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« Père » et « mère » : des familles homoparentales dénoncent des formulaires scolaires excluants

En cette semaine de rentrée scolaire, de nombreuses familles homoparentales ont dénoncé les formulaires de renseignements archaïques des écoles de leurs enfants. Dans beaucoup d'établissements, c'est encore le modèle « père-mère » qui prédomine sur le papiers.

« Ce soir, comme tous les premiers soirs de la rentrée scolaire, je barre ‘mère’ et le remplace par ‘père’. » Sur Twitter, Simon, 50 ans, a fait part de son exaspération face au formulaire qu’il a dû remplir, une nouvelle fois, pour ses deux filles de sept ans, en classe de CE1 dans le 18e arrondissement de Paris. Un formulaire qui ne prend pas du tout en compte sa famille homoparentale composée d'enfants nés d’une GPA à l’étranger.

Lundi 3 septembre, jour de la rentrée des classes, plusieurs autres parents ont partagé leur indignation sur les réseaux sociaux. Parmi eux, Pauline et Laura, mamans d’une petite fille née via une PMA, qui vient de faire sa rentrée en CE2 à Vias, dans l’Hérault. Sur le formulaire qu’elles ont dû remplir sont demandées à la fois les signatures du père et de la mère, ce qui a particulièrement agacé Pauline : « L’année dernière, les documents avaient été rectifiés. Là, quand on a reçu le courrier, on s’est dit que c’était incroyable. On repart à zéro ! », rapporte-t-elle à TÊTU.

Le couple se bat depuis plusieurs années pour faire bouger les choses : « On a fait des remarques dès la rentrée en maternelle. Puis on a bien insisté cette année, quand on a obtenu l’extrait de l’acte de naissance avec nos deux noms, validant l’adoption de notre fille par ma compagne ».

« Il faut des directives nationales »

« La stigmatisation commence dès le premier jour de la rentrée pour les familles homoparentales », a pour sa part tweeté l’Association des familles homoparentales (ADFH). Son président, Alexandre Urwicz, explique à TÊTU alerter les pouvoirs publics à ce sujet depuis plusieurs années :

« On est dans la problématique du service après-vente du mariage pour tous, qui n’a pas été fait. Les familles homoparentales rament toujours. Il faut des directives nationales au niveau des ministères », défend-t-il.

« Ces formulaires renvoient un peu au slogan ‘un papa, une maman’, qu’on a dû supporter pendant les débats sur le mariage pour tous. La loi a été adoptée il y a cinq ans, ça aurait quand même pu évoluer entre temps… », renchérit pour sa part Simon.

« Parent 1 » et « parent 2 » dans les formulaires parisiens ?

Des évolutions, il y en a pourtant eu depuis, du moins sur le papier. Et localement. En mars dernier, le Conseil de Paris a adopté un vœu de Danielle Simonnet, élue de la France Insoumise, prônant l’emploi des termes « parent 1 » et « parent 2 » dans les formulaires d’état civil. Mais force est de constater que les situations diffèrent grandement d'une école parisienne à une autre. « Nous, on avait ‘père ou mère’ sur le formulaire », décrit Cédric, en couple avec Alexis. Cette année, leur fille aînée de 4 ans a fait sa rentrée dans le 2e arrondissement de Paris : « On a dû entourer deux fois ‘père’ sur le formulaire ».

Formulaire distribué par une école du 2e arrondissement de Paris (DR)

Contactée par TÊTU, la mairie de Paris s’est montrée surprise : « Normalement, il ne devrait plus y avoir de formulaire municipal avec ‘père’ et ‘mère’. Ils doivent mentionner un ‘parent 1’ et un ‘parent 2’ », nous a expliqué un représentant de la ville. Et d’ajouter : « C’est anormal et si ça existe, c’est un sujet. Mais la difficulté est de savoir qui a produit le formulaire. Il y a plusieurs types de documents, entre ceux de l’éducation nationale, des caisses des écoles (qui dépendent des mairies d’arrondissements) et de la Direction des affaires scolaires (Dasco) », détaille-t-il.

En fonction de leur provenance, les formulaires, que nous avons consultés, peuvent en effet être très différents. L’éducation nationale mentionne des « parents », tandis que la Dasco parle de « parent 1 », de « parent 2 » et de « tuteur ».

Formulaires de la Dasco (DR)

 

La caisse des écoles du 20e arrondissement de Paris évoque, elle, un « responsable 1/2 », alors que celle du 15e parle de « Mère/Père/Tuteur légal».

Formulaires des caisses des écoles des 20e et 15e arrondissements de Paris (DR)

 

Des termes qui impactent directement les enfants

Des différences qui peuvent paraître anecdotiques ou insignifiantes. Et pourtant : « Si le modèle familial d’un enfant est exclu dans un formulaire, que va-t-il penser ? Le modèle papa-maman ne doit pas primer sur les autres », met en avant le président de l’ADFH.

En cette rentrée, tout le monde n'a pas eu la chance de la députée LREM Laurence Vanceunebrock-Mialon, qui y est également allée de son petit tweet sur le sujet. Mère avec son ex-compagne de deux filles conçues via une PMA en Belgique, elle a loué les bonnes pratiques d'un établissement dans son département, l'Allier :

De nombreux autres parents ont dû corriger eux-mêmes ces fameux formulaires. Quand leurs enfants ne s’en sont pas chargés avant : « Certains enfants barrent ce qui ne va pas avant de présenter les documents à leurs parents. Je trouve ça très touchant, mais ce n’est clairement pas à eux de faire ça », conclut Alexandre Urwicz.

 

Crédit photo : captures Twitter.


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