Harry PotterPourquoi "Les Animaux fantastiques 2" risquent de décevoir les fans LGBT+ de la saga

Par Romain Burrel le 26/11/2018
Grindelwald

Depuis des mois, les Potterheads LGBT+ attendaient l’arrivée sur les écrans des "Animaux fantastiques 2 : Les crimes de Grindelwald". La franchise créée par JK Rowling va t-elle enfin aborder de manière frontale l’homosexualité du mentor de Harry Potter : Albus Dumbledore ? TÊTU a vu le film et explique pourquoi il déçoit sur la représentation de l’homosexualité. ATTENTION SPOILERS !

 

Depuis plusieurs mois, les théories et les espoirs bruissaient au fur et à mesure du dévoilement des bandes-annonces. « Les Animaux fantastiques 2: Les crimes de Grindelwald », le second volet de la série de spin-offs de la saga des Harry Potter, allait-il enfin aborder l’homosexualité à travers la relation entre Dumbledore (désormais incarné par Jude Law) et Gellert Grindelwald (campé par Johnny Depp) ?

Après tout, en 2007, lors d'une conférence, J.K. Rowling, la créatrice de l’univers de Harry Potter, avait elle-même confirmé que ces deux personnages étaient ex-amants, même si cet aspect de leur vie n’avait jamais été évoqué dans ses livres… ni dans les films qui suivirent !

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« Icône gay pour les enfants »

En pleine promotion des Animaux Fantastiques 2, Jude Law a expliqué en interview que selon lui, « le monde est prêt pour une icône gay pour les enfants » même s’il n’a « tourné aucune scène avec Johnny Depp dans le film ». Mais le réalisateur du film David Yates de prévenir que Dumbledore ne serait pas « explicitement gay » dans ce nouveau chapitre. Alors qu’en est-il ?

[ATTENTION SPOILERS:] « Les Animaux fantastiques 2: Les crimes de Grindelwald » creuse habilement l’intrigue autour des origines du personnage de Croyance (joué par l’acteur ouvertement queer Ezra Miller) tout en mettant en scène la montée du totalitarisme dans le monde des sorciers (avec un Johnny Depp en version magique et albinos d’Adolf Hitler), dans un parallèle malicieux avec l’avènement des régimes illibéraux en Europe et un peu partout dans le monde.

Mais qu’apprend-on de la « queerness » de Dumbledore ? Rien. Ou si peu. Pourtant les bandes-annonces montraient un Dumbledore se lamentant devant le « miroir des Rised », ce fameux miroir magique qui montre à celui qui le regarde ce qu’il désire le plus au monde. Le mage y voyant l’image de son meilleur ennemi Grindelwald.

Grindelwald

« Plus que des frères… »

Mais, à l’image de cette scène, dans le film, tout est suggéré sans jamais être montré ou clairement dit. Aussi découvre-t-on que les deux sorciers sont liés par un pacte de sang magique, scellé dans leur jeunesse, qui les empêchent aujourd’hui de s’affronter l’un l’autre. Mais les motivations de ce contrat (l’amour ?) ne sont jamais ici dévoilées.

Même pudeur dans une scène où les Aurors (la police des sorciers) se rend à Poudlard pour interroger le jeune Albus Dumbledore sur ses rapports avec Grindelwald. « Vous étiez très proches… », lance d’un ton narquois le ministre de la Magie à Dumbledore. « Nous étions plus que des frères… », répond celui qui n’est pas encore directeur de Poudlard. Comprenne qui pourra.

Pas une fois, David Yates et JK Rowling ne montrent, même en flashback (et il y en a plusieurs) un baiser, un seul geste d’affection ni même une seule preuve tangible de l’homosexualité de leurs personnages. Tout n’est ici qu’allusion et sous-entendu.

Grindelwald

Queer-baiting

Un sentiment de pudeur étrange pollue ainsi le film. Il conduit le spectateur queer à devoir scruter le moindre geste, la moindre intention pour y déceler un indice de l’homosexualité de ces personnages (comme dans la manière dont Grindelwald regarde et traite Croyance) censés lui ressembler.

Mais cette méthode, qui consiste à appâter la communauté LGBT+ mais sans assumer vraiment un message clair, porte un nom: le queer-baiting. Après des années de teasing, 11 ans après avoir évoqué une première fois cette relation entre Dumbledore et Grindelwald, il serait temps que J.K. Rowling assume.

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Pourtant, on le sait, l’écrivain est progressiste. Le personnage du professeur Lupin, qui apparait dans Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, atteint de « lycanthropie » (en clair: c’est un loup-garou), était une métaphore maligne sur la séropositivité. Mais, en 2018, on n’en est plus à l’heure des insinuations. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de donner au public, et aux Potterheads LGBT+, des personnages queer avec une profondeur et une réelle intimité.

Grindelwald

Crédit photo : Warner Bros.