spectacle"Singin' in the Rain" au Lido : la pluie lui va si bien

Par têtu· le 25/09/2026
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Onze ans après avoir fait tomber la pluie sur la scène du Châtelet, Robert Carsen retrouve Singin’ in the Rain au Lido, à Paris. Claquettes, orchestre, costumes flamboyants et vraies trombes d’eau : le classique hollywoodien de 1952 reprend vie dans une mise en scène aussi spectaculaire que fidèle à son esprit d'origine.

Pour donner une nouvelle vie à ce classique, Jean-Luc Choplin, directeur artistique du Lido, s’est tourné vers un fidèle complice : le metteur en scène canadien Robert Carsen. Les deux hommes travaillent ensemble depuis une vingtaine d’années et connaissent déjà très bien Singin’ in the Rain. En 2015, lorsque Choplin dirigeait encore le Théâtre du Châtelet, ils en avaient signé une première adaptation scénique. Onze ans plus tard, ils retrouvent Don, Lina, Cosmo et toute la folie du Hollywood des années 1920, cette fois sur les Champs-Élysées.

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Lorsque les premières notes de "Singin’ in the Rain" retentissent, la pluie ne tarde pas à tomber. Un savant dispositif permet de retrouver sur scène l’une des séquences les plus emblématiques du film : le solo de Don Lockwood, claquettes aux pieds sur le trottoir détrempé, avec pour seuls partenaires un parapluie et un lampadaire. Au Lido, des trombes d’eau s’abattent sur Ashley Day, qui reprend le rôle immortalisé par Gene Kelly avec une énergie communicative.

Retour dans le Hollywood de la fin des années 1920, au moment où le cinéma muet vacille face à l’arrivée du parlant. Don Lockwood et Lina Lamont, duo de stars que les tabloïds imaginent en couple, doivent eux aussi s’adapter. Problème : dès que Lina ouvre la bouche, le passage au parlant tourne au désastre. Pour sauver le film, le studio décide de la faire doubler par une jeune comédienne de théâtre dont Don tombe amoureux.

Difficile de toucher à Singin’ in the Rain sans se confronter à des images ancrées dans l’imaginaire collectif. Sur scène, vingt-quatre interprètes enchaînent claquettes, charleston et tango dans les chorégraphies de Rebecca Howell, tandis que Martin Surot dirige quatorze musiciens. Joué en anglais et surtitré, le spectacle conserve bien sûr les grands standards de la partition portés avec une précision réjouissante par la troupe.

Coup de cœur particulier pour "Make ’Em Laugh", mené par Charlie Waddell dans le rôle de Cosmo Brown. L’interprète retrouve toute la virtuosité physique et comique de ce personnage de meilleur ami éternellement célibataire, dont la place légèrement en marge du couple Don-Kathy a aussi nourri, au fil du temps, les lectures queers du film. Les costumes participent eux aussi à l’éclat du spectacle : pas moins de 240 pièces aux couleurs éclatantes, mêlant satin, dentelle, perles, cristaux et plumes. De quoi retrouver cette extravagance volontiers camp qui participe depuis toujours au charme de la comédie musicale.

La scénographie joue surtout sur les lumières et les projections, entre images de l’Amérique des années 1920 et séquences filmées. Un parti pris qui pourrait sembler minimal, mais qui prend tout son sens dans une œuvre qui parle justement de la fabrication des images et de la transformation du cinéma. La configuration du Lido renforce encore cette sensation d’immersion. À quelques mètres seulement des interprètes, le public est parfois directement intégré au spectacle lorsque les comédiens quittent la scène et circulent dans la salle. Attention aux éclaboussures !

Flamboyant, généreux et joyeux, ce Singin’ in the Rain réussit surtout à retrouver le plaisir immédiat du film sans chercher à le reproduire à l’identique. De quoi nous donner presque envie qu'il pleuve.

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Crédits photos : Valentin Folliet