Tel père, tel fils : mon père aussi a fait son coming out

Et si, lors de votre coming out, votre père vous avait répondu “moi aussi” ? Autour de la table familiale se noue parfois une nouvelle complicité, et de nombreuses questions ne manquent pas de se poser.

C’était sur la route des vacances, à l’été 2003. La voiture filait tranquillement sur les chemins de l’Espagne, dans une moiteur et une promiscuité propices à la confidence. Johann, 14 ans à l’époque, était assis sur la banquette arrière. Il a senti que c’était le moment : “Papa, j’ai quelque chose à te dire. J’aime les garçons.” Bartolomé a gardé le silence, le temps de regarder son fils dans le rétroviseur. Sans coup de volant ni perte de vitesse, il a rétorqué : “Moi aussi.”

Johann imaginait que son coming out allait l’apaiser, mais voilà qu’il lui revient en pleine figure comme un boomerang. À l’aune de la révélation de son père, il revoit sa courte vie défiler : “Soudain, plein de choses faisaient sens.” Il a mieux compris le divorce de ses parents quand il avait 4 ans. Mais aussi la présence de cassettes VHS érotiques aux boîtiers recouverts de messieurs sur lesquelles il était tombé, petit. Il s’est souvenu de “l’ami” de son père, qui passait de temps en temps à la maison quand Johann s’y installait un week-end sur deux. Puis l’adolescent a été assailli de questions plus vertigineuses encore : “Pourquoi suis-je là ? Pourquoi j’existe ? Comment un père homo peut-il faire un enfant ?”

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Divorce libérateur

Son père a fini par lui expliquer qu’il s’était toujours senti gay, mais qu’il n’était pas parvenu à l’assumer durant sa jeunesse. L’homophobie ambiante, la pression sociale et la honte l’ont forcé à fricoter avec des filles pour faire comme tout le monde. Puis il a rencontré Valérie, la mère de Johann. Tout est allé très vite avec elle : emménagement à deux dans un appartement lyonnais, mariage, enfant. Puis, avec le temps, Bartolomé a compris : “Ce que je croyais être de l’amour était juste du bien-être" explique-t-il. Le divorce a été douloureux mais libérateur. Il a enfin pu “se lâcher”, s’assumer. Comme s’il faisait “sa crise d’adolescence” à 30 ans passés. Il a fréquenté les bars aux couleurs arc-en- ciel, multiplié les coups d’un soir, aimé tout entier et sans se cacher....


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