TÊTU Loves"My House", la passionnante docu-série de VICELAND sur le voguing new-yorkais

Par Romain Burrel le 08/09/2018
my house

La chaîne VICELAND lance « My House », une docu-série en immersion totale dans la scène voguing new-yorkaise actuelle. 27 ans après le cultisme documentaire « Paris Is Burning », le voguing n’a jamais été aussi vivant et présent dans la culture pop. TÊTU a rencontré Jelani Mizrahi et Alex Mugler, deux danseurs de cette série à la fois tendre et addictive. En prime, on vous fait découvrir en excluvisité un extrait du premier épisode de la série. Strike the pose !

En 2018. Le voguing est partout. Sur le perron de l’Elysée, dans « Pose », la série déjà culte de Ryan Murphy et même à Paris où les « balls » font salle comble.

Cette culture, héritée de la communauté LGBT new-yorkaise noire et latino, VICELAND a décidé de la célébrer dans une ambitieuse docu-série. « My house » suit ainsi les destins de Tati 007, Alex Mugler, Jelani Mizrahi, Lolita Balenciaga, Relish Milan ou encore celui de l'exubérante rappeuse Precious Ebony. Bref, la crème du voguing new-yorkais actuel. Tou.t.e.s ont accepté de partager leur passion et surtout leur intimité avec Elegance Bratton et Nneka Onuorah, les deux producteurs du show :

« Je voulais que le monde sache qu’il existe une place pour les gens différents, explique à TÊTU Alex Mugler, l'un des danseurs de la série. Pour celles et ceux qui sont souvent considérés comme des parias. Un endroit où ils peuvent s’exprimer, être créatifs à travers la mode, la danse, le drag... Je n’en ai pas l’air mais je suis très timide. Mais j’ai mis ça de coté pour que le monde voit à quel point ce que nous faisons est beau et important. »

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Les performeurs de "My House" se retrouvent de "Kiki" en "ball"...

 

Même désir de partage de la part de l'immense Jelani Mizrahi (1 bon mètre 95), représentant de la prestigieuse House of Mizrahi (les "houses", dont les noms s'inspirent souvent des maisons de haute-couture, sont des collectifs s’affrontant lors des « balls ») :

«Je sais ce que ça veut dire d’être inspiré par quelqu’un. J’avais envie d'offrir ce sentiment à quelqu’un d’autre. C’est comme ça que tu arrives à faire une différence. »

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L'immense Jelani Mizrahi, shooté par TÊTU, lors de son passage à Paris.

« Pour nous. Par nous. »

Si la scène voguing est née dans les années 70 comme une réponse au racisme des gays blancs vis-à-vis des LGBT afro-américains et latinos, aujourd’hui, elle accueille largement au-delà de ces communautés. Mais les "balls" restent des lieux privilégiés pour les Noirs LGBT+. Une expression désigne d’ailleurs l’esprit qui règne sur la scène voguing : « FUBU », l’acronyme de « For us. By us. », littéralement « Pour nous. Par nous » :

« Le voguing, c’est pour les personnes LGBTQI+, explique Alex. Pour les noirs et les latinos. Car tout a commencé avec les noirs gays et trans. Ce sont les racines de ce mouvement. Mais on inclut tout le monde  ! Dans nos soirées, il y a beaucoup de filles, des blancs, d’hétéros, on est très accueillants. Si tu n’as pas ce genre de communauté derrière toi, pas d'endroit où exprimer ta créativité, tu peux nous rejoindre. Auprès de nous, tu trouveras un lieu de refuge. »

Si aujourd'hui il parcourt le monde pour donner des cours et briller lors de gigantesques balls organisés à Paris, Londres ou New York, Alex a découvert le voguing à 17 ans alors qu’il était jeune danseur :

« J’ai une formation de danse contemporaine, classique, jazz, moderne… Un jour, j’étais chez un ami. On écoutait de la musique. On dansait. Soudain, il a commencé à faire cette danse totalement dingue et a tomber par terre. À faire des dips. Et je me suis dit: 'Mais putain, c'est quoi ce truc ? Il faut que j’apprenne ça !' Ça avait l’air tellement fun ! Tellement féminin et libre ! Tellement créatif ! Je lui dit: 'Tu dois absolument m’apprendre cette danse !' Il m’a expliqué ce qu’était le voguing. Puis il m’a emmené à un ball. Et là j’ai dit 'Wow. C’est de là que ça vient !' Au début, je planquais mes tenues dans mes manches. Et je sortais en cachette de mes parents pour aller en soirée ! » se souvient Alex, hilare.

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Alex Mugler, héros de "My House", la docu-série de Viceland

 

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Jenali se souvient lui aussi très bien de son premier contact avec le voguing:

« J’avais 13 ans. Je commençais à comprendre que j’étais gay. Et j’ai commencé à m’intéresser à des films comme ''Paris is Burning''. J’étais dans une école pour jeunes LGBT. Un jour, j'ai commencé à copier des mouvements que j’avais vu sur YouTube. Des camarades m’ont invité à un kiki (une réunion entre vogueurs, sans compétition). Et c’est là que j’ai vraiment découvert le voguing. »

« Nous sommes une famille »

L’intelligence des 10 épisodes de « My House », c’est de ne pas s’arrêter aux danses spectaculaires, à la préparation minutieuses des costumes et des mouvements ou à l'originalité des catégories ("European Runway", "Bizarre" ou encore "Realness With a Twist") même si tous ces aspects sont largement exposés dans la série. Mais elle montre surtout les puissants liens qui traversent la communauté voguing. L’esprit d’entraide et d'amitié qui règne entre ces danseurs et danseuses gays, lesbiennes, hétéros, cis ou transgenres. « C’est plus que de l’amitié, nous reprend Alex. Nous sommes une famille. » Et Jenali de surenchérir :

« C’est une puissante connexion psychique. Mon grand-père gay (chez les vogueurs, on choisit "sa famille". La personne qui guide vos pas dans la communauté hérite du titres de "mère", de père, ndr), me racontait qu'à son époque, il a perdu tellement d’amis à cause du sida, de la drogue… Mais notre génération, on a ce lien très forte car on passe toutes nos journées ensemble ! On vit pour et dans notre communauté ! »

Mais si à l'intérieur de cette "famille", le mot d'ordre est l'acceptation, la série n'oublie pas de montrer qu'à l'extérieur, l'orientation sexuelle de ces danseurs, dont la plupart sont queers, reste souvent mal perçue. Comme dans cette scène, très forte, où le père de Jelani refuse que le petit ami de son fils vienne diner à la maison. « Ma mère l'a engueulé. Elle lui a dit que même s'il pensait ces conneries, il n'avait pas à le dire devant la caméra. Mais c'est comme ça... », nous confie Jelani.

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« Bye-bye, bitch ! »

Même s'il prend sa source dans les 70's, le voguing n'est pas un part figé dans le passé. Depuis le succès du documentaire de Jennie Livingston « Paris is Burning », sorti en 1991, il n’a cessé d’évoluer :

« Ça a énormément évolué depuis cette époque. De nouvelles catégories sont apparues comme « Butch Queen Vogue Fem », nous explique Alex. Ça vient, des hommes gays imitant les mouvements des filles. C’est devenu une catégorie en soi ! Avant cela, le voguing était composé de mouvements plus fixes. Plus "statuesques". C’est devenu de plus en plus acrobatique. Plus inclusif à l'égard d'autres types de danses. »

Depuis quelques années, le voguing vit indéniablement un second âge d’or. Près de 30 ans après "Vogue", le hit de Madonna (la première artiste à avoir introduit cette danse dans la culture mainstream), c’est la série « Pose » de Ryan Murphy, qui revisite aujourd'hui les origines du mouvement. Une célébration que les danseurs accueillent avec bienveillance :

« Ryan Murphy a eu une démarche inclusive. Parfois les gens viennent à nos soirées juste pour prendre nos idées et voler notre culture. Ils ne nous incluent pas dans leurs projets. Ils ne s’embarrassent même pas de savoir s’ils montrent nos vies de manière correcte. Au final, le résultat est toujours à chier. Mais pas Ryan Murphy. Il a pris conseil auprès des pionniers. Il les a interrogés sur leur expérience. Il leur a demandé de venir sur le plateau. Il les a payés en tant que conseillers. Et ça c’est important aussi: il faut nous créditer. Et nous faire un chèque ! Sinon, ‘Bye-bye, bitch !’ »

Découvrez en exclu, un extrait de « My House » : 

« My House » de Elegance Bratton et Nneka Onuorah. 10 épisodes. À partir du 9 septembre sur la chaîne Viceland, uniquement dans les offres Canal.