Dissensions et recadrage dans la majorité LREM sur le calendrier de la PMA pour toutes

Le chef des députés LREM Gilles Le Gendre dit espérer que la loi bioéthique serait votée « d’ici la fin du quinquennat« . Militants et politiques se sont élevés contre cet énième report de la PMA pour toutes.

La majorité a décidément du mal à accorder ses violons. Jeudi 21 mai, interrogé sur LCI au micro d’Élizabeth Martichoux, le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale Gilles Le Gendre a affirmé que, à cause de la crise du Covid-19, le projet de loi bioéthique, dont l’ouverture de la PMA à toutes les femmes est la mesure phare, ne serait pas adoptée d’ici cet été comme prévu initialement : « J’espère que nous pourrons adopter la PMA d’ici la fin du quinquennat. Avant l’été c’est impossible. »

Ces déclarations ont suscité de vives réactions parmi les internautes, les militants LGBT+ et les personnalités politiques. « L’égalité n’est pas un luxe, a tweeté SOS homophobie. Les LGBT ne sont pas une variable d’ajustement. La dignité des LGBT, leurs projets de famille n’ont pas disparu avec la crise ! » Au sein même de la majorité, des députés se sont indignés, comme Sacha Houlié, cofondateur des Jeunes avec Macron : « Pour nombre de couples et de femmes, la PMA est bel et bien une urgence. Les députés de la majorité sont attachés à ce que cette promesse de campagne soit réalisée le plus tôt possible. »

« Problème de principe »

Sur LCI, Gilles Le Gendre a développé les raisons pour lesquelles, selon lui, la réforme ne pouvait être adoptée dans l’immédiat : « Pour une raison de calendrier : nous n’avons plus beaucoup de temps et nous avons des textes importants, très liés à la situation économique d’urgence, ou la situation sanitaire d’urgence. Et, par ailleurs, je vous rappelle qu’aujourd’hui les hémicycles, Sénat et Assemblée, travaillent à effectifs réduits pour respecter pour respecter tout bêtement, comme tous les Français, les règles sanitaires. Sur une loi aussi importante, que l’ensemble des forces politiques ne puissent pas être présentes dans l’hémicycle, ça pose un vrai problème de principe. »

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Une justification qui a fait bondir l’Association des familles homoparentales (ADFH), qui a réagi dans un communiqué publié sur son site Internet. L’association rappelle qu’en septembre 2018, reçue à l’Élysée en présence du président Emmanuel Macron et de la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et la Lutte contre les discriminations contre les discriminations Marlène Schiappa, elle s’était vu promettre la promulgation de la loi bioéthique avant la fin 2019. À cause – ou au prétexte – de l’affaire Benalla puis du mouvement des Gilets jaunes, « cet engagement n’a pas été tenu« .

« Argument fallacieux »

Dans son communiqué, l’ADFH bat en brèche la deuxième raison invoquée par le chef des députés LREM, celui du faible effectif dans l’hémicycle : « Cet argument est totalement fallacieux. Rappelons qu’en première lecture, certains articles ou amendements du projet de loi bioéthique ont été votés avec un effectif très réduit de députés et qu’à ces moments particuliers, nous n’avons jamais entendu Gilles le Gendre soulever de « problème de principe ». » Les chiffres postés par une internaute, Laure Botella, le confirment. Le vote final du projet de loi en première lecture avait toutefois recueilli 359 voix pour, 114 contre et 72 abstentions.

 

L’ADFH s’est aussi inquiétée des conséquences immédiates de ce nouveau report de calendrier : « Cet nième renvoi vient enterrer les espoirs de familles pour certaines femmes : les femmes lesbiennes ou célibataires peuvent bien attendre, les réactionnaires auront ainsi une nouvelle fois tout le temps nécessaire pour s’organiser et verser leur haine, leur homophobie à l’encontre des familles homoparentales. »

Recadrage de Véran

Et, justement, La Manif pour tous n’a pas attendu avant de publier, le jour même, un communiqué sur son propre site Internet : « L’heure est à l’unité et à la réponse forte face à la crise qui a confirmé la place de la famille pour les Français et leur attachement à ce lieu de solidarité, et révélé l’importance d’une politique de santé publique concentrée uniquement sur sa mission de soins. Aussi, les propos isolés tenus ce jour dans une certaine forme de précipitation ne doivent pas affaiblir ni remettre en cause l’unité indispensable de notre société pour affronter les conséquences de la crise dans les prochains mois. »

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Face à ce tollé, en fin d’après-midi, le ministre de la Santé a recadré Gilles Le Gendre en étant, sur son compte Twitter, un peu plus optimiste que lui à propos du calendrier : « La loi bioéthique porte de nombreuses, belles réelles avancées sociétales. Le débat parlementaire n’est pas achevé, et si la priorité donnée à la crise sanitaire rend difficile son adoption avant l’été hélas, elle le sera dans les tous prochains mois ! »

La semaine dernière, la France dégringolait à la treizième place au classement Rainbow Index d’ILGA-Europe sur les droits LGBT+ dans 49 pays européens, notamment en raison du retard et des manquements de la loi bioéthique.

 

Crédit photo : Assemblée nationale


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