musiqueThéa, popstar survoltée d’une génération au bord de la crise de nerfs

Par Tessa Lanney le 02/10/2026
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Enfant d'internet à l'allure sortie d'un jeu vidéo, Théa, phénomène hyperpop, sort ce vendredi 2 octobre un premier album, Popstar Speedrun, aussi brutal qu'exaltant.

Un boom boom à nous éclater les tympans sur une bande-son pop à mille à l’heure, on reconnaît immédiatement l'œuvre de Théa. À 25 ans, la chanteuse ne tient pas en place, comme en témoigne le titre de son premier album, Popstar Speedrun. Dans les bacs ce vendredi 2 octobre, il succède au disque Memento, paru en 2023, et à l’EP Comète, sorti en mars 2025. Depuis, l’artiste enchaîne les scènes : de la Boule Noire à un Olympia complet en avril dernier et un Zénith annoncé pour mars 2027. C’est dans un bureau de son label que nous rencontrons l’artiste, surexcitée par la sortie imminente de son projet.

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Difficile de coller une étiquette sur la musique de cette enfant d’Internet qui a commencé à fabriquer ses morceaux sur GarageBand à 11 ans tout en postant des reprises sur Youtube. "J’aime bien faire du bruit, et j’aime quand ça va vite sur les mélodies les plus pop possibles. Je ne me refuse rien par attitude artistique. J’ai aussi bien écouté Sum41 que Evanescence ou Lady Gaga", s’amuse-t-elle. Hyperpop, emocore, rap, metal, rave, punk… Le résultat carbure aux BPM, aux riffs de guitare et aux productions explosives. Popstar Speedrun confirme ce que Théa insuffle dans ses premiers sons : l’impression de vivre avec la jauge d’urgence constamment dans le rouge.

"Je vois Théa comme un personnage, un truc de jeu vidéo"

Le projet de Théa s’est véritablement cristallisé à la sortie du confinement, lorsqu’elle se met à jouer dans des squats, auprès d’associations et de collectifs anti-capitalistes. Et si ce premier album pousse le volume face à l’effondrement du monde, les textes, eux, ne détournent pas les yeux. Santé mentale, alcool, drogues, violences, rapport au corps, avenir politique et climatique. Théa l’affirme, "[ses] désordres intimes sont les symptômes du monde dans lequel [elle] grandit".

Elle regarde ses potes, leurs cerveaux "cramés par Internet" et leurs conduites autodestructrices à l’aune d’un horizon plus large : une jeunesse queer et marginalisée sommée de se construire dans un système violent, sur une planète en surchauffe, tandis que les discours réactionnaires gagnent du terrain. La fête est alors moins une fuite qu’une réponse. Dans "Cavale ! Cavale !", ses "chats noirs, des sorcières et des anges hardcore" sont "mal dans [leur] corps", mais dansent encore.

À travers son alter ego artistique, Théa joue avec sa féminité et son apparence. "Je vois Théa comme un personnage, un truc de jeu vidéo", décrète-t-elle. Tatouages, piercings, cheveux roses ou blond platine, silhouettes tantôt féminines, tantôt masculines, autant de "skins" avec lesquels jouer. "Sans Théa, je ne sais pas si j’aurais trouvé l’assurance d’avoir cette excentricité dans laquelle je me sens trop bien."

Dans ce bricolage de soi, Théa s’inspire de figures qui échappent complètement au male gaze comme Rebeka Warrior, qu’elle découvre au lycée avec Sexy Sushi avant de suivre ses autres projets. "C’est une rockstar, elle est indépendante, elle fait ce qu’elle veut. C’est aussi une des premières figures queers que j’ai vues à ce niveau-là." Leur rencontre débouche sur "LÉTAL", que le duo construit après trois heures à parler de leurs vies autour d’un café. Plus qu’un feat prestigieux, la chanson organise une drôle de transmission entre deux générations qui arrivent au même constat : vieillir ne fournit pas nécessairement le mode d’emploi.

Longtemps, Théa a tenu à ce que l’on parle de sa musique avant de parler de sa transidentité. Jusqu’à réaliser que maintenir les deux à distance finissait aussi par brider son écriture. Si elle n’en fait pas le sujet de son album, elle sait que son identité façonne nécessairement ce qu’elle raconte puisqu’elle façonne ce qu’elle vit. "Ça fait partie de ma vie. Je n’aurais jamais écrit 'Celles qui die' si je n’étais pas trans", affirme-t-elle. Une chanson dans laquelle elle exprime un profond mal-être et exhume les souvenirs d’une adolescente en proie à la culpabilité qui peine à trouver sa place.

Popstar Speedrun marque aussi le moment où Théa décide de faire sauter les dernières barrières entre la vie et les chansons. Dans Bodybag, elle parle de dysphorie sans fausse pudeur et de l’impact de sa notoriété sur sa perception d’elle-même. "J’ai envie que ça marche, convient-elle. Mais jusqu’à quel point je suis prête à aller dans une industrie que je trouve pourrie ? Et puis je me répète : 'Voilà, tu voulais qu’on voie ta gueule partout, bravo, mais ça ne règle pas tes soucis de dysphorie.' Maintenant, qu’est-ce que je fais avec ça ?" Sa famille, son lien brisé avec sa mère, ce qui pourrait rester hors champ devient aussi matière à écrire. Théa se méfie précisément de l’endroit où l’écriture commence à s’autocensurer : "Quand t’essayes de te bloquer, que tu as peur d’aller sur un sujet parce qu’il est trop dur, parce qu’il parle d’un proche, c’est souvent signe qu’il y a un truc intéressant à aller creuser."

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Crédit photo : Fifou