Au Nigeria, l’armée et la police tirent sur des manifestants qui réclament la fin des violences policières

Des manifestations ont lieu depuis deux semaines contre les violences policières nigérianes. Dans le pays, une unité brutalise la population et harcèle les personnes LGBT+. Elle aurait été démantelée, mais les activistes n'y croient pas.

Officiellement, l'unité de police a été démantelée le 11 octobre. Mais des activistes ne croient pas le gouvernement nigerian et qualifient la dissolution de "cosmétique". Depuis deux semaines, des manifestations déferlent dans tout le Nigeria contre les violences policières. Mardi 20 octobre, un cap a été franchi : les forces de sécurité ont ouvert le feu contre des manifestants.

12 morts lors d'un massacre des forces de l'ordre

Selon Amnesty International, l'intervention de la police et de l'armée a fait 12 morts. Le massacre a eu lieu à proximité d'un péage autoroutier où se trouvaient des manifestants. Le gouvernement a imposé un couvre-feu de 24 heures et donné quatre heures aux habitants pour rentrer chez eux. Les manifestants bloquaient cet axe majeur.

Les Nigerians protestent justement contre les brutalités policières. L'unité SARS (unité spéciale contre le vol, Special Anti-Robbery Squad) est en particulier pointée du doigt. Fondée en 1992, cette unité abuse de son pouvoir pour arrêter de façon arbitraire des suspects. Cette unité accusée de corruption, vise particulièrement les personnes LGBT+ qu'elle harcèle.

À LIRE AUSSI - Le premier nigérian à avoir fait publiquement son coming-out raconte son histoire dans une émouvante vidéo

La communauté LGBT+, l'une des principale cible

"Cela fait quatre à cinq fois que le SARS a déjà été prétendument démantelé. Les Nigerians veulent un décret, des documents légaux, des preuves derrière les paroles. Malgré sa dissolution, SARS tue encore et mutile encore des personnes", commente l'activiste LGBT+ Matthew Blaise dans Out magazine. Selon iel, la communauté LGBT+ "est l'une des principale cible de la police".

À LIRE AUSSI - Nigeria : arrestation de 53 homosexuels accusés d'organiser un "mariage gay"

Matthew Blaise, qui se définit comme non-binaire, a raconté à Pinknews avoir été arrêté par la police alors qu'iel marchait sur la plage "comme une femme". Les officiers lui reprochent de "se comporter comme un homosexuel".

Les policiers ont cherché à fouiller dans son téléphone, ce qu'iel a refusé, de crainte d'être victime de chantage. "Une fois qu'ils t'ont mis sur leur liste, ils peuvent te menacer et la plupart du temps, t'outer auprès de ta famille". Après son refus, Mattheu Blaise a été placé en garde-à-vue, jusqu'à ce que les officiers se soient lassés de ce chantage et l'autorise à partir.

Condamnation internationale

"L'utilisation systématique de la torture et de mauvais traitements par des officiers de la SARS et l'existence de chambres de torture au sein des commissariats montrent un mépris absolu pour les lois internationales sur les droits humains", déplore Osai Ojigho, la directrice d'Amnesty International au Nigeria, citée par Pinknews. L'ONU a appelé à "la fin des brutalités et des abus policiers au Nigeria".

Le Nigeria est cité comme l'un des pays les plus homophobes de la planète. En 2019, une porte-parole de la police nigériane disait à la communauté LGBT+ "quittez le pays ou faites l'objet de poursuites". Le mariage de personne de même sexe est interdit depuis 2014. Tout comme la "cohabitation entre même sexe". L'homosexualité peut être condamnée de 10 à 14 ans de prison, bien que la loi ne soit pas appliquée.

Le Nigeria est la première puissance économique du continent africain mais aussi le pays qui compte le plus grand nombre de personnes dans une extrême pauvreté. Le chômage des jeunes est massif et le pays anticipe une récession importante liée à la pandémie de coronavirus.

 

Crédit photo : Capture d'écran / France 24


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail