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« PD », le court-métrage qui veut banaliser l’homosexualité au lycée

"PD", c'est le nom du court-métrage qu'Olivier Lallart a souhaité tourner pour banaliser l'homosexualité en milieu scolaire. Il nous explique pourquoi.

Premiers échanges de regards, premiers coups de coeur, premiers coups durs, aussi. "PD" raconte l'histoire de Thomas, jeune de 17 ans qui réalise qu'il est attiré par un autre garçon, Esteban, et devient la cible de rumeurs dans son lycée. Une histoire somme toute banale, que de nombreuses personnes LGBT ont vécu, mais qui manquait à Olivier Lallart, son réalisateur, lorsqu'il était adolescent.

Alerter sur l'utilisation du terme "pédé"

"J’ai découvert mon homosexualité très tard. Je pense que j’ai grandi en n’ayant peut-être pas assez vu de personnages homosexuels dans des séries ou films. Je n’avais pas assez de modèles et de repères", confie-t-il à TÊTU. Parce que c'est un sujet qui le touche personnellement, même s'il a eu la chance de ne pas subir d'homophobie pendant sa scolarité, il a souhaité le mettre en avant, pour éduquer.

Ce réalisateur de 31 ans qui travaille beaucoup en milieu scolaire explique : "En me baladant dans les cours de récré, j’entendais souvent le mot ‘pédé’, et ça m’a un peu ouvert les yeux. C’est une insulte que je n'entendais pas autant que ça il y a 15 ans. Je me suis dit que je voulais alerter sur l’utilisation de ce terme". Alors il en a fait le titre de son film, quitte à choquer et provoquer. Mais il le déconstruit aussi intelligemment, à travers le discours d'un professeur, que l'on aimerait entendre plus souvent. 

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Crédit photo : Guillaume Lehingue.

Des acteurs "complètement bouleversés"

En 2019, on semble définitivement avoir encore besoin de représentations LGBT dans le milieu scolaire. Et la préparation du tournage l'a démontré. "Quand j’ai cherché des figurants pour la scène de bal de fin, je suis passé dans les classes pour dire que j’avais besoin de couples fille-garçon. Les élèves étaient plutôt contents. Mais quand j'ai commencé à raconter l'histoire, j'ai tout de suite eu des réactions dingues, de mecs qui s’insultaient de 'pédés' entre eux et se moquaient les uns des autres. Et le pire, c’est qu’ils le faisaient devant leur profs qui ne disaient rien."

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Pour les deux rôles principaux, Thomas et Esteban, Olivier Lallart a choisi deux acteurs hétéros - Paul Gomérieux et Jacques Lepesqueur. Il est contre le fait de "prendre à tout prix des homos pour jouer des homos", et ne le regrette pas. Car si les comédiens avaient beaucoup d'appréhensions par rapport à leurs rôles, ils sont sortis du tournage "complètement bouleversés", selon le réalisateur. "Paul, qui joue le rôle principal, a pleuré une demi heure lors de la dernière prise, si bien qu'on n'a pas pu tourner de nouveau après tellement il n’était pas bien. Et Jacques m’a dit qu’il avait mis quatre jours à sortir du rôle quand le tournage s’est terminé. Ça a été très fort pour eux et ça leur a un peu ouvert les yeux sur pas mal de choses." 

Crédit photo : Guillaume Lehingue.

Espérons que le film permettra à d'autres de prendre conscience de la réalité de l'homophobie dans les établissements scolaires, et dans la société de manière générale. Avant sa diffusion sur YouTube dans un an, pour "le rendre accessible au plus grand nombre", Olivier Lallart compte faire le tour des festival et des collèges et lycées ces prochains mois.

Sortie officielle prévue pour le 20 juin. En attendant, une campagne de financement a été lancée, et est ouverte jusqu'au dimanche 5 mai, pour soutenir le projet.

 

Crédit photo : Guillaume Lehingue.


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