Bientôt un nouveau médicament pour la PrEP ?

PrEP

Un essai mené par Gilead auprès de plusieurs pays européens et américains a permis de démontrer que le Truvada n’était pas le seul médicament efficace pour la PrEP. Mais est-ce une réelle avancée scientifique ou une simple opération financière ?

Un nouveau médicament pour la PrEP (traitement préventif contre le VIH) pourrait bientôt faire son arrivée sur le marché français : le Descovy. Présenté comme une alternative au Truvada par le laboratoire pharmaceutique Gilead, son efficacité a été testée auprès de 5.287 personnes dans 92 sites (Etats-Unis, Canada et Europe) dans le cadre de l’essai DISCOVER.

Les résultats publiées dans La lettre de l’infectiologue ont démontré qu’elle était au moins aussi efficace que le Truvada. Mais est-ce vraiment une bonne option ? Que se cache-t-il vraiment derrière le Descovy ? Dans un avis rendu en juin 2017, la Haute autorité de santé avait estimé que le Descovy n’apportait « pas d’amélioration du service médical rendu dans la stratégie de prise en charge des patients infectés par le VIH ».

Pour mieux comprendre le sujet, nous avons interrogé Bruno Spire, directeur de recherche à l’Inserm et président honoraire d’Aides.

TÊTU : Aujourd’hui, la PrEP (prophylaxie pré-exposition) fonctionne avec le Truvada, mais on parle de plus en plus d’une nouvelle molécule : la Descovy. Quelle est la différence ?

Bruno Spire : Il n’y en a pas beaucoup. Le Descovy (emtricitabine et ténofovir alafenamide/TAF) s’administre en plus petite quantité et est moins toxique que le Truvada (emtricitabine et ténofovir disoproxil fumarate/TDF), sachant que la toxicité de ce dernier est déjà très faible. Pour moi, il s’agit davantage d’une opération financière que d’intérêt général étant donné que le Truvada est désormais disponible dans une version générique, trois fois moins chère que la marque.

Gilead cherche simplement une stratégie pour continuer à garder le monopole sur ce traitement et se gaver pendant 20 ans de plus (durée d’un brevet et laps de temps durant lequel on ne peut pas créer de générique). Du coup ils se sont dit : ‘On va modifier un peu le Truvada pour faire passer le Descovy comme la référence’. Mais nous ne sommes pas dupes.

Peut-on imaginer l’arrivée du Descovy prochainement en France ?

Je ne peux pas vous répondre précisément. Pour l’instant, le Descovy n’a pas été jugé très innovant par les autorités en comparaison au Truvada. La France estime que l’amélioration du service rendu est insuffisante par rapport au prix auquel serait vendu le Descovy (environ 400 euros la boîte, contre 160 euros pour la version générique du Truvada).

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Ne pensez-vous pas que la multiplication des traitements permettrait de rendre la PrEP plus accessible ?

Non. Que ce soit Truvada ou Descovy, ça ne changera rien pour les gens, à part ceux qui ont des problèmes rénaux et qui représentent moins de 1% des ‘prepeurs’. Le Descovy pourrait fonctionner pour eux, mais pas la peine de le donner à tout le monde. C’est la même molécule dosée de façon différente, mais il faudra toujours prendre un comprimé. Je ne crois pas que ça soit une révolution. Une meilleure accessibilité passe par les stratégies : faire comprendre que tous les hommes gays sont à risque et qu’il n’y a pas d’un côté les méchants gays – les ‘salopes’ – et les bons – ceux qui ont peu de rapports sexuels. Il faut arrêter de penser que la PrEP est réservée à ceux qui auraient de soi-disant « mauvais comportements ». 

« Des recherches sont en cours sur la PrEP injectable et les patchs. »

Où en est la recherche sur les nouveaux traitements préventifs contre le VIH ?

Des recherches sont en cours sur la PrEP injectable. Il s’agirait de réaliser une injection tous les deux mois à l’hôpital. Mais ça n’est pas sans contraintes, car lorsqu’une personne arrête le traitement, le médicament reste dans son sang pendant environ un an. Conséquence : si vous êtes infecté par le VIH pendant ce laps de temps, le virus risque de devenir résistant en raison de la présence de médicaments à dose insuffisante. Un débat scientifique est en cours sur le sujet. Mais une chose est certaine : ces injections vont arriver en France d’ici deux à trois ans pour les personnes séropositives.

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Rien n’est encore sûr donc… Est-ce la seule option ?

On travaille aussi sur des patchs qui fonctionneraient comme des timbres contraceptifs qu’on glisse sous la peau. Ils ont l’avantage d’être petits et invisibles. Et, si on les utilise pour la PrEP, il n’y aurait pas l’inconvénient des injections. Mais ça n’est pas pour demain.

Crédit photo : NIAID via Flickr Creative Commons.


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