Hélène, écoutante chez SOS homophobie : « Je décroche le téléphone, et j’encaisse »

A côté de son travail, Hélène décroche le téléphone de SOS homophobie pour écouter celles et ceux qui ont besoin de raconter les actes LGBTphobes qu’ils endurent. Particulièrement pendant le confinement. Elle raconte. 

« Cela fait cinq ans que je suis écoutante chez SOS homophobie. Là, dans un local dédié, je réponds aux appels, aux mails et aux messages sur le tchat. Avec le confinement, cette cellule d’écoute s’est déplacée chez chacun et chacune d’entre nous. Adieu le sas de décompression après un appel difficile. La porte ne se referme plus, le vélo ne vous accompagne plus et le témoignage que vous avez reçu reste. Parfois jusqu’au coucher. Avant cette période, nous avions des échappatoires, mais là non. Alors on encaisse et on décroche son téléphone, sans jamais rien laisser transparaître. C’est important. Parce qu’à l’autre bout, une personne a besoin d’aide, d’écoute et de bienveillance. 

« La haine ne va pas se déconfiner »

A SOS, on a eu une période de flottement au début du confinement. Un bug sur le site et la nécessité de mettre très vite en place ces transferts d’appels. Puis, nous avons toutes et tous cherché à répondre à l’angoisse et aux doutes des personnes qui nous ont contactées. Cette haine-là que subissent les LGBT+, elle existe depuis longtemps et ce que nous avons recueilli ce n’est que le début de la vague. Beaucoup, enfermés chez eux avec leur famille, n’ont pas pu nous contacter. Nous parler. Ils sont restés avec la violence qu’ils ont subie. Et maintenant, avec cette levée partielle du confinement, nous allons commencer à recevoir leurs premiers appels. Ces appels que l’on passe depuis un endroit safe, pour commencer à digérer ce traumatisme. Et vraiment, c’est important de réaliser que cette haine, elle ne va pas non plus disparaître parce qu’on déconfine. Le voisin violent va rester. Et avec lui, ses propos LGBTphobes. La haine ne va pas se reconfiner. Elle va nous accompagner encore et encore. 

Dans le détail, nous avons eu plus de signalements pour des cas de violences de voisinage, de haine en ligne. La solitude et les angoisses étaient très présentes aussi. A contrario, nous avons noté une baisse de la violence au travail ou dans la rue. Mais là encore, c’est à relativiser. Comme toujours. Par exemple, sur Paris, nous avons eu des appels de couples d’hommes qui ont été victimes de harcèlement de rue pour la première fois de leur vie. Dans leur rue, désormais déserte, ils étaient plus visibles. Et sans magasin pour se réfugier, cette haine, ils ont été contraints de la subir.  

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« Pas d’échappatoire »

Ce qui a augmenté, en revanche, ce sont les violences de voisinage. On s’y attendait. C’est vrai. Des dégradations de biens, des insultes, une porte qui explose. Des excréments sur une poignée de porte. Tous ces faits, nous les enregistrons chaque année, mais avec le confinement, ces comportements se sont étalés sur toute la journée, sans échappatoire possible pour les victimes. Alors qu’avant les insultes pouvaient être limitées dans le temps, là, c’est devenu permanent. Une personne nous a contactés parce qu’il était en visio pour son travail quand son voisin a hurlé des insultes LGBTphobes. Voilà. Toujours agréable d’essuyer ce type de remarques alors que l’on bosse. Et vu le débit sonore du dit voisin, les personnes avec qui il était en visio ont entendu. Outre le risque d’outing, s’ajoute une nouvelle crainte : comment vais-je retourner au travail ? Dans quel climat ? Dois-je en parler ? Comment réagir ? Notre rôle à nous, c’est d’être là pour écouter, pour recueillir cette parole, mais aussi pour accompagner les personnes qui le souhaitent dans une procédure juridique.

D’ailleurs, nous avons reçu des appels de personnes qui commencent à paniquer à l’idée de la reprise du travail. Les propos LGBTphobes, sexistes et les attitudes répréhensibles ont été mis sur pause le temps du confinement. Retourner dans ce milieu, dans cette ambiance malsaine… Pour certains et certaines ce n’est pas envisageable. 

Parents LGBTphobes

On a aussi vu une hausse d’appels de mal-être. Peu de témoignages de violences conjugales ou de violences intrafamiliales. Mais un climat lourd à porter. Par exemple, beaucoup de jeunes LGBT+ nous ont contacté parce qu’avant ce confinement, des lieux comme la fac ou le lycée étaient des échappatoires. Et là, ils se sont retrouvés en tête-à-tête avec leurs parents. H24. Une jeune femme de 16 ans nous a contacté pour nous expliquer que ses parents avaient des propos LGBTphobes. Pas frontalement. Mais au détour d’un film ou d’une conversation. Des petits éclats de haine qui brûlent. Et ce climat lourd, difficile à vivre parce qu’elle n’avait que ces parents pour parler. Pas d’autre rencontre dehors. Rien. Juste ces petits éclats de haine avec lesquels il faut avancer.

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Nous avons aussi reçu beaucoup d’appels qui parlaient de solitude, de détresse et des questionnements sur l’identité de genre. Pas d’accueil dans les centres LGBT+, pas trop d’autres informations que le covid… Et cette angoisse qui monte face à l’absence totale de solutions. 

Cyberharcèlement

Et bien sûr, nous avons constaté une hausse de signalements de la haine en ligne. Avant, beaucoup des appels que nous recevions étaient des témoins, qui nous alertaient sur tel ou tel comportement : “hey j’ai vu ou ça… Je vous le signale si SOS peut faire un truc contre cet LGBTphobe…” Pendant le confinement, nous avons eu beaucoup plus d’appels de victimes. Et beaucoup de cas de cyberharcèlement. Par exemple, une personne a découvert une fausse page Facebook avec son identité et des propos dénigrants. Elle avait été créée par un “collègue” de travail, dans un contexte de télétravail donc avec une présence en ligne qui a explosé. 

On le sait, on le voit, on le vit. Les périodes de crise génèrent toujours une hausse de discriminations à l’encontre des minorités. C’est une excuse pour oublier nos droits, dire aux victimes que ce n’est ni le moment ni l’endroit pour leur douleur. Mais nous, on sera là. Là pour rappeler qu’on attend toujours la PMA. Là pour dire stop encore à cette haine. Et là encore pour faire vivre nos combats, même sans la Pride. On existe, on est là, et on va se battre pour qu’un jour cette ligne n’ait plus besoin d’exister. »

 


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