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Un jeune homme bi accuse des policiers de l’avoir tabassé puis violé avec une matraque

INFO TÊTU - Un jeune homme bisexuel accuse des policiers de l'avoir tabassé et violé avec une matraque en marge d'une opération d'Extinction rébellion. Une plainte a été déposée et une enquête est en cours.

Depuis plusieurs semaines, Alexandre n'arrive pas à pousser la porte du commissariat de Marseille où il habite pour déposer sa plainte. Il sait pourtant qu'il est pressé par le temps. S'il passe le délai d'un mois, les enregistrements de vidéosurveillance qui ont potentiellement filmé l'agression et le viol qu'il dit avoir subi par des policiers seront supprimés.

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Le jeune homme bisexuel redoutait de revivre ce soir du 19 septembre où, selon lui, cinq à six policiers l'ont roué de coups, avant de baisser son short de plage et d'enfoncer une matraque dans son anus. Le 5 octobre, Alexandre est finalement reçu par l'IGPN, la police des polices et a finalement signé sa plainte - que TÊTU a pu consulter - accompagné d'une amie de son mouvement Extinction rébellion, qui prône la désobéissance civile non violente. Il explique avoir été contacté après que le parquet de Paris se soit saisi du dossier. Contacté par TÊTU, le parquet confirme qu'une enquête a été ouverte le 2 octobre et confiée à l'IGPN pour violences et viol par personnes dépositaires de l'autorité publique.

Une première arrestation

La victime raconte avoir été arrêtée en marge d'une manifestation des Gilets jaunes à Paris, une semaine avant l'agression présumée. Le commissaire qui l'interpelle est en civil et jusqu'à ce qu'il lui dresse une contravention, Alexandre ne pensait pas qu'il faisait partie des forces de l'ordre. Sept jours plus tard, après une autre manifestation des Gilets jaunes, Alexandre, accompagné de cinq autres militants d'extrême gauche, se dirigent vers l'Élysée.

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La scène se passe dans la rue d'Anjou, dans le VIIIè arrondissement. Il est 22 heures, et la rue est quasiment vide. Selon le témoignage d'Alexandre, cinq à six motards en tenue de policiers débarquent, sortent des matraques et se mettent à charger les militants. Ses amis réussissent à s'échapper mais pas lui. "Je pensais qu'ils allaient m'arrêter, me retenir quelques heures au commissariat avant de me relâcher, mais rien ne s'est passé comme ça", raconte-t-il à TÊTU.

Un viol et des complices

Ce professeur en collège dit avoir reçu un premier coup de matraque, puis deux à trois secondes où rien ne se passe avant un second coup de matraque.  "Assez rapidement, je suis tombé par terre, ils se sont tous mis sur moi et m'ont alors frappé au niveau des côtes puis dans le bas du dos. Alors que j'étais à terre, l'un d'eux a baissé mon short de bain et m'a mis un coup de tonfa (matraque, ndlr) dans le cul. J'ai essayé de me recroqueviller mais un policier a mis son pied sur l'omoplate pour me maintenir allongé à plat ventre. Il s'y est pris à deux ou trois reprises pour réussir à rentrer, puis un coup qui est entré dans l'anus sur plusieurs centimètres. Pendant ce temps, les autres m'envoyaient des insultes du genre 'ça va te plaire petit pédé'", détaille-t-il. La scène dure environ quatre minutes, selon le jeune homme de 23 ans.

Il explique avoir reconnu l'un de ses agresseurs, qui serait, selon lui, le commissaire qui l'a arrêté le 12 septembre. Ce policier aurait également lancé à ses camarades "vous me les chopez" puis "je le connais ce petit con" après les premiers coups de matraque.

Deux jours d'ITT

"Ils sont repartis, ce que je ne comprends pas. S'ils avaient quelque chose à me reprocher, ils auraient dû m'emmener au commissariat", se dit-il. Alors, il prend le RER jusqu'à Cachan où il retrouve ses camarades. Devant l'état du jeune, ses amis appellent les secours et Alexandre est emmené à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre où les médecins constatent les blessures. Le certificat médical, que TÊTU a pu se procurer, fait état de deux jours d'ITT, des traces de contusion sans lésions externes sont également constatées, ainsi que l'éclat d’un kyste qu’il avait dans le dos. Le soir de son agression, il aurait fait une tentative de suicide, pendant que son copain dormait.

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Dès le lendemain, Alexandre veut rentrer chez lui, à Marseille. Arrivé à la maison, il fait un live sur Facebook, rapidement relayé par les réseaux de Gilets jaunes et d'Extinction rébellion. "Je voulais qu'on présente le mouvement comme quelque chose de fort, déterminé à faire tomber le système plutôt que comme des victimes", explique-t-il. La vidéo est rapidement virale et tout s'emballe, les associations veulent en découdre. Mais le moral d'Alexandre est en dents de scie. Il coupe ses réseaux sociaux pour éviter de ressasser, même s'il reconnaît que les messages de soutien l'ont aidé à passer le cap. Certes, il souhaite que les policiers soient en prison. Mais "je n'attends pas grand-chose de la plainte", souffle-t-il au téléphone.

Crédit photo : DR

Crédit photo : Pixabay


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