EurovisionL’Europride de Vienne, une marche festive et politique

Par Antoine Patinet le 17/06/2019
Europride

Ce weekend, à Vienne, se tenait l'Europride 2019. Près d'un demi-million de personnes venues de tout le continent se sont rassemblées dans la capitale autrichienne. Un moment de fête et de partage qui mettait aussi en évidence les disparités entre les pays européens en matière de droits LGBT+...

Samedi midi à Vienne. La chaleur est écrasante. Les conducteurs de calèches hésitent à rentrer leur chevaux. Mais ça n’arrêtera pas l’évènement qui se prépare depuis de nombreuses semaines.  En ce mois des fiertés, Vienne accueillait la deuxième Europride de son histoire. 

Ils étaient près de 500.000 réunis samedi dans la capitale autrichienne pour célébrer leurs fiertés. Si les Europride de Madrid, en 2007, ou de Rome en 2011, avaient rassemblé plus d’un million de personnes, cette édition à Vienne se hisse tout de même dans le top 5 des marches paneuropéennes les plus fréquentées. La RingStrasse, ancienne enceinte de la ville reconvertie en artère principale, a été fermée pour accueillir les 107 chars de la marche, rassemblant des associations locales, des marques, la commission européenne ou les fétichistes "puppy". 

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Sous le soleil exactement

Dans le "pride village" installé pour l'occasion sur la place de la mairie, et dans le parc Sigmund Freud (drôle d’ironie), des associations distribuent des flyers et offrent une écoute, des tests de dépistages. Plus loin, des jeunes créateurs vendent des tee-shirts . Et sur des stands dédiés, les bars communautaires de la ville servent des bières dans des écocups consignées. Elles ne resteront pas fraîches longtemps : selon notre appli météo, il fait 38 degrés. 

Europride

Pourtant, ça n'a empêché personne de danser. "Je crois que j'ai dansé pendant 6 heures non stop", racontera plus tard Calum, un britannique dont les ailes d'ange rouge dépassent de son débardeur "Pride".  Katy Perry, Lady Gaga, Madonna... Comme dans toutes les marches des fiertés, les chars crachaient la pop musique et de la techno, emmenant dans leur sillage des centaines de personnes aux bras levés.

Europride

Une Europride très politique

Mais l'évènement n'a pas uniquement rassemblé les épicuriens en mal de son. Loin de là. Des dizaines de familles, autrichiennes ou non, homoparentales comme hétéroparentales, étaient également présentes avec leurs enfants. "C'est important de lui montrer qu'elle peut être qui elle veut", raconte Ida, une maman viennoise qui a emmené sa fille de 8 ans, maquillée aux couleurs du drapeau arc-en-ciel.

Car tous et toutes étaient représentés dans la parade, commémorant aussi les émeutes de Stonewall, avec le slogan devenu mondial "la première gay pride était une émeute." Plusieurs personnes tenaient des panneaux "Riot" ("émeute", ndlr), et une délégation italienne "marchait pour chaque Italien.ne discriminé.e par son propre gouvernement." 

Europride

Les pays de l'Est très représentés

Les Italiens n'étaient d'ailleurs pas les seuls voisins à s'être déplacés en masse à Vienne. Des slovaques, hongrois, croates, tchèques… La majorité des participants ne venaient pas de l’Europe occidentale mais de pays limitrophes de l'Autriche. Des pays où le mariage pour tous n'est parfois même pas encore une option...

Europride

L'occasion pour ces personnes LGBT+ de profiter d'un vent de liberté pas encore d'actualité dans leur pays natal. « Je ne pourrais pas m'habiller ainsi dans mon pays », raconte Tomàs, un Hongrois de 32 ans. Il a mis des paillettes dans sa barbe, et porte un marcel rainbow. « Chez nous, la marche des fiertés, c’est moins une célébration qu’une manif. On fait la fête après bien sûr, mais on n’est jamais aussi visibles, aussi fiers, nombreux et heureux. » 

"Dire à l'Europe qu'on existe"

« Je suis là pour dire à l’Europe que j’existe » conclut Tomàs, espérant un réveil des institutions européennes. Car en Hongrie, le régime de Victor Orban et l’homophobie décomplexée de l’extrême-droite rendent la vie des personnes LGBT+ compliquée.

Àrpàd et Emil ont 25 ans. Ils sont ensemble depuis 5 ans. Ils s’embrassent, rayonnants, au milieu de la foule multicolore. « Je crois qu'on ne s'est jamais embrassés dans la rue à Budapest, raconte Emil. Même si on vit ensemble, on vit notre sexualité et notre amour assez clandestinement. »

« J’ai quand même l'impression que la société avance davantage que la classe politique, nuance Àrpàd. On a pu emménager ensemble, nos amis sont au courant et ça se passe bien. Mais ça n’a rien à voir avec ce qui se passe ici. »  Parfois, les deux amoureux se demandent s'ils ne vont pas passer la frontière définitivement pour se marier. 

Hymne à la joie

Plus tard, devant la scène installée devant l’impressionnante mairie de Vienne, plusieurs artistes européens se succèderont avant la performance de Conchita Wurst. La drag-queen autrichienne, rendue célèbre par sa victoire à l’Eurovision, jouit ici le statut de superstar. Dans l'après-midi, un camion à son effigie, sur lequel la drag queen tout de cuir blanc vêtue, haranguait la foule, avancait dans le cortège.

Europride

Plus tard dans la nuit, une autre drag queen, Tamara Mascara, débarquait sur la scène de l'after party officielle déguisée en Princesse Sissi, icône de la ville, en lipsynchant sur  le célèbre "Sissy That Walk" de RuPaul (vous avez compris le jeu de mot), repris en choeur par toute l'assemblée. Rarement, on avait vu autant de nationalités réunies, de sourires amusés, de corps célébrés et de fiertés éclatantes. C'est peut-être ça, au fond, l'idéal européen.