Non, le puppy play n’est pas du tout ce que vous croyez

[C'est quoi ton fétish ? 1/5] De plus en plus visible au sein de la communauté gay (et au-delà), la pratique du puppy play pâtit encore de stéréotypes et demeure l'objet d'amalgames. L'heure est venue de lever le voile sur ce fétichisme... qui n'en est pas vraiment un.

Il aboie, il va chercher la balle, il mange dans sa gamelle... Non, il ne s'agit pas de Médor, le chien du voisin, mais bel et bien d'un adepte du puppy play. Gentiment popularisée ces dernières années, cette pratique à tendance fétichiste semble gagner du terrain au sein de la communauté gay. "Il s'agit d'extérioriser son côté animal pour se désinhiber de toutes les règles du quotidien et de la civilisation", nous explique Snoopy, fondateur de l'association Pup & Co.

Lâcher-prise

Pas de règles, mais plutôt un concept. Comme sa dénomination anglo-saxonne l'indique, le puppy play (ou "jeu de rôle canin" en langue française) consiste à se placer dans la peau d'un chiot et, donc, d'agir en conséquence. L'homme qui devient puppy peut ainsi geindre, lâcher des aboiements, se rouler sur son dos, sprinter à quatre pattes... Toute action est bien considérée tant qu'elle colle à l'image du bébé chien, à qui on attribue des caractéristiques comme l'innocence, la taquinerie ou l'aspect joueur. Et s'il n'est pas obligatoire d'avoir du matériel adéquat pour s'adonner au puppy play, savoir bien s'équiper peut représenter un sacré bonus.

"Le premier accessoire à avoir selon moi, c'est les genouillères, estime Melko, 37 ans, fervent puppy depuis plusieurs années maintenant. Je crois que c'est l'indispensable". En effet, marcher à quatre pattes peut assez rapidement vous abîmer les genoux. "Après, bien que ce ne soit pas une obligation, c'est pas mal d'avoir un masque car il permet d'avoir un basculement. Il faut qu'il y ait un accessoire qui fasse la transition. Quand je le mets, je deviens puppy, et quand je l'enlève, je redeviens humain". Parmi les autres accessoires pouvant s'agrémenter à la panoplie, des mitaines peuvent être les bienvenues, mais aussi et surtout une queue, pouvant être portée comme un vêtement ou bien en forme de plug anal à insérer.

Crédit photo : Melko pour Pup & Co

La distinction primordiale à effectuer selon les adeptes de cette pratique, c'est avant tout que le puppy play diffère largement du dog training, son grand frère plus débridé. Considéré comme plus hard et davantage axé sur la sexualité, le dog training consiste à établir un rapport de force entre un dog et son dresseur. C'est ainsi une relation inégalitaire qui s'installe avec une dynamique de dominant/dominé bien fixée. Là où le puppy play n'est pas une pratique fondée sur le sexe ou la violence, et dont les rapports interpersonnels ne sont pas figés.

Codes, jargon et mot d'ordre

En effet, dans le monde merveilleux du puppy play, les relations peuvent être horizontales comme verticales. D'une part, des puppies peuvent très bien jouer entre eux, sans qu'il y ait de maître pour les encadrer. C'est là que s'instaure une autre forme de hiérarchie. "Il y a un vocabulaire propre, surtout lorsqu'on parle d'une hiérarchie au sein d'une meute, explicite Melko. Le puppy qui va être le plus dominant et avoir le leadership, c'est celui qu'on va appeler alpha. Le plus accompagné, ça va être l’oméga. Enfin celui qui joue un rôle intermédiaire, c'est le bêta. Mais ça ne revêt pas forcément un rapport de domination au sens sexuel du terme". C'est là qu'on comprend que le puppy play n'est pas un fétichisme pur et dur, mais un potentiel fétichisme puisque l'aspect sexuel est facultatif.

Parallèlement, un groupe de puppies peut très bien être supervisé par un maître, aussi désigné handler ("celui qui gère" en français) dans le jargon. Mais là encore, si un lien hiérarchique s'impose, la dimension sexuelle n'est pas nécessairement au rendez-vous. Rustti, 44 ans, et Thor, 29 ans, vivent ensemble et sont des adorateurs de puppy play. L'un est handler, l'autre puppy.

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Une route vers le BDSM ?

"Dans la vie de tous les jours, on est un couple, nous détaille Rustti. Et de temps en temps, on s'autorise cette parenthèse qui se mêle au couple. Elle s'est mise en place sous forme de jeux. Lui, c'est un chiot. Il est très joueur, très câlin. Il s'amuse à embêter son propriétaire comme un vrai chien pour montrer qu'il est là et demander de l'attention. C'est un dialogue où le puppy décide du jeu, du moment où il veut jouer au moment où il veut arrêter de jouer. Ce n'est pas le handler qui a l'emprise dessus comme dans le SM". Pour eux deux, leur pratique du puppy play est une plus-value à leur quotidien de couple, stipulant que ces instants ludiques renforcent leur complicité.

Soulignant à maintes reprises l'aspect inoffensif du puppy play, Snoopy soutient néanmoins l'idée que cette pratique à tendance fétichiste peut ouvrir d'autres portes. "Il faut voir le puppy play comme une petite rivière qui va se jeter dans un océan, assure-t-il. Et l'océan, c'est le BDSM et tout ce qui est fétish au sens plus large. Je prends cette image parce que dans l'océan, tu peux rencontrer des bons poissons comme des énormes requins. C'est pour les jeunes qui prennent cette rivière-là qu'on a créé l'association, dans le but de les guider et de les protéger".

Une vraie communauté

Avec Pup & Co, Snoopy et ses confrères canins espèrent encadrer au mieux cette pratique tout en forgeant une véritable communauté soudée, basée sur l'entraide et la convivialité. Pour ce faire, des sorties de groupe sont fréquemment organisées, de même que des soirées ou week-ends dédiés au puppy play, de manière plus ponctuelle. Malgré les complications liées à la pandémie de Covid-19, Snoopy demeure optimiste pour le reste de 2020. "On espère pouvoir organiser quelque chose à Lyon en fin d'année et un méga week-end puppy en novembre", avance-t-il, sans trop offrir de garantie au vu de l'incertitude généralisée.

Par ailleurs, à cause du coronavirus que l'élection 2020 de Mister Puppy France a été annulée. "Ça aurait du être la quatrième édition cette année", atteste Oreo, actuel détenteur du titre. L'an passé, malgré quelques réticences, ce puppy de 2 ans ("39 ans en âge civil", précise-t-il) avait fait campagne en ligne avant de défendre son projet défendre son projet pour la communauté puppy auprès d'un jury, puis de donner une performance. "Ce sont des performances complètement libres qui durent entre 3 et 5 minutes, développe le principal intéressé. Tu peux le faire avec une personne qui t'aide. Dans mon cas, je l'avais fait avec mon handler de l'époque et on avait fait une petite mise en scène devant le public. Le public et le jury votent, puis le résultat tombe".

Crédit photo : Melko pour Pup & Co

Depuis quelques années, la communauté du puppy play semble prendre de plus en plus d'ampleur. Les nouveaux arrivants sont toujours plus nombreux. Et, en prime, sont de plus en plus divers. "Cette dernière année surtout, on a vu l'arrivée de beaucoup de femmes et de personnes non-genrées voulant faire partie de la communauté, reconnaît Barka, en charge du réseau social puppy-play.com. Il y a une ouverture là-dessus aussi". Car bien qu'elle soit associée à la communauté gay, la pratique du puppy play n'a pas de genre, ni d'orientation sexuelle. "Comme nos soirées sont sans sexe, elles sont ouvertes à toutes et à tous", renchérit Snoopy.

En dépit de cet intérêt croissant, les adeptes du puppy play souffrent d'une stigmatisation presque instinctive de la part des non-initiés. "Ça permet d'extérioriser un côté animal donc il n'y a pas grand-chose de honteux là-dedans, avance Snoopy. Je peux comprendre le regard des gens mais il y a malheureusement de mauvaises interprétations sur ce qu'ils voient et ce qu'ils pensent". Même son de cloche du côté de Thor : "Il y a des gens qui voient ça comme une déviance, mais lorsqu'on explique plutôt l'aspect jeu de rôles, ils comprennent mieux." 

Crédit photos : Melko pour Pup & Co


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