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Le confinement réveille-t-il notre libido ?

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La sexualité est perturbée en ces temps de confinement. Certains voient leur libido décuplée, et d'autres n'ont aucune envie de sexe. Mais pourquoi ?

Je suis frustrée de fou, je me masturbe H24. J’en peux plus.... plus du tout. J’ai envie de sexe comme jamais.” Depuis le début du confinement, Marie* a du mal à contrôler sa libido. Elle échange photos et messages avec une fille rencontrée sur Tinder juste avant de quitter Paris pour le confinement. La journée, comme je bosse en télétravail depuis chez moi, dans mon lit, je peux me masturber. Je peux prendre des photos de moi et lui envoyer ! Alors que d’habitude au travail c’est pas possible. En fait, avec le confinement, on a plus de temps pour imaginer des choses, pour se laisser distraire.. et pour moi ça passe par le sexe.

Et la libido de Marie*, 26 ans,  n'est semble-t-il pas la seule que cette assignation à résidence réveille. Les ventes de sextoys ont explosé la première semaine de confinement, et les sites de camboys et de camgirls affichent une fréquentation record. Au niveau mondial, le trafic sur Pornhub a augmenté de 18,5% entre fin février et fin mars. Mais comment expliquer ce regain d'excitation ? 

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Un remède au stress

Le confinement a été assez stressant au début", raconte à TÊTU Benjamin, 26 ans et célibataire. Un constat partagé probablement par une grande partie de la population française, dopée à l'information en continu, aux réseaux sociaux, et aux chiffres des contaminations et des décès qui tombent chaque soir. Pour Benjamin, c'est surtout les incertitudes concernant son travail qui l'ont inquiété. Et pourtant. Le presque trentenaire confie que le début du confinement a coïncidé avec un "pic d'envie sexuelle" : "J'ai passé beaucoup de temps sur des sites porno, alors que je n'ai pas l'habitude d'y aller." 

Rien d'étonnant à cela pour David Friboulet, psychosexologue qui coordonne le réseau santé mentale et sexuelle de l’ENIPSE, “Un stress peut complètement créer un repli et un retrait de la libido et du désir comme il peut l’intensifier pour rassurer.” Et pour cause, le sexe a des vertus anti-stress qui ne sont plus à prouver. Le réveil de la libido serait donc une sorte de réaction du corps pour lutter contre l'angoisse. Coraline Delebarre, également sexologue en libéral qui intervient aussi dans un CeGIDD, confirme que “avoir une activité sexuelle permet d’activer le système de récompense. Il y a des sécrétions de neurotransmetteurs particuliers qui vont venir calmer, donner du plaisir : sérotonine, ocytocine. C’est un peu les même mécanismes que pour le sport.” Mais comme le disait David Friboulet, ce n'est pas valable pour tout le monde. 

Perte de libido

En effet, l'anxiété, pour certains, peut prendre le dessus et mettre en sourdine la sexualité. Pour Alain*, 38 ans, qui pourtant travaille la journée, “il y a un effet psychologique qui réduit la libido. Pour moi en tous cas."  La sexologue Coraline Delebarre, qui intervient aussi dans un CeGIDD, confirme : “On peut être inquiet pour soi ou pour les siens qui sont ailleurs. On se laisse alors envahir énormément par l’extérieur, l’environnement. Alors même l’intérieur du foyer ne suffit pas à apporter une sécurité. Et le corps est désinvesti.”  La sexualité passe dès lors au second plan, remise au placard en attendant d’être plus serein.

Au delà des questions de santé, les inquiétudes matérielles peuvent reléguer les pensées érotiques au second plan : “Certains déjà en fragilité financière se ressentent encore plus précaires (tout le monde ne bénéficie pas d’un maintien de salaire) d’autres risquent de perdre leur emploi ou leur entreprise. La reprise économique va être un vrai défi qui peut occuper l’esprit face à un avenir incertain, et qui peut affecter une sécurité intérieure et provoquer des ruminations” explique David Friboulet. “Pour avoir une activité sexuelle, il faut se sentir en sécurité, physiquement et psychiquement, abonde Caroline Delebarre. Le seuils qui vont faire pencher d’un côté ou de l’autre dépend de chaque personne, ce qui peut maximiser ou rendre impossible la sexualité."

Branlette et couple

Et les couples, contrairement à ce que l'on peut penser, n'en sont pas exempts. Si par exemple pour Quentin, qui est en confinement avec son copain, "les occasions sont plus nombreuses" et les envies "un peu plus régulières", pour Cédric, lui aussi confiné avec son petit ami, "ça ne change pas grand chose en termes de sexualité." Le confinement ne sera donc pas un remède miracle pour la sexualité des couples, comme l’explique David Friboulet : “Beaucoup de personnes confinées en couple n’avaient plus forcément une sexualité avant. Donc ce n’est pas le confinement qui va rétablir une sexualité.

En attendant des jours meilleurs, les plus horny se retrouvent aussi sur les apps. Mais pour la plupart des utilisateurs, c'est “youporn et main droite”, “branlette”, ou “la veuve poignet” pour les plus poétiques.  Sur Grindr, Sylvain regrette pourtant que “le contact, embrasser, toucher ce sont des gestes impossibles depuis 15 jours. Et j'ai pas l'habitude. Je suis plutôt très consommateur habituellement donc là c'est très dur de se retrouver seul avec des mecs autour sans les voir”.

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Frustrations

Car la sexualité n’est pas seulement une histoire de sexe : “Les personnes isolées, confinées seules, se plaignent beaucoup du manque de contact tactile, au delà de la sexualité, ce qui est du toucher corporel, analyse Caroline Delebarre. La sexualité ce n’est pas que le rapport sexuel, c’est aussi la rencontre avec un autre.” Le désir accru est dès lors l’expression d’une présence qui manque aux confinés.

Et quand le besoin n’est pas assouvi, ces privations peuvent monter à la tête. Ibrahim, 29 ans, a pris une mesure forte pour ne pas prendre de risque : “J’ai arrêté la PrEP pour être sûr de ne pas pas aller voir d’autres mecs.” Mais attention ! David Friboulet raconte que "avant-hier, l'un de mes patients a du prendre un traitement post-exposition”.

De manière générale, le psychosexologue pense que “dans l’ensemble, ce confinement va exacerber les envies sexuelles et les frustrations si on ne peut pas les soulager.” Alors un conseil : envoyez des nudes (consentis), faites des plans cams, et pensez à votre vieille copine, la veuve poignet, pour vous soulager.

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*Les prénoms ont été changés 

Crédit photo : Copyright MK2 Diffusion


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