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« Mettre fin au sida, c’est de la poudre de perlimpinpin ? » : Aides interpelle Macron avec un job dating

A quelques mois d'une conférence majeure organisée à Lyon, l'association Aides a fait passer des entretiens d'embauche factices à Paris. Le but : "Trouver un Emmanuel qui mettra fin au sida". TÊTU y était.

"Quelqu'un a-t-il vu Emmanuel ? Est-ce que vous avez des projeeeeets dans la vie ?". Trois militant.e.s de l'association Aides s'époumonent devant l'entrée du Carreau du Temple, à Paris, où se tient ce jeudi 16 mai le forum de l'emploi.

A côté d'eux, face à l'entrée, ont été installé un petit bureau et quelques chaises pour faire passer des entretiens d'embauche. Le recruteur, moustache soignée et costume-cravate impeccable, attend de pied ferme les candidats. L'association recherche "de toute urgence" un "responsable de la fin du VIH/sida". Un dénommé Emmanuel, de préférence.

Critères requis : avoir de bonnes relations à l'international, ne pas se laisser impressionner par des chefs d'Etat à travers le monde et ne pas avoir peur d'une forte exposition médiatique. Mais ce n'est pas tout.

"Est-ce que vous aimez le cordon bleu ?"

"J'ai traversé la rue pour trouver un job", s'amuse le premier candidat après avoir marché quelques mètres. Une petite phrase qui renvoie à celle d'Emmanuel Macron lancé à un jeune horticulteur au chômage en septembre 2018. Il lui avait affirmé qu'il suffisait de "traverser la rue" pour trouver un emploi. Habillé d'un pull bleu, il s'installe au bureau où a été posée une plante verte, une lampe et même un petit cadre avec un paysage breton.

"Est-ce que vous aimez le cordon bleu ? L'Emmanuel que l'on cherche aime beaucoup le cordon bleu", demande de prime abord le recruteur, en référence à la passion du chef d'Etat pour cet aliment. Deuxième question, un peu plus politique : "Portez-vous des gilets de temps à autre ? Oui ? De quelle couleur ? Surtout, évitez les gilets jaunes !". "Est-ce que mettre fin au sida c'est 'de la poudre de perlimpinpin' ou est-ce que c'est un vrai projeeeeeet ?". Autant de questions qui font décrocher un large sourire au candidat.

Quatre autres personnes vont se succéder devant ce recruteur un peu loufoque pour tenter de remporter le poste convoité. Sans succès. "Je ne manquerai pas de vous rappeler pour vous donner des nouvelles", lance-t-il toutefois à l'attention du troisième, qui ne semble pas convaincu. "Ah non ! J'ai déjà entendu ça par le passé et on m'a jamais rappelé", rétorque-t-il avec humour.

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Conférence à Lyon en octobre

Vous l'aurez compris, ces entretiens - cinq personnes en l'espace 30 minutes - sont totalement fictifs. Pendant ce temps, plusieurs militant.e.s de Aides ont discuté avec les passants, interloqués par cette campagne. "L'idée était de faire de la pédagogie et de sensibiliser les gens sur la Conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, qui se tiendra en octobre prochain à Lyon", nous assure une militante.

Cette action intervient, en effet, à quelques mois de ce rendez-vous majeur. L'association demande ainsi à Emmanuel Macron de "mettre fin au sida" en mobilisant la France et les autres grandes puissances à l'occasion de cette rencontre. L'objectif de financement pour la période 2020-2022 a été fixé à 14 milliards de dollars

"En tant que pays hôte, la France a une responsabilité pour mobiliser les chefs d'Etat du monde entier, estime Adeline Toullier, directrice du plaidoyer à Aides. Emmanuel Macron a toutes les qualités requises pour devenir l'un des responsables de la fin du VIH dans le monde. Répondra-t-il à cette offre et se positionnera-t-il à la hauteur des enjeux ? C'est ce que l'on souhaite."

Une action "poil à gratter" d'autant plus importante que la campagne d'affichage risque de bénéficier d'une visibilité réduite dans l'espace public. En effet, elle a reçu un avis défavorable de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) et ne sera donc pas diffusée dans le métro ou encore aux arrêts de bus. "Ils ont considérés que le chef de l'Etat serait reconnaissable", regrette Adeline Toullier.

"Je trouve ça drôle et percutant"

Les faux candidats semblent en tout cas avoir été conquis par cette action. "Je trouve ça assez drôle et percutant, dans un contexte politique difficile", nous confie Emmanuelle, habillée d'un jean bleu, de chaussures à talons et d'une veste en cuir noire. Ce serait bien que l'Elysée réponde."

Elle a trouvé l'entretien intéressant et surtout instructif. Elle attend désormais que l'Etat agisse. "Si on peut réunir un milliard pour Notre-Dame en 24 heures, on peut bien trouver quelques milliards de plus pour la lutte contre le sida."

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Crédit photo : Aides.


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