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Elisabeth MorenoEXCLUSIF. Sur les sujets LGBT+, Élisabeth Moreno veut se détacher de Marlène Schiappa et obtenir "des résultats"

Par Nicolas Scheffer le 11/12/2020
Moreno

Alors que la France est passée à la 4è place du Rainbow-Index de l'Ilga-Europe, on a interrogé la ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes sur cette remontada étonnante, alors même que les avancées des droits LGBT+ sont, pour la plupart, toujours en stand by...

L'Ilga-Europe a mis la France sur le podium des cinq pays les plus LGBTfriendly. L'association, qui classe 49 pays d'Europe selon de nombreux critères et qui prend notamment en compte les politiques contre les discriminations des personnes LGBT+, a placé la France en 4ème position. Un pas en avant puisqu'en mai dernier, la France était 13ème, faute d'avoir renouvelé le plan pluriannuel de lutte contre les discriminations.

Des changements en cours

Le plan, annoncé pour le printemps, a finalement été dévoilé en octobre dernier. L'accès à la PMA pour toutes est sans cesse repoussé. Le projet de loi bioéthique ne va pas assez loin sur de nombreux sujets, notamment l'accès à la PMA pour les personnes trans en capacité de procréer. L'Ilga félicite le vote de la loi Avia concernant la haine en ligne, mais cette loi a été en grande partie censurée par le Conseil Constitutionnel. L'association applaudit la proposition de loi sur l'interdiction des "thérapies" de conversion, mais Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté pourrait réduire la porté du texte en l'incluant dans le projet de loi confortant "les principes républicains". 

Cinq mois après son arrivée au ministère, Élisabeth Moreno affirme à TÊTU vouloir imprimer une méthode différente de sa prédécesseure, Marlène Schiappa. Elle dit avoir pour priorité de "retisser" les liens qui ont été "distendus" avec les associations. La ministre veut également avoir un rapport plus apaisé avec les parlementaires. Elle "soutient" notamment la proposition de loi de Laurence Vanceunebrock-Mialon pour l'interdiction des "thérapies" de conversion face à Marlène Schiappa, et annonce par ailleurs recevoir la semaine prochaine les associations de travailleur.se.s du sexe pour "trouver des solutions"...

TÊTU : En mai dernier, l'Ilga a classé la France en 13è position des pays européens aux politiques les plus inclusives pour les personnes LGBT+. Huit mois plus tard, la France est en quatrième position. À quoi doit-on cette remontada ?

Élisabeth Moreno : C'est la première fois que la France est dans le top 5 du Rainbow-Index. Cela positionne la France au niveau de Malte, de la Belgique et du Luxembourg, qui sont depuis longtemps des pionniers sur les droits LGBT+ et la lutte contre les discriminations. Tomber à treizième place, c'était très décevant parce que nous faisons des efforts. Ce bond en avant récompense le lancement d’un nouveau plan pluriannuel contre les discriminations qui était très attendu. On a énormément travaillé sur le traitement des crimes et des propos haineux et nous sommes en seconde place sur cette thématique. Ce classement, c'est le début d'une reconnaissance, mais ce n'est pas la fin tant qu’on ne sera pas numéro 1. 

L'Ilga félicite pourtant le gouvernement pour des réformes qui ne sont pas encore en application ou sur lesquels vous êtes revenus : haine en ligne, PMA pour toutes, transcription des états civils de GPA... 

Cette note, c'est bien, mais le travail n'est pas terminé. Ce que vous avez mentionné montre à quel point nous sommes volontaires sur le sujet. Ce travail contre la haine sur les réseaux, nous nous y consacrons depuis longtemps. Aujourd'hui, on s'empare à bras le corps des sujets concernant les personnes LGBT+ qui avaient été oubliés.

Bien-sûr que la loi bioéthique ne va pas aussi vite qu'on le voudrait, mais nous n'avons jamais été aussi loin. Je veux également saluer le travail des députés qui ont voté la loi concernant l'adoption, qui sera désormais ouverte aux couples concubins ou pacsés. Ces sujets n'ont jamais été autant au centre des débats et des discussions.

L'Ilga reconnaît également votre engagement pour interdire les "thérapies de conversion", mais qui ne s'est pas encore concrétisé. Marlène Schiappa veut l'interdire par amendement au projet de loi sur les principes Républicains, mais la député Laurence Vanceunebrock-Mialon travaille à une proposition de loi indépendante. Quelle est, selon vous, le meilleur moyen d'interdire ces "thérapies" ?

Déjà, je tiens à rappeler que c'est un non-sens de parler de "thérapies". Je les condamne avec la plus grande virulence. Laurence Vanceunebrock-Mialon n'a pas souhaité que sa proposition soit intégrée au projet de loi confortant les principes de la République, je le comprends. Je suis attachée à la séparation des pouvoirs et je ne vais pas m'immiscer dans ces débats. En revanche, je la soutiendrai et je lui fais confiance pour trouver le bon chemin.

Marlène Schiappa n'a pas pris autant de précaution pour ne pas s'immiscer dans le débat parlementaire...

Il ne vous a pas échappé que je ne suis pas Marlène Schiappa.

Plusieurs observateurs de la vie politique remarquent que la ministre de la Citoyenneté vous met régulièrement des bâtons dans les roues. Est-ce que vous trouvez qu'elle a du mal à lâcher les rênes sur les sujets LGBT+ ?

Je m'occupe d'un ministère dans lequel il est extrêmement important de bien travailler avec tout le monde. Au sein du ministère de l'Intérieur, il y ait une ministre qui connaît les sujets des LGBT+. Et ça tombe bien, car j'ai besoin d'alliés au ministère de l'Intérieur, mais aussi aux ministères de la Justice, de l'Éducation, de la Santé, du Logement. Tout comme j’ai besoin des associations LGBT+ pour avancer et agir sur mes sujets.

L'une des premières choses que j'ai faite en arrivant à ce poste a été de rencontrer les associations et de retisser un lien de confiance qui s'était distendu. Cela passe par la reconnaissance de leur travail de terrain mais aussi en les impliquant dans l’élaboration du plan national contre les discriminations anti-LGBT+. Ce sont les associations qui peuvent le mieux se faire le porte-parole de notre action. Ce sont elles qui peuvent nous challenger quand elles ont l'impression que l'on ne fait pas comme il le faudrait. Je crois au triptyque politique publique, associations, entreprises. 

Pourtant, jusqu'à présent, difficile de trouver une association qui soit pleinement satisfaite du bilan du quinquennat en matière de lutte contre les discriminations LGBT+... 

En matière de lutte contre la haine anti-LGBT+, on a une mobilisation budgétaire de tous les ministères. Le gouvernement a sanctuarisé le budget de la DILCRAH pour 2020. Certes l’argent est le nerf de la guerre, j'aimerais vous dire qu’on a des milliards, mais en matière de lutte contre les LGBTphobies toutes les mesures ne relèvent pas d’une logique financière.

Certaines mesures des domaines de la vie du quotidien sont très attendues par les associations : utilisation du prénom d'usage pour les personnes trans, formulaires administratifs inclusif pour les familles homoparentales, ou encore le fait qu'un couple de même sexe puisse effectivement exercer son droit à l'adoption. Sachez que ma rage et ma détermination en faveur de personnes trop souvent invisibilisées est pleine et entière. On va faire tout ce qu'il faut pour obtenir plus de résultats.

Avec le confinement, des associations de travailleur·se·s du sexe (TDS), dont des associations de personnes trans, se retrouvent à faire de la distribution alimentaire. Est-ce que vous comptez leur venir en aide financièrement ?

C'est vrai que le confinement a mis en difficulté les personnes TDS. On n'a pas attendu : dès le début du confinement, nous avons parlé aux associations. Elles demandaient un fléchage budgétaire spécifiquement dédié. Mais le cadre dans lequel mon ministère agit ne permet pas d’avoir un fond dédié, tout comme nous n’avons pas un fond dédié à l'antisémitisme ou l'antiracisme, par exemple. En fin d’exercice budgétaire nous avions débloqué une subvention mais l’association n'a pas souhaité y donner une suite favorable, ce que je respecte. La semaine prochaine, on les rencontrera pour trouver une solution satisfaisante.

 

Crédit photo : Ministère de l'Égalité entre les femmes et les hommes