artistesLaura Smet, Muriel Robin, Emmanuel Moire... : cinq artistes s'engagent contre l'homophobie

Par Youen Tanguy le 19/12/2018
lgbtphobies

Plusieurs dizaines de personnalités se sont mobilisées, en chanson, face à la recrudescence des agressions LGBTphobes de ces derniers mois. Certaines d'entre elles, comme Christophe Beaugrand ou Muriel Robin, ont répondu aux questions de TÊTU.

"De l'amour, celui qu'on peut vivre au grand jour." C'est le message envoyé par près de 70 personnalités dans une chanson pour lutter contre les LGBTphobies et que TÊTU vous dévoile en exclusivité ce mercredi 19 décembre. Le morceau, écrit par le chanteur Patxi, raconte l'histoire d'Amazat, premier réfugié tchétchenne accueilli en France par Urgence homophobie.

L'association, à l'origine du projet, entend ainsi "éveiller les consciences et faire comprendre qu'être spectateur de cette réalité et garder le silence, c'est aussi être acteur de l'agression". Parmi celles et ceux qui ont participé au projet, plusieurs ont accepté de raconter à TÊTU pourquoi c'était important de pousser la voix et d'être présents.

A LIRE AUSSI : « De l’amour » : près de 70 personnalités font entendre leur voix contre les LGBTphobies dans un clip

Christophe Beaugrand - "Comme on nous voit davantage, on nous agresse davantage"

lgbtphobies

"On aurait préféré ne pas être là. Pas parce qu’il fait froid et que le clip est tourné dans un garage glauque (rires), mais parce qu’on aurait aimé ne pas avoir besoin d’enregistrer cette chanson aujourd’hui. Comme nous (les personnes LGBT+) avons une vraie place dans la société aujourd’hui, on nous voit davantage. Et comme on nous voit davantage, on nous agresse davantage. Se montrer contribue à banaliser, certes, mais cela contribue aussi à réveiller quelques haines. Je pense que ce qu'on voit aujourd'hui sont les derniers soubresauts d'un temps révolu.

Ça peut sembler hyper niais, mais au fond, c’est quoi le problème ? Voir deux garçons ou deux filles qui s’embrassent, à part de l’amour, c’est quoi ? Il n’y a aucune raison que ça déclenche autant de haine. Il y a toujours eu des agressions homophobes, mais il n'y avait jamais eu une telle riposte, une telle réaction.  Aujourd’hui, on nous écoute. C’est très bien le combat plus politique, plus sérieux, mais les paillettes peuvent aussi contribuer à faire avancer les mentalités, j’en suis convaincu. Et qui sait, ce clip sera peut-être l’occasion de faire son coming-out à mamie autour de la dinde de Noël. Histoire de mettre l’ambiance (rires). Cela n'est que de l’amour après tout. C’est pas grand chose."

Muriel Robin - "On ne choisit pas d’être homosexuel.l.e !"

lgbtphobies

"On ne choisit pas d’être homosexuel.l.e ! Donc une fois que l’on sait ça, on ne peut pas punir les gens pour quelque chose qu’ils n’ont pas choisi. Personne ne se lève en se disant, 'tiens, je vais coucher avec un tel ou une telle, juste pour faire chier'. Il va falloir accepter ça ! Les choses ont beaucoup avancé ces dix dernières années, c'est indéniable, mais il reste encore beaucoup à faire. Et ça passe surtout par l'éducation des plus jeunes. Malheureusement, on ne peut pas rentrer dans toutes les familles pour expliquer ce que c’est que la vie, l’amour, la compassion, le respect... C’est une réalité qui fait que, moi, je suis un peu résignée. Mais on va se battre. Et j’en suis !"

Laura Smet - "On est presque en 2019, il faudrait peut-être se réveiller"

lgbtphobies
"Ça m’émeut de devoir faire ça pour montrer qu’il y a encore 
des gens homophobes aujourd'hui. Je ne comprends pas et je crois que je ne comprendrai jamais. Chacun fait ce qu’il veut - pardon - avec son cul. Il n’y a pas de normalité dans l’orientation sexuelle. Et ce n'est pas 'normal' de devoir faire des clips pour dire que l'homosexualité est 'normale' et qu’on soutient cette cause. Il ne devrait même pas y avoir de cause. C’est juste la vie. Personnellement, je n'arrive pas à faire la différence entre quelqu’un d’hétéro ou d’homo. C’est comme si on me disait de faire la différence entre quelqu’un de blanc et de noir. Bref, on est presque en 2019 et il faudrait peut-être un peu se réveiller, vraiment. Il y a urgence !"

Emmanuel Moire - "Toutes ces violences viennent uniquement de la peur et de l’angoisse"

lgbtphobies

"C’est un combat qui me touche personnellement parce que je l’ai vécu. Moi aussi j'ai été touché par des actes, des paroles ou des regards homophobes et j’ai l’impression qu’aujourd’hui, on devrait tous se montrer pour tirer la sonnette d’alarme. Pour dire que ce genre de choses n’est plus possible et qu'on ne peut plus vivre avec autant de violence. J’ai le sentiment qu'en tant qu'artiste, j’ai un devoir par rapport à ça. On a forcément ce pouvoir d’être entendus, écoutés. Du coup si on peut apporter un petit peu d’éveil, d’amour et de compréhension... Toutes ces violences viennent uniquement de la peur et de l’angoisse.

Le chanson s'appelle 'De l'Amour'. Mais dès que l’on parle d’amour, on a l’impression que c’est juste l’amour 'de couple'. Mais ce n’est pas ça l’amour. L'amour, c'est considérer celui qui est en face de toi avec de la bienveillance, du respect, de l’écoute. Le voir comme son égal. Il y a beaucoup de travail à faire là-dessus. Les gens ont tellement peur que ça fait sortir ce qu’il y a de plus mauvais en eux. Et moi je suis plus attiré par la lumière."

Brigitte - "L’amour prend la forme qu'il a envie de prendre"

lgbtphobies

Aurélie Saada : "Il est inconcevable qu’aujourd’hui, on n'ait pas le droit d’aimer comme on veut. Inconcevable qu’il y ait encore des actes homophobes d’une violence monstrueuse. De plus en plus d'ailleurs. C’est inadmissible ! La violence physique n’a pas de sens : débattre n'est pas battre. Donc c’est important de se mobiliser et de prêter notre voix pour ce combat. L’amour prend la forme qu'il a envie de prendre. C’est fou que ce soit encore un sujet à notre époque, en 2018."

Sylvie Hoarau : "Je trouve ça tellement révoltant ! Laissez les gens s’aimer comme ils veulent. Qu’est-ce que ça peut vous faire ? C’est monstrueux, ce qui se passe. J’espère qu’il n’y a pas un mouvement immonde de haine envers les homosexuels en train de se développer. En tout cas, moi, je vais me battre contre ça. Je ne sais pas comment font ces gens (les agresseurs, NDLR) pour se regarder dans la glace."

Crédit photos : Clément Duquenne.