Le Royaume-Uni veut interdire les "thérapies de conversion" : "La France est encore à la traîne"

A travers un plan visant à « améliorer la vie » des personnes LGBT, le Royaume-Uni veut interdire les « thérapies de conversion », ces pratiques censées faire changer un individu d’orientation sexuelle. Une telle proposition avait été faite en France par la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon. Mais elle peine à s’imposer.

Elle est présentée par le gouvernement britannique comme la mesure phare d’un plan visant à améliorer la vie des personnes LGBT. Ce mardi 3 juin, la Première ministre Theresa May, a déclaré au Mirror qu’elle était « déterminée à en finir avec la haine anti-LGBT qui existe encore en 2018 ». Elle propose pour cela un plan d’action, doté d’un budget de 4,5 millions de livres (5,08 millions d’euros), visant notamment à « éradiquer la pratique abjecte des thérapies de conversion » pour les personnes LGBT.

Un plan élaboré à partir d’une grande enquête

Cette annonce fait suite à une importante enquête menée par le Bureau gouvernemental des égalités auprès de 108.000 personnes se définissant comme homos, bi.e.s ou trans. Et les résultats sont peu réjouissants: Selon l’étude, 5% des répondants se sont vus proposer des « thérapies de conversion », qu’ils ont refusées, et 2% en ont subi.

Autre observation du rapport, les groupes religieux sont les principaux instigateurs de ces pratiques (51%), suivis par les professionnels de santé et les proches (respectivement 19% et 16% des cas).

« Nous nous engageons à proposer des mesures pour en finir avec la pratique odieuse des thérapies de conversion. Ceci est une question complexe, mais nous voulons examiner chaque option possible pour éradiquer ces pratiques dangereuses », a déclaré Penny Mordaunt, secrétaire d’État aux Femmes et à l’Égalité, dans une tribune publiée par The Independant. Sans toutefois donner de détails concrets sur les futurs moyens d’action.

Un plan salué par Joël Deumier, président de SOS Homophobie: « il va dans dans le sens d’une meilleure politique publique de lutte contre les LGBTphobies et dispose d’un budget assez conséquent ». « Attendons de voir si c’est vraiment appliqué », explique-t-il à TÊTU.

Des abus psychologiques qui existent en France

En 2016, Malte est devenu le premier pays européen à interdire les « thérapies de conversion », tandis que le Parlement européen a condamné ces pratiques en mars dernier. Dans son rapport annuel sur les droits fondamentaux dans l’Union européenne, il sommait les Etats membres de légiférer pour interdire de telles « thérapies ». Même s’il n’a pas connaissance de pratiques violentes à base d’électrochocs et d’hormonothérapies en France, « Il existe aujourd’hui des pratiques d’emprise morale, d’ordre psychologique, prodiguées par des groupes religieux », dénonce Joël Deumier à TÊTU. Même son de cloche du côté de Anthony Favier, co-président du mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan : « Notre paysage confessionnel est un peu différent. Le souci existe, mais sous une autre forme. On observe plutôt des abus psycho-spirituels et des manipulations, ce que l’on appelle des ‘délivrances’ ».

En mars dernier, le diocèse de Bayonne a ainsi annulé, sous la pression des associations LGBT+, des « réunions d’information sur l’accompagnement pastoral et spirituel des personnes à tendance homosexuelle ». Très contesté, ce rendez-vous était organisé par Courage, association américaine ultra-conservatrice, qui prône la chasteté pour les homos.

Une proposition de loi qui a du mal à s’imposer

Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée LREM de l’Allier, a dénoncé ces abus à plusieurs reprises. En avril dernier, elle déclarait avoir rédigé une proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion en France. Celle-ci prévoit notamment des peines de prison allant de trois à dix ans d’emprisonnement, dans le cas où ces « thérapies » auraient entraîné le suicide d’une personne LGBT.

A lire aussi : La députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon fait son coming out médiatique

Mais le texte, qui devait être présenté par la députée mi-mai à l’Assemblée nationale, a été éclipsé par d’autres priorités parlementaires. « Je n’ai plus de place cette année pour présenter cette proposition de loi. J’ai fait une note au président de la République, mais je n’ai eu aucun retour de qui que ce soit », s’exaspère Laurence Vanceunebrock-Mialon. Et d’ajouter :

« Je salue cette initiative britannique, mais a contrario vraiment déçue que la France, censée être le pays des droits de l’Homme, soit encore à la traîne sur ce genre de sujet. »

Reste à savoir comment appliquer une telle loi et interdire réellement ces pratiques abusives. Sur ce sujet, la députée a bon espoir : « Je compte sur la libération de la parole. Plus on va en parler et plus ça va permettre de remonter ces filières et d’appréhender les groupes qui pratiquent ce type d’emprise ».

« Nous pensons qu’une proposition de loi serait une bonne manière de mettre le sujet sur la place publique, car il s’agit d’une manifestation de l’homophobie, mais il s’agit de phénomènes dissimulés », nuancé le président de SOS Homophobie. Un point de vue que partage Anthony Favier, de David & Jonathan : « Nous sommes dans une zone grise de l’homophobie car les acteurs religieux sont suffisamment malins pour être dans des logiques floues et diffuses. Pour le symbole, ce serait bien, mais leurs pratiques seront dures à punir dans le cadre de la loi ».

Crédit photo : Creative Commons / Antoine Lamielle.


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