États-UnisCette phrase de Pete Buttigieg sur une "pilule" qui rendrait hétéro fait polémique

Par Timothée de Rauglaudre le 27/02/2020
Pete Buttigieg

Des propos du candidat à la primaire démocrate américaine Pete Buttigieg sur une "pilule" pour "ne plus être gay", extraits d'un plus long échange, ont mis des internautes homosexuels en colère.

Alors que le Super Tuesday, au cours duquel 14 États américains doivent trancher envers les différents candidats qui espèrent remporter la primaire démocrate, se profile à l'horizon, Pete Buttigieg était lundi 24 février l'invité de la chaîne CNN, lors d'une réunion publique en Caroline du Sud. Et une petite phrase de l'ancien maire de South Bend, dans l'Indiana, a enflammé les réseaux sociaux LGBT américains. Un soutien gay de Bernie Sanders a en effet extrait 18 secondes de l'intervention où Buttigieg semble suggérer que, s'il existait une "pilule" pour effacer son homosexualité, il la prendrait. Le militant ajoute le hashtag #PetesNotGay, insinuant que le candidat démocrate de 38 ans ne serait pas réellement homosexuel. La séquence, partagée sur Twitter et visionnée près de 400 000 fois, a été qualifiée par des twittos gays d' "offensante", "blessante" ou encore de "tentative pour attirer les homophobes".

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Pourtant, s'il on reprend l'ensemble de l'échange, la déclaration de Pete Buttigieg n'est pas aussi choquante qu'il n'y paraît. Deux jours plus tôt, lors d'un meeting à Denver, il avait répondu à Zachary, jeune garçon de neuf ans monté sur scène pour lui demander comment trouver le courage de faire son coming out, devant des milliers de personnes : "Je ne pense pas que tu aies besoin de beaucoup de conseils de ma part sur le courage." Revenant sur cette séquence, le présentateur Don Lemon, lui-même gay, l'interroge : "Vous êtes-vous reconnu dans ce garçon de neuf ans ? Reteniez-vous vos larmes ? Parce que je suis toujours inspiré lorsque des gens viennent me voir en tant qu’homosexuel et me disent : "Tu m’inspires", je suis toujours pris de court. Comment était-ce pour vous ?"

Sanders plus populaire chez les LGBT+

Pete Buttigieg, visiblement ému, répond : "C'était vraiment émouvant, et extraordinaire aussi. Je rencontre des gens qui ont un tel sens de qui ils sont, bien plus tôt dans la vie que moi. J'étais vraiment en lutte contre [mon homosexualité] quand j'avais la vingtaine. Si une pilule avait existé pour ne plus être gay, j'aurais sauté dessus. Dieu merci, je ne l'ai pas fait, car je n'aurais pas eu le mariage incroyable que j'ai maintenant avec Chasten." La caméra montre ensuite Chasten Buttigieg, son mari, qui réagit avec un léger sourire en coin, dans un enthousiasme relativement dissimulé, comme n'ont pas manqué de le relever certains internautes.

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Bien qu'il soit le premier candidat en bonne position ouvertement gay à l'investiture présidentielle, en plus d'être plus jeune que ses concurrents, le candidat qui représente plutôt la tendance centriste du parti peine à se faire entendre parmi l'électorat LGBT+ démocrate. Ainsi, pendant le scrutin de l'Iowa, le premier de la primaire, le 3 février, Pete Buttigieg n'avait recueilli les voix que de 22 % des votants LGBT+, contre 42 % pour Bernie Sanders, son principal adversaire, et 24 % pour Elizabeth Warren. En effet, l'électorat de l'ancien consultant pour le prestigieux cabinet de conseil McKinsey, devenu ensuite militaire dans la marine, est plus âgé et plus conservateur (à l'opposé de la sociologie des électeurs LGBT+) que celui de l'aile gauche du parti. Par ailleurs, les soutiens de ses concurrents de gauche n'hésitent pas à remettre en cause l'idée selon laquelle cet électorat devrait nécessairement voter pour le candidat gay centriste. Ainsi, un compte "Queers Against Pete" a été lancé sur Twitter. Sur CNN lundi, Buttigieg a poursuivi : "Je ne souhaite pas être le président gay des États-Unis ou le président des États-Unis gays. Je suis ici pour servir tout le monde."

 

Crédit photo : Gage Skidmore / Wikimedia Commons