Pour ces leaders religieux, le coronavirus est une punition divine contre l’homosexualité

Appel à la repentance pour un pasteur américain, conséquence des Marches des fiertés pour un rabbin israélien... Partout dans le monde, des leaders religieux assimilent l'épidémie du coronavirus à une punition contre les homosexuels.

Le Covid-19, plus connu sous le nom de coronavirus humain, se répand à grande vitesse. Plus de 110.000 personnes ont déjà été contaminées dans le monde par ce virus détecté en Chine en décembre 2019, dont au moins 1.400 en France. Pays le plus touché d'Europe, l'Italie vient de mettre en place des mesures exceptionnelles de confinement sur tout le territoire. Alors que les soignants du monde entier s'activent pour prendre en charge l'épidémie, d'autres préfèrent y voir une punition divine.

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L'universitaire et leader chiite irakien Hadi al-Modarresi, qui réside en Iran, avait ainsi assimilé dans une vidéo la propagation du virus à un "acte d'Allah" pour punir les Chinois de leurs exactions antimusulmans. Depuis, le dignitaire a contracté le coronavirus... Mais la population LGBT+ est aussi fréquemment prise pour cible par des leaders religieux qui profitent de l'angoisse suscitée par l'épidémie pour stigmatiser les homosexuels.

"Dieu détruit les sociétés LGBT"

Mercredi 4 mars, Steven Andrew, pasteur de la cyberéglise évangélique USA Christian Church et fervent soutien du président Donald Trump, a prédit dans un communiqué que le mois de mars serait celui de la "repentance du péché LGBT" et permettrait ainsi de "sauver des vies et la nation, et de nous protéger du coronavirus". Rien que ça.

"L'amour de Dieu montre qu'il est urgent de se repentir, car la Bible enseigne que les homosexuels perdent leur âme et que Dieu détruit les sociétés LGBT, écrit-il. Obéir à Dieu protège les États-Unis contre des maladies telles que le coronavirus." Se targuant d'avoir "répandu l'Évangile" auprès de plus de 80 millions de personnes, le pasteur résidant au nord de la Californie en profite pour préciser que les événements qu'il organise coûtent 350.000 milliards de dollars par an, et appelle évidemment aux dons...

"Parade contre la nature"

En Israël, c'est le rabbin orthodoxe Meir Mazuz, très populaire dans la communauté séfarade, ancien chef spirituel du parti Yahad ultranationaliste et homophobe Yahad, aujourd'hui disparu, qui a attribué le coronavirus aux Marches des fiertés, rapportait dimanche 8 mars The Times of Israel. Lors d'un sermon dans sa yeshivah (centre d'étude de la Torah et du Talmud dans le judaïsme), il a ainsi qualifié la Marche des fiertés de "parade contre la nature, et quand quelqu’un va contre la nature, Celui qui a créé la nature se venge contre lui".

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D'après lui, les pays arabes seraient épargnés par le virus car ils n'organisent pas ces marches et n'ont donc "pas ce penchant diabolique". À l'inverse de l'Iran, extrêmement affecté par l'épidémie, conséquence selon lui de sa "haine d'Israël". Plusieurs organisations ont condamné les propos du rabbin, dont le groupe moderne orthodoxe Ne’emanei Torah Va’Avodah : "Il est inacceptable qu’il profite de ce moment pour inciter à la haine contre la communauté LGBT. On ne peut pas essayer de faire revenir des gens à la religion en attaquant d’autres personnes."

"Sanction divine"

Au Sénégal, l'imam Arabi Niass de la mosquée Léona Niassène, à Kaolack, a tenu des propos similaires lors de son sermon de la grande prière, d'après le site d'information Senego : "Cette maladie est une sanction divine pour le Sénégal et le monde entier. [...] Avec le nombre important de musulmans que compte le Sénégal, des étrangers se permettent de venir nous proposer la légalisation de l’homosexualité. Vous imaginez que cela est admissible ? Pourquoi un ministre ou alors le président de la République lui-même n’osent pas aller leur demander de se convertir à l’islam ?"

À Wrocław en Pologne, Leonard Wilczyński, un prêtre de l'église Saint-Archange-Michaël a, pendant la messe dominicale, affirmé que les masques et gels antibactériens n'aideraient pas dans la lutte contre les coronavirus, car seule la prière pouvait protéger les gens. Il a rajouté que l'épidémie était une punition divine pour ceux qui vivent dans le péché : les homosexuels, les couples qui vivent ensemble sans être mariés et ceux qui "assassinent des enfants à naître" - une référence évidente à l'avortement. Le quotidien Gazeta Wyborcza a essayé de joindre le curé pour qu'il s'explique, mais on lui a signifié qu'il était "un peu malade ces derniers temps". Prions pour lui pour que ce ne soit pas le coronavirus.

"Gens vils et dégoûtants"

Aux États-Unis, d'autres figures évangéliques ont attribué l'épidémie à l'homosexualité. Fin février, le pasteur Rick Wiles, fondateur du site chrétien TruNews, récemment accrédité pour couvrir la venue de Donald Trump au Forum économique mondial, à Davos, en Suisse, avait affirmé que le coronavirus avait été envoyé par Dieu pour "purger" les personnes LGBT+, des "gens vils et dégoûtants". Dans une variante, le pasteur et candidat républicain au Sénat E. W. Jackson a fustigé un "homovirus"qui provoquerait des "attaques contre la famille".

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Des propos d'autant plus surprenants que le coronavirus se répand particulièrement vite dans certaines églises évangéliques. C'est le cas, en Corée du Sud, de la secte Shincheonji, qui serait responsable de la contamination de milliers de personnes. En France, à Mulhouse, des rassemblements dans l'église de la Porte ouverte chrétienne ont causé des cas de coronavirus chez des centaines de fidèles. Les voix du Seigneur sont décidément impénétrables...

 

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