A Toulouse, une employée de Burger King accuse son supérieur de transphobie

Après un an de recherches, Anna, jeune femme transgenre, avait enfin réussi à trouver un emploi au Burger King de Toulouse. Mais l’accès aux vestiaires des femmes lui aurait été refusé par ses supérieurs, qui auraient enchaîné les « bourdes transphobes« . Contacté par TÊTU, la marque nie toute transphobie.

Depuis un an qu’elle est arrivée à Toulouse, Anna*, 26 ans, cherche un emploi dans le « secteur alimentaire » ou dans la restauration. En vain. La jeune femme, en transition de genre depuis quatre ans, se voit même refuser une formation. Des difficultés qu’elle attribue « clairement » à la transphobie des différents recruteurs. Mercredi 11 décembre, après quatre semaines de formation, elle commence enfin son travail en tant qu’équipière polyvalente au Burger King du centre commercial Purpan, route de Bayonne, avec un CDI à la clé. Mais ses espoirs seront très vite douchés.

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Elle avait pourtant prévenu son employeur : sa mention de sexe à l’état civil n’a pas encore été changée par la justice, bien que son changement de prénom ait été accepté en octobre. « On m’a assuré que ça ne poserait pas problème, précise Anna à TÊTU. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. » Elle commence, comme convenu, à se changer dans les vestiaires des femmes. Mais aussitôt, son superviseur l’aurait interpellé pour lui parler à l’écart.

« Je ne veux pas d’un homme chez les femmes »

Il lui aurait alors indiqué que, en raison de ses « problèmes de papiers« , elle devait se changer dans le vestiaire des hommes. À la suite de cette discussion, Anna sollicite un entretien avec la responsable des ressources humaines. Elle raconte sa version des faits et lui rappelle ce que dit la législation à ce sujet. Une personne discriminant un employé en raison de son identité de genre s’expose en effet à une amende et une peine de prison.

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La responsable RH l’aurait renvoyée vers le gérant du restaurant franchisé, à qui Anna détaille les difficultés du changement d’état civil. Il aurait alors enchaîné les « bourdes transphobes« , selon la jeune femme. « Il dit qu’il ne connaît pas les lois, qu’il doit contacter son avocate pour en savoir plus légalement, relate Anna. Il insiste sur le fait qu’il n’apprécie pas les mots « transphobe » et « homophobe ». Il me parle de sa cousine lesbienne, ainsi que d’une jeune femme avec des problèmes de logement qu’il aurait aidé la veille. » Le patron aurait terminé l’échange par la phrase : « Je ne veux pas d’un homme chez les femmes. »

Fin de formation et proposition de déplacement

Le gérant serait ensuite revenu vers elle pour lui indiquer que, si elle est « content » (sic), elle peut retourner à son poste de travail. À la sortie de son travail, Leader Academy, son centre de formation, l’aurait contacté pour l’informer qu’il avait « mis fin à [sa] formation« , sans donner de motif dans l’immédiat. Une amie à elle a relaté son expérience dans un tweet qui a été partagé plus de 1 200 fois.

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Anna dit avoir contacté la responsable RH de Burger King France, qui lui aurait proposé une embauche dans un autre restaurant « à la condition que toute les équipières polyvalentes soient d’accord [qu’elle] puisse [se] changer dans leurs vestiaires« . « Après ce qu’il vient de se passer, me faire juger par des personnes que je ne connais pas pour pouvoir travailler sans la boule au ventre, ça me gave d’avance, soupire Anna. Il fallait faire les choses bien mercredi. Pas après ça. »

« Je n’ai pas confiance en la justice »

Contacté par TÊTU, Burger King France nie en bloc les accusations de transphobie : « Le franchisé du restaurant de Toulouse Purpan dément formellement la tenue de propos transphobes, ni venant de lui ni du superviseur du restaurant, et cela s’applique également au commentaire relayé dans votre demande (« je ne veux pas d’un homme chez les femmes », ndlr). À aucun moment, il n’y a eu de traitement discriminatoire. C’est un comportement inapproprié et la virulence des propos et de certains des gestes, vis-à-vis du management du restaurant ainsi que des équipes, qui ont poussé le franchisé à prendre la décision de mettre un terme à sa formation. » La coordinatrice RH doit reprendre contact, dans les prochains jours, avec le gérant franchisé, pour « revenir précisément et factuellement sur les raisons qui ont amené à mettre un terme à la formation« .

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Aux dernières nouvelles, Anna hésitait à porter plainte contre le gérant du Burger King. Elle a peur de « ne pas être prise au sérieux » au commissariat. « Je n’ai pas confiance en la justice« , développe-t-elle. Une méfiance consécutive à son parcours de transition, long et lourd. Deux associations lui ont en tout cas proposé de l’accompagner dans ses démarches : Act Up et l’association toulousaine de défense des droits de travailleuses et travailleurs du sexe Grisélidis.

*Le prénom a été modifié

 

Crédit photo : Wikimedia Commons / Ildar Sagdejev


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