ajlCet article du "Progrès" sur le sexe gay durant le confinement suscite la colère

Par Timothée de Rauglaudre le 20/04/2020
Le Progrès

Samedi, le quotidien régional lyonnais Le Progrès a publié un article dans lequel il observe un "relâchement" du confinement dans un milieu gay à la "sexualité hyperactive". De nombreux internautes et associations LGBT+ s'en sont indignés.

"Communauté gay : du relâchement dans le confinement". Voilà comment le quotidien régional lyonnais Le Progrès annonçait en une, samedi 18 avril, l'article de sa journaliste Sylvie Montaron, spécialiste des questions de santé. Dans son article, celle-ci donne la parole au docteur Jean-Michel Livrozet, président du COREVIH de Lyon Vallée du Rhône (Coordination régionale de la lutte contre l'infection due au VIH) - le seul interlocuteur de l'article.

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D'après le soignant, qui s'appuie sur la consultation d'applications de rencontres telles que Grindr, certains homosexuels auraient décidé de braver les mesures de confinement après une première semaine de "sidération" pour reprendre les rencontres sexuelles : "Au début, je pensais que cela se passait peut-être dans les saunas mais non, ils respectent bien les fermetures, c'est dans les appartements que les rencontres ont lieu."

"Sexualité hyperactive"

C'est en partant de ce constat que le médecin se serait rendu à l'évidence : "Il faut appliquer le principe de réalité. Il est illusoire d'imaginer que la population gay va rester sous cloche pendant deux mois !" Car il s'agirait, peut-on lire dans le chapô, de "milieux où la sexualité est hyperactive". De nombreux internautes ont exprimé leur colère à la lecture de telles déclarations. L'Association des journalistes LGBTI (AJL) a dénoncé sur Twitter un article qui "reprend sans la questionner la parole d'une seule source et recycle des stéréotypes éculés sur les gays".

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Dans son édition du lundi 20 avril, Le Progrès publie une réaction de l'antenne lyonnaise de SOS homophobie : "Nous regrettons [cette approche] trop réductrice qui ne présente qu'une partie des pratiques, sans la mettre en perspective des pratiques tout genre et orientations amoureuses confondues, en période de confinement. Basé sur une seule source, l'article reflète l'avis d'un médecin sous l'angle unique des personnes qu'il côtoie et qui pour certains ne respectent pas le confinement. Ce faisant il laisse croire que c'est général et propre aux gays. [...] Pourquoi ne pas parler d'une manière positive de toutes les actions menées pour maintenir le lien social en cette période ?"

Excuses timides

À la suite de cette citation, l'auteure de l'article, ainsi que Francis Ziegelmeyer, directeur départemental des éditions du Rhône du Progrès, ajoutent : "Notre intention de stigmatiser une orientation sexuelle, de laisser à penser qu'elle était plus incivique qu'une autre durant le confinement ou que la problématique ne s'adressait qu'à elle." Une réponse sans excuses ni explications qui n'a pas satisfait bon nombre d'internautes.

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Lundi matin, le rédacteur en chef du journal Xavier Antoyé a à son tour réagi, répondant à un fil d'Alice Coffin à ce sujet : "Notre objectif était de relayer le message de prévention d’un médecin spécialiste du VIH, inquiet et engagé auprès de ces patients. Sans aucune volonté de stigmatiser. Nous sommes désolés si certains l’ont pensé. Nous traitons toutes les problématiques de société. Une semaine plus tôt, nous avons publié un article sur les violences homophobes durant le confinement."

Une référence au témoignage publié sur Twitter par Guillaume Mélanie, président d'Urgence Homophobie, d'un jeune homme dans le sud de Lyon confiné avec un père homophobe qui l'a forcé à se masturber en regardant du contenu pornographique hétérosexuel. Ce témoignage, effectivement relayé par Le Progrès, avait donné lieu à une lettre de Sonia Krimi et d'autres députés interpellant le gouvernement sur la situation des jeunes LGBT+ pendant le confinement.

 

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