Pour la première fois, une étude dresse le portrait-robot des agresseurs homophobes

Une étude sur les agressions homophobes, réalisée auprès de 1200 personnes, dresse pour la première fois le portrait-robot des agresseurs. Mais les victimes peinent toujours à prendre la parole…

Vous êtes nombreux à nous demander « qui étaient les agresseurs » lorsque  nous postons des articles sur des agressions homophobes. Cette étude réalisée par l’Ifop, pour la Fondation Jasmin Roy Desmarais en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès et la DILCRAH, devrait vous donner quelques éléments de réponse. 1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres ont été interrogées. Parmi elles, une sur six déclare avoir été récemment victime d’une agression à caractère homophobe.

Moqueries, propos vexants, injures… 15% des personnes contactées ont eu à subir des agressions verbales lors de l’année écoulée. Ils sont également 10% à avoir subi des menaces d’agressions ou d’outing.  Et 7% à avoir subi des violences physiques. Un chiffre en hausse de 5 points par rapport à l’étude précédente, qui date de 2018. Deux tiers des hommes qui se considèrent « féminins » ou androgynes ont été confrontés à des actes ou des paroles homophobes.

Portrait-robot de l’agresseur

D’après les victimes, les agresseurs sont en majorité des hommes de 18 à 30 ans, agissant en groupe. « L’effet d’entraînement du groupe est manifeste. Une dynamique est ainsi créée, qui donne un sentiment de légitimité aux agresseurs »  explique Flora Bolter, codirectrice de l’Observatoire LGBT+ de la fondation Jean-Jaurès au Monde.

Les sondés devaient ensuite répondre à une question ouverte sur les caractéristiques physiques de leur agresseur. « Comment décrirez-vous la dernière personne qui vous a agressé physiquement si vous deviez aider par exemple un policier à élaborer son portrait-robot ? » Spontanément, les interrogés ont d’abord évoqué la couleurs des cheveux, la présence d’une barbe, ou la taille de leur agresseur (10%), puis des caractéristiques comportementales : « une personne vulgaire« , « un voyou« , « une personne alcoolisée… »

Moins de 10% des personnes interrogées ont mentionné la couleur de peau et les caractéristiques ethniques de leur assaillant. « Ces descriptions vont à rebours d’un discours complètement délirant, qui a cours aujourd’hui, tendant à faire croire que les agressions seraient le fait de groupes ethniques spécifiques », ajoute Flora Bolter au Monde. 4% se souviennent en effet d’une personne « blanche« , « européenne », 6% d’une personne « maghrébine », « arabe »  et 2% d’une personne « noire » Cependant, 41% des victimes disent ne pas se souvenir des caractéristiques physiques de leur agresseur.

La parole est encore un problème

Si les agressions se font apparemment plus nombreuses, les victimes ne semblent toujours pas sentir une légitimité à en parler aux autorités. Si 54% d’entre elles en ont parlé à leurs proches, elles ne sont que 27% a avoir signalé l’agression aux forces de l’ordre, via par exemple, une main-courante, et 20% à avoir déposé plainte.

Un des autres enseignements de cette étude, c’est que les dispositifs associatifs de signalement et d’assistance aux victimes, comme la ligne d’écoute de SOS Homophobie, ne sont pas encore un automatisme. Seulement 19% des victimes déclarent avoir contacté une association suite à leur agression. Selon cette étude, 55% des personnes LGBT interrogées ont déjà fait l’objet d’une agression homophobe dans leur vie, et 90% d’entre elles confient avoir déjà eu des pensées suicidaires à cause de leur orientation sexuelle. Autant de chiffres qui devraient encourager l’Etat à agir davantage…

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Crédits :Max Templeton / Unsplash 


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