"Parce que ça t’évitera de…" : la campagne de promotion du préservatif qui ne passe pas du tout

L’agence sanitaire Santé Publique France a lancé une campagne de promotion du préservatif le 18 juillet dernier sur internet, mais les visuels ne passent pas du tout auprès des associations de lutte contre le VIH. Repartagés par le ministère de la Santé sur Twitter ce 7 août, ils ont suscité une pluie de critiques sur les réseaux sociaux.

« Parce que ça t’évitera d’annoncer à l’infirmière/le médecin que tu as eu un rapport non protégé. » Voici, selon Santé Publique France, l’une des sept « bonnes raisons de garder un préservatif sur soi ». La campagne a été lancée le 18 juillet dernier sur Onsexprime.fr, un site internet à destination des jeunes où l’on évoque notamment la sexualité ou la prévention contre les IST et le VIH.

Les sept visuels sont décrits par l’agence sanitaire – placée sous la tutelle du ministère de la Santé – comme des « posts créatifs relayant en mode ‘survie’ des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles (…) dans l’objectif de faire réagir les jeunes ». Mais la campagne n’a pas du tout plu aux associations et aux militants de la lutte contre le VIH, qui dénoncent une campagne monocentrée sur le préservatif, ignorant tous les autres moyens de prévention. Repartagée par le ministère de la Santé sur Twitter ce 7 août, elle a suscité une pluie de critiques sur les réseaux sociaux.

« C’est une blague ces visuels ou bien ? »

« C’est une blague ces visuels ou bien ? La culpabilisation n’a jamais marché, surtout chez les jeunes, s’alarme Mathieu Brancourt de l’association Aides. C’est hyper gênant en 2018 ». Un autre internaute, Salejul, s’agace de son côté du visuel #3 (image ci-dessous) : « A titre informatif. Je suis infirmier, c’est ma tronche en PP. Si un jour je m’occupe de vous sachez que vous pouvez, à mes collègues et moi, nous dire ce genre de choses, on est là aussi pour ça. On a probablement fait la connerie avant vous. On est soignants. Pas juges ».


Interrogé par TÊTU, le président de Aides, Aurélien Beaucamp, dénonce une campagne « stigmatisante » qui porte « des jugements de valeurs ». « C’est aberrant, qu’en 2018, on considère toujours le préservatif comme seul moyen de prévention et que l’on stigmatise à ce point les jeunes. C’est quoi le message qu’on envoie ? : ‘Ne parle pas de tes relations non protégés à ton médecin’»
Aurélien Beaucamp souhaite la mise en place d’une campagne « claire » et « hyper inclusive ». « Il faut parler de tout et de tout le monde », abonde-t-il.
Le visuel n°3 sera modifié
Sollicité par TÊTU, Santé Publique France rétorque qu’il s’agit d’une campagne qui utilise « l’humour et les codes des réseaux sociaux »« Elle est diffusée depuis trois semaines sur Instagram et Snapshat et n’a pas suscité de réactions négatives de la part de son public cible, les 12-18 ans. »
En revanche, « sensible à la question de la représentation des rôles de genre », l’organisme annonce à TÊTU qu’il modifiera le visuel n°3. Là n’était pourtant pas la principale critique faite à ce message. Quid de la culpabilisation des patients et de l’image de soignant-juge véhiculée ici ?

Pour Nathalie Lydié, responsable de l’unité Santé sexuelle à Santé publique France, « il est difficile pour les adolescents de parler de sexualité avec des adultes en général, y compris les professionnels de santé, aussi bienveillants et accueillants soient-ils. C’est ce point de vue des adolescents que la campagne adopte à travers 7 messages différents ».

Crédit photo : montage réalisé à partir d’images de Santé Publique France.

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