Ambiance bon enfant et « gang de la branlette » : ma première fois à l’espace naturiste du bois de Vincennes

Pique-niques. Bronzette. Rencontres. Depuis 2017, un espace de 7 300 m2 est ouvert aux naturistes, six mois par an, en plein cœur du bois de Vincennes. Notre journaliste-cobaye, faussement prude et un brin apeuré, a testé la nudité en plein air. Et ses fesses s’en souviennent.

15:30 Promenons nous dans le bois

Mon sac à dos est prêt. À la station Château-de-Vincennes, je retrouve un ami dévoué pour une excursion de taille. Notre mission : trouver l’espace naturiste dans le bois exubérant, réputé pour sa convivialité, mais aussi pour son lot de rencontres... entre mecs surtout. Novice dans la pratique, mon cœur battant la chamade, je suis les indications récoltées en ligne le jour même. Mon cerveau est en boucle : “Vais-je assumer ce corps devant les autres ?” Finalement, c’est peut-être plus simple sur Grindr. J’aurais dû m’inscrire à la salle de muscu.

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16:00 Stress et détresse

Arrivée imminente, pile à l’heure du goûter. Non loin de la route de la Demi-Lune (un présage ?), j’atteins la destination. Maintenant, il faut y aller. Ouverte à tous d’avril à octobre, gratuite, mixte et publique, la zone est chapeautée par l’Association des naturistes de Paris (ANP) depuis trois ans. Je découvre l’une des quatre entrées de la clairière et son panneau prévenant de la présence de culs-nus. En faisant mes premiers pas sur le tapis d’herbe sauvage, l’impression d’être propulsé sur le tournage d’une production Falcon est forte. Une scène d’orgie alors, car, aujourd’hui, le lieu est saturé.

16:30 Des garçons sauvages

Blancs ou Noirs, jeunes ou vieux, assumés ou refoulés, moches ou beaux... À l’œil nu, on compte 200 personnes, voire plus. Que des hommes, à une exception près. Sans doute homosexuels, pour la plupart. Tous se prélassent, durant le jour de Pâques, dans ce solarium naturel. Dans un coin d’herbe, recroquevillé sur ma serviette, je fais tomber le caleçon. Camouflé derrière les pages de Vernon Subutex, j’observe timidement les allers-retours de rôdeurs venus mater des culs. Je m’assieds en tailleur, un réflexe automatique. Et si je croisais mon ancien prof de géopolitique ? Ou un collègue encore dans le placard ? Le pire sera évité.

17:00 Relax, take it easy

Mon cœur ralentit, mes cuisses se desserrent enfin. Les rayons du soleil sur ma peau ont comme un effet cathartique. J’y prends goût. Même chose sur les serviettes d’à côté : les corps se décomplexent, les conversations aussi. L’heure est désormais aux confessions. Un fêtard cramé raconte, après une sieste express, sa soirée de la veille : “J’ai oublié la moitié de ma nuit scandaleuse. Je suis rentré chez moi à midi, c’était fun.” Viendrait-on laver ses péchés encore frais dans ce coin de paradis ? Au sein de mon nouveau harem, ça papote “sodo”, “éjac tardive” et “addiction au porno”. En plein après-midi, sobre, sans tabou.

17:30 L’attrait du frisson"

Quelques regards furtifs et quelques sourires timides. Je commence à comprendre le lien particulier qui se tisse entre inconnus, loin des applis sans âme. Si la drague en plein air subsiste en 2019, c’est pour de bonnes raisons. Sans jugement extérieur, sans code vestimentaire, sans hiérarchie sociale, on se sent plus libre d’aborder les autres. Et aussi cet attrait du frisson, déclencheur de tous les fantasmes. Entre deux gazouillis d’oiseaux, un habitué révèle l’esprit de l’asso : “Tout le monde est le bienvenu. L’ambiance est bon enfant tant qu’on ne s’aventure pas dans les bosquets alentour.”

18:00 Loup, y es-tu ?

Outre les retraités-habitués qui répondent à l’appel quotidien – leur table de pique-nique sous le bras pour l’apéro ou diverses activités de groupe –, il y a les dragueurs et les voyeurs. “C’est comme si tu allais à une soirée déguisée et que tu étais le seul à ne pas jouer le jeu”, critique quelqu’un. Les dragueurs, eux, quittent régulièrement leur serviette pour explorer le sous-bois, et plus si affinités. J’aperçois “le gang de la branlette”, une bande d’éphèbes avec leurs petits rituels et qui, sur place, sont les pros de la masturbation collective. Pas d’invitation pour cette fois ! Le soir, après l’horaire autorisé, la fréquentation change. Un relai opère entre les “bronzeurs” et les “baiseurs”. De jour comme de nuit, les forces de police font d’ailleurs des rondes pour “surveiller” ce qui se trame entre les feuillages.

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18:30 Communion libératrice

Une pause pipi s’impose. Je remballe le paquet et me risque dans l’un des “terribles” bosquets. Surprise : un mec planqué dans les buissons me reluque. Visiblement, ses yeux ne sont pas la seule partie de son anatomie à s’agiter. Ni vu ni connu, je regagne vite ma place pour profiter du bain que le soleil offre à tous ces visages heureux. Trois heures après mon initiation, mon corps se sent totalement libre. En communion avec les éléments et les autres. Nous ne sommes plus qu’un seul et même ensemble, hors du temps. Resplendissant.

19:00 Golden hour

Comme une impression éphémère de vacances. Le soleil va s’éteindre, je renfile alors – à contrecœur – mes vêtements. Tout s’oublie loin de la cohue parisienne, mais, déjà, il est temps de reprendre le chemin du métro. À mon retour, la douche nocturne et le miroir seront témoins de mon premier bronzage intégral.


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