lgbtphobiesTunisie : une association LGBT+ menacée de fermeture par le gouvernement

Par Marion Chatelin le 27/02/2019
Tunisie

L'organisation non gouvernementale, Human Rights Watch (HRW) a appelé le gouvernement tunisien à mettre fin à son "acharnement" contre Shams, la plus grosse ONG luttant pour la défense des droits LGBT+ du pays. La justice avait auparavant reconnu à l'organisation le droit d'agir en toute légalité.

C'est la principale association de défense des droits LGBT+ en Tunisie. "Shams", (qui signifie "soleil" en arabe, ndlr), est menacée de dissolution par le gouvernement tunisien. Une situation que l'ONG Human Rights Watch a dénoncé dans un communiqué publié ce mardi 26 février.

L'association a été enregistrée auprès du gouvernement en mai 2015 en tant qu'organisation non gouvernementale oeuvrant au soutien des minorités sexuelles et de genre. Elle a vigoureusement plaidé en faveur de l'abrogation de la loi tunisienne contre la sodomie et défendu de nombreuses victimes poursuivies en raison de leur orientation sexuelle.

"Si les organisations de défense des droits humains et des minorités sexuelles sont forcées de mettre la clé sous la porte, c'est l'image même de la Tunisie comme sanctuaire de liberté et de démocratie dans la région qui en pâtira", a mis en garde Amna Guellali, la directrice du bureau de Tunis de HRW.

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Shams "contrevient aux valeurs islamiques"

En janvier 2016, le secrétaire général du gouvernement tunisien avait déposé une plainte contre l'association, selon laquelle Shams violait la loi encadrant les associations. Quelques jours plus tard l'organisation de défense des droits LGBT+ s'était vu notifier la suspension de ses activités pendant 30 jours. Fin février 2016, le tribunal a jugé que Shams n'était pas en infraction avec la loi et a levé cette suspension.

Le chargé du contentieux de l'Etat a toutefois fait appel de cette décision le 20 février 2019 et une audience a été fixée au 1er mars. Et dans son communiqué HRW dit avoir examiné l'appel du gouvernement. Le texte affirme que l'objectif déclaré de Shams, à savoir la défense des minorités sexuelles, contrevient aux "valeurs islamiques de la société tunisienne, qui rejettent l'homosexualité et interdisent ce comportement qui lui est étranger".

Il argue également que la loi tunisienne, qui criminalise les actes homosexuels dans son article 230 du Code pénal, interdit la création et les activités d'une association qui prétend défendre de telles pratiques.

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"La Tunisie, depuis la révolution, est l'un des rares pays arabes où les organisations LGBT ont pu fonctionner ouvertement", a déclaré Amna Guellali. Selon elle, les autorités devraient "faciliter l'épanouissement d'une société diverse au lieu de chercher à l'entraver".

À ce jour, 147 personnes sont encore emprisonnées dans les geôles tunisiennes pour "délit d'homosexualité". Des victimes du gouvernement, que l'association ne pourra plus aider si elle se voit notifier sa dissolution par l'administration tunisienne.

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(Avec AFP)

Crédit photo : Facebook Shams.