on se reconnaît. Dans les traits de crayon, les coups de pinceau et la concentration partagée se dessine un pan entier de fierté queer, où l’art et l’identité se répondent avec intensité et liberté. C’est un espace unique, où chaque pose raconte une histoire et où chaque corps, masculin ou queer, trouve enfin sa place.