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4 raisons de voir "Nanette", le stand-up bouleversant d'Hannah Gadsby


On ne l’a pas vue venir. Jusqu’ici inconnue sous nos latitudes, l’humoriste australienne Hannah Gadsby vient littéralement d’exploser depuis la mise en ligne de son one woman show « Nanette » sur Netflix. Un spectacle tour à tour hilarant, émouvant et révoltant. On vous donne quatre raisons de découvrir d’urgence ce spectacle d’un nouveau genre.

Il est disponible depuis le 19 juin sur Netflix et n’en finit pas de faire parler de lui. Dans « Nanette », l’humoriste australienne Hannah Gadsby révolutionne l’art du stand-up, avec un spectacle mêlant humour, confessions bouleversantes et discours politiques acérés, percutants et lourds de vérités sur la société actuelle. Voici quatre raisons pour lesquelles vous devez le visionner au plus vite.

1. Parce que c’est drôle !

Pendant une bonne partie de son spectacle, Hannah Gadsby nous fait rire. Mais alors : très fort !  En nous parlant de son coming-out auprès de sa mère (« J’aurais préféré que tu ne m’en parles pas », lui a répondu sa mère. « Et si moi je te disais que j’étais une meutrière ? ») , de son physique androgyne, où de la petite ville où elle vit. La comédienne pratique un humour en escalier basé sur l’autodérision. Mais jusqu’ici rien d’extraordinaire. Faire rire, c’est le minimum qu’on puisse exiger d’une artiste de stand-up aguerrie. Le spectacle à beau être tourné sur la prestigieuse scène de l’opéra de Sydney, dans la forme, rien de neuf : un micro, un costume sombre, un verre d’eau.

Puis le show bascule lorsque la comédienne avoue être épuisée par les ressorts du stand-up. Dès lors, elle déconstruit méthodiquement son travail de comique, la relation abusive qu’elle entretient avec son public, et  surtout, comment la quête de la punchline parfaite a fini par l’empêcher de grandir et de s’épanouir car « derrière chaque punchline, il y a une histoire, et derrière chaque histoire, il y a un traumatisme ».

2. Parce qu’elle nous fait réfléchir

Plus qu’un spectacle humoristique, « Nanette » est une réflexion sur les travers qui rongent notre société. Comme la misogynie qu’elle qualifie de « terrible maladie mentale ». Aussi, cloue-t-elle au pilori les prédateurs sexuels les plus célèbres : Bill Cosby, Roman Polanski, Woody Allen, Harvey Weinstein, et même Pablo Picasso en prennent pour leur grade. Car l’humoriste refuse de séparer l’auteur de l’œuvre. « Ces hommes ne sont pas l’exception, ils sont la règle!’ », clame-t-elleN’allez pas croire que Gadsby surfe sur le mouvement #MeToo. Son spectacle, ses arguments, elle les a affutés bien avant que le mouvement naisse sur les réseaux sociaux.

Même ses collègues humoristes n’en sortent pas indemnes. Revenant sur l’affaire Monica Lewinsky, Hannah Gadsby affirme que « si les humoristes avaient fait leur job et s’étaient moqués de l’homme qui avait abusé de son pouvoir, peut-être aurait-on eu une femme expérimentée à la maison blanche au lieu d’un homme qui avoue ouvertement avoir agressé sexuellement des jeunes femmes parce qu’il en avait le pouvoir » (Donald Trump appréciera). 

3. Parce qu’elle questionne son identité lesbienne

Dans l’univers du stand-up, jusqu’alors, les femmes ouvertement lesbiennes n’étaient pas légion. À part peut-être Tig Notaro ou Fortune Feimster. Mais être lesbienne, est-ce une identité à part entière ? Pas pour Hannah Gadsby.

Un jour, l’une de ses fans lui a reproché de ne pas proposer assez de « contenu lesbien » dans ses spectacles. Mais qu’est-ce qu’un « contenu lesbien », se demande l’humoriste qui avoue volontiers ne pas toujours se reconnaître dans la communauté homosexuelle : pour elle, les Marches des fiertés sont trop bruyantes (« Mon bruit préféré est celui d’une tasse de thé qui se pose sur une soucoupe. Difficile d’exhiber ce style de vie dans une parade. ») ou le drapeau LGBT, bien trop criard (« Le drapeau, j’adore ce qu’il signifie, c’est parfait ! La fierté. Super. Mais le drapeau lui-même ? Hum. Un peu chargé ! »

Hannah Gadsby le confesse, elle n’est pas « une très bonne gay » : « Je cuisine beaucoup plus que je ne ‘lesbienne’, pourtant personne ne me présente comme une comique cuisinière », lance-t-elle. En faisant cet aveu, c’est nous qu’elle décomplexe. Personne ne devrait être assigné au rôle de superhéros de la communauté LGBT.

4. Parce qu’on en sort bouleversé.e.s

Hannah Gadsby se paye le luxe de ne pas être « que drôle ». D’ailleurs, elle arrête. Le stand-up, sa logique a fini par l’épuiser. Car les rires qu’elle provoque si aisément naissent d’une tension qu’aujourd’hui elle ne supporte plus.

L’humoriste a grandi en Tasmanie dans les années 90. Au moment où l’Etat australien était agité par un grand débat de société : faut-il légaliser l’homosexualité ? Dans son spectacle, elle revient en détail sur cette jeunesse dans la « Bible-Belt » tasmanienne, territoire hostile où 70% des habitants considéraient l’homosexualité comme un acte criminel. À commencer par sa famille. Alors la jeune femme fait ce que certains jeunes LGBT font parfois : elle se cache derrière les blagues homophobes.

C’est seulement des années plus tard, qu’elle comprend qu’elle était la première victime de cette homophobie intériorisée. Et lorsqu’elle raconte l’agression lesbophobe dont elle a été victime, elle avoue ne pas avoir porté plainte, pensant ne pas valoir mieux que son agresseur. « Voilà ce qui arrive lorsqu’un enfant baigne dans la honte et qu’un autre a le droit de le haïr. » On sort de son one woman show ému.e.s, retourné.e.s par la puissance de son verbe et son honnêteté désarmante. 

On vient à peine de tomber amoureux d’Hannah Gatbsy que déjà elle nous quitte. Désormais, la comédienne va s’occuper d’elle. De ses chiens. Et tenter de surmonter toutes les tensions accumulées en 15 ans de carrière à faire rire les autres. Mais faire rire à quel prix ?

 

 

Le spectacle « Nanette » de Hannah Gadsby est disponible sur Netflix.

Crédit photo : capture Netflix.

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